Pétrole au Québec

Des redevances payantes, peut-être…

Première publication 19 avril 2012 à 13h31
Mise à jour : 19 avril 2012 à 20h58
Des redevances payantes, peut-être…
Crédit photo : Reuters
Par Denise Proulx | Argent

Le Québec profiterait largement de l'exploitation des gisements de pétrole contenus dans les sols de l'île d'Anticosti, de la Gaspésie et de l'estuaire du Saint-Laurent.

C'est ce que Thierry Vandal, président et chef de la direction d'Hydro-Québec, a indiqué jeudi, au cours d'une conférence de presse. M. Vandal a expliqué qu'en cédant les droits sur l'exploration de l'île d'Anticosti, la société d'État s'était en effet assurée d'obtenir en contrepartie que le gouvernement du Québec récolte des millions de dollars en redevances, et ce, «sans prendre de risques».

Le patron d'Hydro-Québec n'a pas voulu donner de détail sur la nature de cette entente commerciale, tenue secrète.

«Nous avons maintenu des droits avec lesquels nous sommes heureux», a-t-il simplement dit avant de répéter que s'il y avait véritablement des milliards de barils disponibles, «Hydro-Québec ferait beaucoup d'argent».

Au début de 2008, Hydro-Québec a cédé ses droits sur 35 permis (6381 km2) qu'elle détenait sur l'île d'Anticosti à l'entreprise Pétrolia. Cette dernière est basée à Rimouski, mais ses principaux actionnaires sont Suisses.

Pétrolia est devenue le partenaire de Corridor Resources, une entreprise qui projette exploiter le gisement pétrolier extracôtier de Old Harry.

La formation rocheuse de Macasty, qui couvre la majeure partie du territoire d'Anticosti, contiendrait d'importantes réserves de pétrole de schiste, un pétrole non conventionnel et plus difficile à extraire. Selon des études, l'île d'Anticosti renfermerait 30 milliards à 70 milliards de barils de pétrole.

Interrogée sur les raisons de cette cession à des intérêts privés, Hydro-Québec avait alors argué qu'il s'agissait de se concentrer sur les énergies renouvelables, conformément au Plan stratégique 2006-2010.

Hydro-Québec a par la suite supprimé sa division Pétrole et gaz. Pour justifier cette décision, la société d'État a précisé qu'elle souhaitait s'investir dans la production d'énergies renouvelables et diriger ses efforts sur le développement de l'hydroélectricité et de l'éolien.

Des sources indiquent qu'Hydro-Québec avait auparavant investi 9,8 millions$ en travaux d'exploration pétrolière entre 2002 et 2007.

Selon le physicien Normand Mousseau, Hydro-Québec aurait pu procéder bien différemment et il est difficile de comprendre son geste. «Il aurait dû y avoir une volonté politique de s'en occuper», a-t-il dit.

Pétrolia a par ailleurs recruté deux anciens employés d'Hydro-Québec, impliqués durant de nombreuses années dans le dossier. Il s'agit d'Erik Adam, qui siège au conseil d'administration de l'entreprise, et de Bernard Granger, qui était chef géologue d'Hydro-Québec Pétrole et gaz, fournissant ainsi à l'entreprise privée plus de 20 ans d'expertise dans le domaine.

Des redevances élevées

En mars, commentant le budget 2012-2013 du ministre des Finances du Québec, Raymond Bachand, Pétrolia s'était félicitée des intentions du gouvernement du Québec d'appuyer «le développement du potentiel pétrolier du Québec, un appui qui pourrait aller jusqu'à une participation de l'État dans sa mise en valeur».

Par contre, Pétrolia s'était inquiétée que les taux de redevances puissent atteindre 40% de la valeur brute du pétrole produit, jugeant celles-ci «très élevées, compte tenu du risque géologique que représente le Québec et du degré de maturité de son industrie».

En entrevue à Argent, André Proulx, président de Pétrolia, a expliqué que son entreprise prendra tout le temps nécessaire pour examiner la situation, car si la phase d'exploration ne fonctionne pas, «ce sont des milliards de dollars qui vont rester dans le sol et nous perdrons notre crédibilité».

En 10 juin 2011, le gouvernement du Québec a par ailleurs adopté la Loi limitant les activités pétrolières et gazières. Cette loi interdit les travaux d'exploration et d'exploitation pétrolière et gazière dans la partie du fleuve Saint-Laurent située en amont de la pointe ouest de l'île d'Anticosti, ainsi que sur toutes les îles se trouvant dans cette partie du fleuve.

Enfin, le 17 avril, Pétrolia a confirmé avoir conclu une entente avec Investissement Québec en vertu de laquelle celle-ci compte acquérir un peu plus de sept millions d'actions de la firme au prix de 1,42$ l'unité pour un produit brut total de 10 millions$.

Ces sommes serviront à la réalisation de trois forages conventionnels sans fracturation. Deux se trouvent sur le projet Bourque (près de Murdochville) et un sur le projet Haldimand (à proximité de Gaspé). Ces deux projets se trouvent sur la propriété Gaspé.

 

 

 
 
 
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