L'Ontario, une menace pour l'aérospatiale québécoise ?

Première publication 14 août 2012 à 16h12

Michel Munger
Argent

L'Ontario dévore-t-elle le buffet de l'industrie aérospatiale québécoise ? Le transfert d'équipements d'Aveos vers les nouvelles installations d'entretien de Premier Aviation à Windsor soulève la question.

Premier Aviation a reçu un financement fédéral de 4 M$ afin de s'installer dans cette municipalité du sud de l'Ontario.

La Ville de Windsor ne cache pas qu'elle donne elle aussi de solides coups de main aux entreprises afin de bâtir une industrie autour de son aéroport.

Rakesh Naidu, vice-président au développement des affaires de Windsor, parle carrément de «promotion agressive» des avantages de sa région.

«Les entreprises qui viennent ici peuvent recevoir un rabais de taxes sur 10 ans qui n'est pas offert ailleurs, indique M. Naidu. La Ville fait la promotion des terrains réservés à la grappe autour de l'aéroport. Nous pouvons rembourser la formation des employés et certains salaires. Nous offrons aussi des subventions.»

La main d'œuvre locale a des compétences avancées de fabrication, acquises dans l'automobile, poursuit-il. Windsor fait partie du périmètre aérien américain, dont les frais d'atterrissage sont plus bas qu'au Canada.

D'autre part, l'Université de Windsor offre dorénavant une spécialisation aérospatiale dans son programme d'ingénierie mécanique.

Rakesh Naidu nie toutefois que Windsor livre concurrence à Montréal. «Nous ne pouvons pas être des rivaux et tout faire chacun de notre côté. Il faut collaborer afin de nous assurer que chacune peut grandir.»

Les autres paliers de gouvernement sont toutefois très actifs en aérospatiale en Ontario.

Par exemple, la province accordait l'an dernier une subvention de 13,9 M$ à Pratt & Whitney Canada afin d'investir dans les nouvelles technologies et l'équipement.

Le 10 août, l'agence fédérale de développement économique pour le sud de l'Ontario octroyait près de 1 M$ à Technicut Tool pour un projet d'expansion en aérospatiale.

Du côté fiscal, 100 $ de recherche et développement coûtent seulement 56 $ après impôt en Ontario.

Les intentions fédérales de favoriser l'Ontario sont très claires, ajoute Mehran Ebrahimi, directeur du Groupe d'étude en management des entreprises de l'aéronautique à l'UQAM.

«Depuis l'arrivée des conservateurs au pouvoir, dit-il, on cherche réduire le poids du Québec dans l'aéronautique. On l'a vu dans l'octroi de contrats militaires importants et celui de subventions à des circonscriptions ciblées.»

«Des entreprises ontariennes attirent des contrats ou font des acquisitions, ajoute le chercheur. Elles sont très actives. Le Québec n'a pas réagi énormément et on le voit dans le dossier Aveos, qui a été perdue carrément au profit de l'Ontario.»

L'industrie ontarienne de l'aérospatiale semble en effet avoir le vent dans les voiles.

En 2010, le secteur comptait 19 000 travailleurs générant des ventes de 4 G$. Deux ans plus tard, le Conseil ontarien de l'aérospatiale indique que l'industrie compte 22 000 employés pour 6,4 G$ de revenus.

La grappe québécoise demeure plus importante. En 2011, elle avait un chiffre d'affaires de 11,7 G$ et 42 000 employés, répartis dans 212 entreprises.

«Cette position est fragile, souligne toutefois M. Ebrahimi. Il suffit de retirer quelques éléments importants pour que toute la synergie ralentisse ou disparaisse.»

«Dans une grappe, ajoute le professeur, il y a des universités et des centres de recherche comme nous les avons à Montréal. Sauf que le savoir et l'expertise ne sont jamais coulés dans le béton.»

michel.munger@tva.ca

 
 
 
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