La Société Saint-Jean-Baptiste indignée

Nouveau PDG unilingue anglophone chez SNC-Lavalin

Première publication 13 août 2012 à 16h33
Nouveau PDG unilingue anglophone chez SNC-Lavalin
Crédit photo : Archives Reuters
Par Jean-François Cloutier | Argent

La nomination d'un Américain unilingue anglophone, Bob Card, à la tête du géant québécois SNC-Lavalin suscite des inquiétudes chez des défenseurs du français, qui se préoccupent de l'anglicisation du milieu de travail qui pourrait s'ensuivre.

En entrevue, le président de la Société Saint-Jean-Baptiste de Montréal, Mario Beaulieu, a réagi avec indignation à la nomination de M. Card à la tête d'un fleuron ayant pris son envol pendant la Révolution tranquille.

«C'est inacceptable. Ça devrait être une condition de parler français pour diriger SNC», a-t-il martelé.

M. Beaulieu soutient que l'argument voulant qu'il n'existe pas de bons candidats québécois pour tenir les rênes de l'entreprise ramène les Québécois des décennies en arrière. «Ça fait penser à l'époque où on disait que les Canadiens français faisaient de bons médecins, mais de mauvais hommes d'affaires», a-t-il dit.

M. Beaulieu a salué la volonté de M. Card d'apprendre le français, mais il a dit douter qu'il puisse y parvenir rapidement compte tenu des fonctions importantes qui lui sont dévolues.

«Ça va sûrement prendre plus d'un an avant que M. Card soit à l'aise en français. Entre-temps, on fait quoi? Il faudra travailler en anglais aux plus hauts échelons?», a-t-il demandé.

Vigilance

Plus circonspect, le président de l'Institut sur la gouvernance d'organisations privées et publiques, Michel Nadeau a indiqué que M. Card jouissait d'un C.V. qui le qualifiait aisément pour les fonctions de PDG.

«La meilleure façon de repartir à neuf pour SNC, c'est d'embaucher quelqu'un de l'extérieur. C'est normal qu'une compagnie multinationale comme SNC doive parfois repêcher ses cadres hors du Québec», a-t-il dit.

M. Nadeau a dit vouloir donner la chance au coureur, mais a indiqué qu'il faudrait surveiller de près la suite des choses, pour s'assurer que M. Card s'établisse bel et bien à Montréal et apprenne le français.

«On a des exemples dans le passé où les promesses faites à l'embauche n'ont pas été tenues. Les Américains aiment bien faire la navette en avion entre leur résidence et leur lieu de travail», a-t-il expliqué.

Selon M. Nadeau, ce n'est pas par hasard si SNC-Lavalin a annoncé la nomination de M. Card un vendredi après-midi à 17h48, soit après le départ de la plupart des journalistes financiers.

«Si on avait annoncé la nomination d'un Québécois comme Thierry Vandal, on aurait sûrement fait les choses autrement», a-t-il soumis.

 
 
 
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