Fonds de retraite déficitaires

Renflouer les coffres coûte cher aux patrons

Première publication 5 juillet 2012 à 17h45
Renflouer les coffres coûte cher aux patrons
Crédit photo : archives Agence QMI
Le Mouvement Desjardins, le plus gros employeur de la province, devra verser à lui seul plus de 217 M$ en cotisations d'équilibre en 2012.
Par Simon Lord | Argent

Renflouer les coffres des régimes de retraite québécois, déficitaires de plusieurs milliards de dollars, coûtera cher. Les employeurs doivent s'attendre à débourser plusieurs centaines de millions à cette fin en 2012 seulement.

Depuis l'an dernier, les déficits de solvabilité des régimes de retraite de la province se sont aggravés. «Leur degré de solvabilité a diminué de 15% en moyenne au cours de la dernière année, pour s'établir à environ 68%», illustre Nathalie Jutras, conseillère principale chez PBI Conseillers en actuariat.

Le dégré de solvabilité d'un régime de retraite indique quel pourcentage de ses obligations pourraient être rencontrées au moment du calcul. Un degré de solvabilité de 50% signifie donc que les actifs du régime ne pourraient rembourser que la moitié des sommes promises si l'entreprise fermait ses portes.

Le Mouvement Desjardins, le plus gros employeur de la province, devra verser à lui seul plus de 217 M$ en cotisations d'équilibre en 2012. Celles-ci représentent les montants qui doivent être versés pour combler le manque à gagner.

L'actif du régime de retraite de l'institution, le neuvième plus important au pays, se chiffre à 5,9 G$, selon des données de décembre dernier. Son degré de solvabilité s'élève à 66%, ce qui signifie que son déficit atteint plus de 2 G$.

Scénario catastrophe

La situation est un peu moins alarmante chez Hydro-Québec. Le degré de solvabilité de l'entreprise se chiffre à 84%, selon des chiffres du dernier exercice actuariel datant de décembre 2010. Le déficit, lui, s'élève à 2,6 G$ alors que l'actif atteint 14,2 G$. Au cours de cette année, la société d'État avait versé 350 M$ en cotisations d'équilibre.

«Il faut toutefois rappeler que le degré de solvabilité fait l'hypothèse que l'entreprise ferme demain. C'est un peu un scénario catastrophe. La capitalisation du régime s'élève à 102%. C'est une bonne performance», dit Ariane Connor, porte-parole de la société d'État.

Le taux de capitalisation d'un régime de retraite est une autre mesure permettant d'évaluer sa santé financière. Elle tient compte de la prise de valeur dans les temps des actifs détenus dans les coffres.

Rembourser d'ici dix ans

Lorsqu'un régime de retraite est en déficit de solvabilité, l'entreprise qui le gère est alors contrainte par la loi de renflouer les coffres. Habituellement, les firmes ont cinq ans pour amortir les montants dus. Mais depuis la crise, la Régie de rentes a mis en œuvre des mesures spéciales afin de permettre aux employeurs de rallonger cette période.

«Ils ont maintenant dix ans pour rembourser le manque à gagner», rappelle Mathieu Provost, conseiller principal en investissement chez Mercer. Les régimes du gouvernement ainsi que les municipalités et les universités sont soumises à des règles de financement différentes.

L'expert donne l'exemple d'un régime fictif ayant promis un total de 100 M$ à ses futurs retraités. En posant un degré de solvabilité de 77%, cela signifie un déficit de 23 M$.

«L'entreprise devrait donc verser environ 4,9 M $ par année au cours des 5 prochaines années pour combler le déficit. Avec les mesures spéciales, cette somme devient 2,6 M$ répartis sur une période de dix ans, si les taux d'intérêts ne bougent pas», illustre Mathieu Provost.

 
 
 
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