Google, le nouvel analyste économique?

Première publication 20 juillet 2012 à 17h26

Simon Lord
Argent

Dites-moi ce que vous cherchez sur Internet, je tâterai le pouls de votre économie, affirme Google. Une étude basée sur ce qui est « googlé » le plus souvent a été menée par le géant de la techno et conclut que les consommateurs canadiens sont plus confiants, mais que leurs ardeurs immobilières se refroidissent.

Le nombre de recherches de l'expression « calculatrice hypothécaire » au Canada est deux fois moins élevé qu'à la mi-juin. Celui-ci a baissé de 130 % depuis mars dernier, où le nombre avait atteint un sommet historique

« C'est notre indicateur économique le plus intéressant. Nos résultats semblent indiquer que de moins en moins de gens sont intéressés à acheter une maison ou un condo », raconte Aaron Brindle, porte-parole de Google.

Une combinaison de prix élevés et des nouvelles règles hypothécaires, entrées en vigueur la semaine dernière, pourrait expliquer la baisse d'intérêt d'acheteurs potentiels, selon Google.

Par ailleurs, le nombre de recherches pour l'expression « assurance emploi » demeure 36 % plus élevé qu'en 2007, soit avant la récession. Elles ont toutefois diminué par rapport aux sommets observés en 2009 et vers la fin de l'année dernière, signe que la situation financière des Canadiens pourrait être en amélioration.

Les consommateurs démontrent aussi un intérêt plus marqué pour les biens durables. Les recherches pour des « machines à laver » sont 72 % plus fréquentes qu'en 2008. Celles pour les voitures usagées ont chuté de 60 % au cours de la même période.

« Comme l'état de l'économie s'améliore, nous croyons qu'il peut s'agir d'un signe que les gens sont plus confiants de pouvoir rembourser leurs dettes. Ils achètent donc une voiture neuve plutôt qu'usagée et se permettent de gros achats d'électroménagers », dit M. Brindle.

Pas scientifique, mais…

Aaron Brindle croit que cette méthode permet d'obtenir des résultats révélateurs, même si elle n'est pas scientifique. « Comme vous le dira n'importe quel économiste, aucune boule de cristal n'est parfaite », lance-t-il.

Carlos Leitao, économiste à Banque Laurentienne, croit pour sa part que la méthode a plusieurs défauts. « C'est assez approximatif. Nous ne savons pas pourquoi les gens recherchent telle ou telle chose, l'interprétation est donc difficile », dit-il.

Malgré cela, il estime que la méthode a du potentiel, puisque ce type d'indicateur a l'avantage de donner un portrait immédiat de la situation économique. Les statistiques officielles, elles, sortent souvent plusieurs semaines en retard.

« Les économistes tentent de prédire les points de bascule, les changements. L'idéal est donc d'avoir des données très récentes. Et comme de plus en plus de gens utilisent Internet, le portrait est assez représentatif », explique-t-il.¬

Quelques analystes et instituts économiques du pays auraient même indiqué être intéressés à utiliser « l'indice Google » sur une base régulière. « Nous ne pouvons cependant pas les nommer pour l'instant », dit M. Brindle.

Pas les seuls

Si la méthode peut sembler farfelue, d'autres indicateurs similaires existent et offrent des résultats probants.

L'indice « The R-Word Index », par exemple, est calculé par le magazine britannique The Economist. Il recense le nombre de reprises où le mot « récession » est écrit dans les journaux au cours d'un trimestre. Le résultat est convaincant : les crises de 1990, 2001 et 2007 ont été prédites avec précision.

 
 
 
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