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L'Orchestre Symphonique de Montréal (OSM) a présenté vendredi soir un mariage entre musique classique et musique électronique, la rencontre entre un orchestre symphonique et DJ Champion à la Maison symphonique. Retour sur une cérémonie heureuse.
Audace, créativité et fougue furent les mots d'ordre de cette soirée « OSM éclaté » présentée par l'Orchestre symphonique de Montréal et le directeur musical Kent Nagano. Le chef d'orchestre a régné sur la première partie de soirée en dirigeant Le Sacre du printemps d'Igor Stravinski, dont on célèbrera le centenaire de la création l'année prochaine.
Alors que l'idée même du printemps n'est plus qu'un vague souvenir pour nos corps contraints à une hibernation forcée, Kent Nagano l'a divinement célébré, tel un Zeus mélomane décidant d'un coup de baguette possédé à quel moment précis la foudre des tambours devait s'abattre sur le parvis immaculé des violons.
Un régal, mais ça, on s'en doutait un peu à l'avance. Pour le reste de la soirée, on ne pouvait qu'imaginer et quelque peu appréhender. Que va donner ce mariage improbable?
Va-t-il être heureux? Va-t-il basculer dans le vulgaire, ou donner vie à une oeuvre aussi réussie que Threnody For The Victims Of Hiroshima / Popcorn Superhet Receiver / Polymorphia / 48 Responses To Polymorphia, le fruit de la rencontre passionnelle entre le chef d'orchestre et compositeur polonais Krzysztof Penderecki et Jonny Greenwood, le guitariste de Radiohead.
C'est d'abord à nos yeux que c'est offert ce tableau hors du commun.
Sur le devant de la scène : des bois, des cordes, des cuivres, des tambours; en arrière-plan : une tribune surplombant les musiciens, armée de ses deux puissantes enceintes frontales, ses ordinateurs, ses platines et autres contrôleurs digitaux. La rencontre entre le classique et la modernité, le mariage du bois et du carbone, des siècles passés et de notre 21e.
La Maison symphonique a revêtu des airs de navire fantasque, Capitaine Nagano à la barre et au compas, épaulé par le GPS de DJ Champion, les risques de sombrer étaient minces.
Avant de commencer la direction, Kent Nagano a annoncé la destination à ses passagers, les remerciant d'avoir fait confiance à l'OSM «Merci d'être venu, vous êtes extrêmement courageux», a-t-il déclaré avec humour.
C'est à 22h15 que le voyage a débuté. L'arrivée très applaudie de DJ Champion a aussi été l'occasion de voir un musicien électro monter sur scène en costume noir/cravate. L'ensemble a alors commencé l'interprétation de Bondye kon bay, men li pa kon pataje, une commande de l'OSM pour platines et orchestre, composée conjointement par le DJ et Maxime McKinley.
L'électronique s'est d'abord faite discrète, comme s'imprégnant de l'oeuvre avant de la posséder. DJ Champion, casque vissé sur les oreilles, battait tout de même la mesure avec sa nuque, déformation professionnelle qui ajoutait encore plus de charme et de folie à cette rencontre incroyable.
Puis, après quinze minutes d'acclimatation et de séduction, les platines ont pris de la confiance et l'électronique s'est imposée avec un «scratch» sur le thème de «Roméo et Juliette» de Prokofiev, soutenu par les violoncelles, un délice frissonnant.
C'est à partir de cet instant que certaines personnes de l'auditoire ont rejoint DJ Champion dans ses oscillations rythmiques de la tête. Pari réussi.
Un mariage équilibré entre deux univers complexes que tout semble éloigner. Les deux familles avaient des préjugés, elles peuvent maintenant aller en paix. Tous nos voeux de bonheur, et chapeaux bas.
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