Mexique: le PRI battu après 71 ans de règne

Première publication 3 juillet 2000 à 06h54
Mise à jour : 3 juillet 2000 à 16h46
Mexique: le PRI battu après 71 ans de règne
Par SD / AB
La victoire du candidat de l'opposition Vicente Fox à l'élection présidentielle de dimanche au Mexique a mis fin à un règne de 71 ans du Parti révolutionnnaire institutionnel (PRI).

Après dépouillement de 65% des urnes tôt lundi, Fox obtenait 44,7% des voix. Son plus proche rival, Francisco Labatisda, candidat du PRI, avait obtenu 33,6% du vote et Cuauhtemoc Cardenas, candidat de gauche qui en était à sa troisième présidentielle, n'avait réussi à récolter qu'environ 16% des voix.

La victoire de Fox est surprenante pour nombres d'observateurs et était presqu'impensable compte tenu de l'emprise du PRI sur le Mexique. Pendant des décennies au Mexique, PRI et gouvernement ont été synonymes autant pour les partisans du régime que pour ses détracteurs.

Trois heures seulement après la fermeture des bureaux de vote, le président sortant Ernesto Zedillo (petite photo de gauche) a déclaré dans une allocution télévisée que les premiers résultats «sont suffisants et assez fiables pour dire que le prochain président de la république est Vicente Fox». Le président Zedillo a ajouté qu'il avait téléphoné au vainqueur «pour lui offrir mes sincères félicitations».

Francisco Labatisda a par la suite dit que «les citoyens ont pris une décision qui doit être respectée et je donnerai l'exemple moi-même». Quant à l'autre candidat défait, Cuauhtemoc Cardenas, il a également concédé la victoire à Vicente Fox en disant que «cette élection est le début du démantèlement du régime de parti unique».

Fox, un propriétaire de ranch et ancien cadre de Coca-Cola, a attendu que les résultats soient vraiment décisifs avant de se déclarer vainqueur. Il a assuré que la transition se ferait dans le calme. Il a qualifié dimanche de «journée historique pour notre pays». Fox avait promis durant la campagne électorale de mettre fin à la corruption, de relancer l'économie en attirant les investissements étrangers, de mettre en place des programmes visant à stimuler l'emploi et de doubler le budget alloué à l'éducation.

Tôt lundi matin, devant 15 000 partisans rassemblés devant le Monument pour l'indépendance dans la ville de Mexico, Vicente Fox a lancé qu'«aujourd'hui le Mexique est déjà différent. Aujourd'hui, le Mexique entre dans le 21e siècle avec le pied droit devant».

«Cette élection est le début du démantèlement du régime de parti unique, clame Vicente Fox

Selon d'autres résultats préliminaires fournis par des stations de télévision, le PRI aurait subi d'autres défaites dimanche aux niveaux municipal et provincial. D'abord, la ville de Mexico resterait aux mains du parti de Cardenas, le Parti révolutionnaire démocratique, alors que l'État du Morelos traditionnellement PRI serait passé au Parti de l'action nationale de Fox qui aurait également maintenu sa présence dans l'État de Guanajuato d'où le nouveau président est originaire.

Premières élections démocratiques

C'est la première fois en un siècle qu'au Mexique les résultats d'élections ne sont pas décidés à l'avance. Malgré les nombreuses allégations de fraude, la plupart à l'endroit du Parti révolutionnaire institutionnel, ces élections sont perçues comme les plus démocratiques de l'histoire du pays.

Selon les standards mexicains, la campagne a été remarquablement juste. Les partis d'opposition ont pu avoir accès notamment à la publicité et ont pu être couverts par les médias, ce qui n'était pas le cas par le passé.

Dimanche, plus de 10 000 observateurs étaient en place dans les différents lieux de scrutin en plus des 860 dépêchés par la communauté internationale. Certains observateurs de même que des partis d'opposition ont accusé le PRI d'avoir distribué des cadeaux en échange de votes ou d'avoir tenté de faire croire que l'aide gouvernementale aux classes déshéritées serait coupée avec un gouvernement issu de l'opposition.

Le directeur de l'Institut électoral fédéral José Woldenberg a tout de même déclaré que ces agissements ont été des exceptions et que selon les observateurs «nous vivons des élections exemplaires».

Le nouveau président entrera en poste le 1er décembre.

 
 
 
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