Peu de chances que la transaction Bell-Astral déraille

Première publication 7 août 2012 à 17h00

Michel Munger
Argent

La campagne contre l'achat d'Astral par Bell Canada risque peu de faire chavirer la transaction, estiment deux analystes. Par contre, le CRTC pourrait bien écouter les protestations et d'imposer des conditions à Bell.

«Le moment choisi [pour faire une sortie] est parfait, souligne Carmi Levy, analyste indépendant en télécoms. Ils tentent de mobiliser l'opinion publique un mois avant l'audience du CRTC. Ensuite, ils pourront présenter leurs preuves afin de faire opposition à la transaction.»

L'effort n'est pas nécessairement vain, poursuit M. Levy. «Le CRTC tient des audiences précisément pour encourager les Canadiens à donner leur point de vue, dit-il. Ultimement, ça doit se refléter [dans ses décisions]. C'est une belle occasion pour de démontrer que sa façon de réglementer l'industrie est toujours pertinente.»

Par contre, M. Levy ne va pas jusqu'à prédire un refus de la transaction Bell-Astral. «Au mieux, les opposants peuvent espérer que le CRTC imposera des conditions afin de maintenir un niveau de concurrence.»

Règles plus strictes

«Si les autorités permettent à la transaction de se réaliser, elles devront changer les règles ou les faire respecter avec plus de vigueur afin de contrôler le pouvoir de Bell, soutient pour sa part Troy Crandall, analyste financier spécialisé en télécoms chez MacDougall, MacDougall & MacTier. Nous avons déjà vu le CRTC faire cela auparavant.»

L'enjeu est crucial, ajoute M. Crandall. Telus a découvert le levier dont Bell dispose lors de la négociation sur la chaîne sportive TSN.

«Telus a argumenté que l'inclusion [de TSN] dans le forfait de base en télé aurait forcé tout le monde à payer pour une station coûteuse», explique-t-il.

Une tendance lourde

Il ne faut pas s'attendre à ce que l'intégration des télécoms et du contenu prenne fin, avertit Carmi Levy. «Le scénario est toujours le même. Une transaction est proposée et elle mène à une concentration accrue de la propriété. Inévitablement, le CRTC reçoit des plaintes mais il réagit peu. L'univers des communications est plus concentré que jamais.»

Ce qu'il faut exiger du gouvernement fédéral est une mise à jour de ses règles, avance Troy Crandall. «Les entreprises de télécoms et les diffuseurs sont aujourd'hui regroupés, mais ils sont réglementés par des lois distinctes. Si l'intégration s'approfondit, il faudra peut-être les surveiller de plus près afin de prévenir des abus de pouvoir.»

Même son de cloche du côté de Carmi Levy. «Le CRTC doit faire une mise à jour qui représente l'économie du 21e siècle, affirme-t-il. L'occasion est parfaite afin de fournir des réponses.»

Que penser de l'absence des rivales Rogers et Telus de la campagne lancée mardi ?

«Ces entreprises ne sont pas seulement des ennemies ou des partenaires, souligne M. Levy. Elles sont parfois les deux en même temps. Dans le cas de Rogers, elle a des liens avec Bell [NDLR: à titre de copropriétaire des Maple Leafs de Toronto]. Ça rend plus risqué de la participation dans une telle campagne.»

michel.munger@tva.ca

 
 
 
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