L'auteur Bernard Werber

Une rencontre du troisième type

Première publication 14 avril 2013 à 17h45
Une rencontre du troisième type
Crédit photo : Agence QMI
«Troisième Humanité», de Bernard Werber est publié chez Albin Michel
Par Fabien Boileau | Agence QMI

Entre une séance de dédicace à Montréal jeudi dernier pour la sortie de «Troisième humanité», le premier volume de sa nouvelle trilogie, et une conférence durant le week-end au Salon international du livre de Québec, nous avons rencontré Bernard Werber, l'écrivain français venu d'ailleurs.

Si l'on en croit une ancienne loi indienne, pour qu'une vie soit complète l'homme doit avoir réalisé une oeuvre artistique, connu une histoire d'amour, fait un enfant, avoir éduqué cet enfant et planté un arbre. Toutes ces «règles», Bernard Werber les a honorées (plusieurs fois pour certaines), mais l'auteur prolifique ne se repose pas pour autant sur ses lauriers.

«Bernard Werber», c'est l'histoire d'un être humain, curieux de nature, comme tous ses semblables, mais qui a érigé la chose en une forme d'art où s'entremêlent science, intrigues policières, mythologie, humour et science-fiction.

Dans son dernier roman «Troisième humanité», vous retrouverez un peu de tout ça sur fond de découvertes de géants de 17 mètres côtoyant des êtres de 17 centimètres, une représentation, à «l'échelle palpable», de l'infiniment grand et de l'infiniment petit.

«Je trouve la théorie des géants intéressante du point de vue romanesque et je pense aussi qu'elle permet de résoudre de nombreux problèmes comme les Moaï de l'île de Pâques, la construction de Khéops, ou de Stonehenge, qui sont difficiles à expliquer avec des gens qui se mettent tous ensemble pour porter un gros caillou, a confié Bernard Werber. Beaucoup de choses sont explicables par les géants et on retrouve leur évocation dans toutes les cultures.»

Un peu à la manière du «Livre du voyage» (dans lequel il offre un voyage intérieur), Bernard Werber sollicite ses lecteurs dès la première page de «Troisième humanité» en leur proposant d'utiliser un temps relatif, de s'imaginer «10 ans, jour pour jour, après l'instant» où ils ouvriront le roman, une manière habile de multiplier les chances de précision de ses «visions».

«J'ai écrit ce livre 21 fois, vous imaginez le nombre de fois où j'ai dû me relire? Si ce n'est pas très rapide, visuel et rempli d'effet, je suis le premier à m'ennuyer.»

«Deux livres m'ont troublé par l'usage de leurs dates : "1984" de George Orwell pour lequel j'attendais vraiment l'année 1984 afin de savoir si ça allait se produire - ce qui ne fut pas le cas - et "2001 : l'Odyssée de l'espace", a expliqué l'auteur. Ces deux oeuvres ont marqué ma vie, mais elles sont gâchées par la date, donc j'ai préféré dire que la date du livre avançait en même temps que le lecteur.»

Potentiellement donc, en 2023, un paléontologue répondant au nom de Charles Wells (le descendant du Edmond Wells de la trilogie «Les fourmis») va découvrir trois squelettes de géants à 3623 mètres de profondeur, quelque part en Antarctique.

«Une chose que j'avais écrite s'est réellement produite, à savoir Fukushima, a ajouté l'écrivain. C'était ma scène d'ouverture, si les gens avaient pu voir que j'avais décrit la scène avant qu'elle ne se produise réellement, j'aurai été visionnaire, mais entre l'écriture et la publication, plusieurs mois se sont écoulés, et c'est toujours embêtant pour un auteur de science-fiction de parler d'une chose qui s'est déjà produite, donc j'ai été obligé de refaire le livre.»

Et le travail, ce n'est pas ce qui rebute l'auteur qui a pour habitude de publier un roman par an (il nous a confié avoir terminé l'écriture du tome 3 dans l'avion pour Montréal), rédigeant plus d'une vingtaine de versions de chaque ouvrage avant d'être pleinement satisfait.

«Je fais ça pour ne pas m'ennuyer moi-même, j'ai écrit ce livre 21 fois, vous imaginez le nombre de fois où j'ai dû me relire? Si ce n'est pas très rapide, visuel et rempli d'effet, je suis le premier à m'ennuyer, c'est-à-dire que je me punis moi-même.»

Ancien journaliste scientifique, Bernard Werber a le sens de la minutie et le goût de la recherche, des talents qui l'ont mené à s'inspirer de procédés cinématographiques, comme le montage parallèle, ou de techniques bien plus personnelles.

«Je n'utilise aucun système extérieur (pour écrire), je n'ai pas été formé à ça, j'ai juste compris qu'il y avait une structure cachée, un squelette qui fait qu'un livre plaît ou non, c'est son inconscient et je le soigne énormément, a expliqué le romancier. Je me suis dit que le squelette humain avait une forme géométrique et je me suis donc penché sur les structures d'histoires en forme de rond, de carré, puis assez vite j'ai utilisé de jolies formes, la cathédrale d'Amiens pour "Les fourmis" par exemple, mais je fais juste correspondre les chapitres à des points de la cathédrale, on est loin des structures des Américains.»

Une cathédrale en trois dimensions où les plus beaux vitraux jouxtent les plus effrayantes gargouilles.

«Je pense être réaliste. De manière générale, chaque fois qu'il y a une bêtise à faire elle est faite, a argumenté Bernard Werber. On parle de la déforestation de la Papouasie pour faire de l'huile de palme, du trou de la couche d'ozone, on sait que ce n'est pas bon, mais on le fait quand même. [...] Les dirigeants font ce qu'ils peuvent, mais il n'y a pas de visionnaire, c'est ça que je déplore le plus. Pour moi, la fonction d'un chef d'État consiste à dire : "Troupeau de mon pays, je vous propose une direction, et même si elle va parfois être pénible, elle va permettre d'avoir des avantages pour nos enfants", mais aucun n'a le courage de faire ça par peur de ne pas être réélu.»

Un réalisme qui explique mieux le discours en quatrième de couverture de «Troisième humanité»: «Nous sommes à l'ère de la deuxième humanité. Il y en a eu une avant. Il y en aura une... après.»

«L'homme est une espèce très jeune [...], tout au plus sept millions d'années, la véritable espèce humaine (le genre "homo") pourrait être située entre deux et trois millions d'années, le temps de vie moyen d'une espèce vivante, ce qui veut dire que nous sommes peut-être arrivés au bout.»

«Troisième Humanité», de Bernard Werber est publié chez Albin Michel.

 
 
 
Accueil | Actualité | International | Sport | Argent | Vidéo
Questions, réactions ou problèmes techniques ? Contactez-nous.