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Pour des raisons souvent économiques, une pénurie de médicaments s'amplifie au Québec et dans le monde. Des traitements aussi critiques que la chimiothérapie et les chirurgies ont déjà été touchés.
L'Ordre des pharmaciens a sonné l'alarme en publiant un rapport sur la question en avril. Selon le document, la Régie de l'assurance-maladie du Québec (RAMQ) déplorait 207 nouvelles pénuries de médicaments en 2010. Comparativement, 80 produits étaient manquants en 2009 et 33 en 2006.
Aux États-Unis, la Food and Drug Administration (FDA) rapportait 56 nouvelles pénuries en 2006 et 178 en 2010. Les ruptures de stocks ont bondi de 40% à 250 en 2011.
La durée moyenne des problèmes d'approvisionnement aux États-Unis est de 105 jours. Environ 74% des médicaments touchés sont injectables et 28% concernent le traitement du cancer. Les données excluent les médicaments hospitaliers pour situations critiques. Toutefois, des produits connus comme le Valium et certaines gouttes pour les yeux sont aussi en pénurie.
Les principaux problèmes sont la qualité de fabrication, les délais et le manque de composantes. Ils découlent notamment d'une consolidation de l'industrie, dont les joueurs moins nombreux adoptent l'approche rentable des stocks serrés.
De lourdes conséquences
Les conséquences donnent froid dans le dos: hospitalisations plus longues, reports de chirurgie ou de chimiothérapie, progression de la maladie, coûts plus élevés et temps perdu. À l'automne 2011, une compilation médiatique de l'Associated Press rapportait 15 décès en 15 mois et 65 reports de chirurgies.
Un patient cancéreux ne mérite pas d'attendre, souligne Paul Lapierre, vice-président aux Affaires publiques de la Société canadienne du cancer. «Apprendre qu'il n'y a pas de médicament le matin du traitement est une source additionnelle de stress. Il faut mettre en priorité la qualité de vie des patients.»
Des réformes
L'Ordre des pharmaciens propose un train de solutions. Par exemple, un fabricant qui interrompt volontairement sa production devrait donner un an de préavis. Présentement, il n'y a aucune obligation.
Parmi les réformes proposées, les fabricants devraient identifier de multiples sources de matières premières afin d'éviter les ruptures de stocks.
L'Ordre croit aussi aux incitatifs à la fabrication, comme les garanties d'achat, et aux pénalités pour les pénuries.
«Certains génériques ont été découverts il y a plus de 30 ans et il n'est pas payant d'en assurer l'approvisionnement, avance Diane Lamarre, présidente de l'Ordre. Une molécule peut cependant demeurer efficace pour les patients.»
Québec donne l'exemple
Mme Lamarre rappelle que le gouvernement du Québec s'est montré à la hauteur en coordonnant le cas de Sandoz, à Boucherville. Sur ordre de la FDA, l'entreprise a modifié ses installations, ce qui a entraîné une baisse de production.
Québec a mis sur pied une unité de coordination provinciale, qui s'est déployée en trois mois. «L'unité a été capable de dresser un portrait de ce qui se passait et de mobiliser Santé Canada, soutient Mme Lamarre. Plus qu'une quinzaine de produits ont été importés plus rapidement que la normale.»
Au moment de publier ces lignes, Argent n'a pas encore été en mesure de rejoindre le ministère de la Santé afin d'obtenir ses commentaires.
Aux États-Unis, ajoute l'Ordre des pharmaciens, la coordination de la FDA a prévenu 38 pénuries en 2010.
Questionnée sur cet enjeu, l'association Rx&D, qui représente les pharmaceutiques au Canada, a refusé d'accorder une entrevue.
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