Régie des marchés agricoles du Québec

Enquête demandée sur une possible fraude à l'UPA

Première publication 29 août 2012 à 11h23
Mise à jour : 29 août 2012 à 21h02
Enquête demandée sur une possible fraude à l'UPA
Crédit photo : Agence QMI
Par Jean-François Cloutier | Argent

Une demande d'enquête vient d'être déposée à la Régie des marchés agricoles du Québec concernant une possible fraude dépassant les 60 000$ au sein de la Fédération des producteurs de bovins du Québec, une entité de l'Union des producteurs agricoles.

L'Association de défense des producteurs de bovins du Québec (ADPBQ) veut que la Régie se penche sur des montants qui auraient été payés sur une période d'au moins trois ans à un employé d'un administrateur de la Fédération.

Les paiements représenteraient le salaire versé à cet employé, un gérant de ferme de l'entreprise agricole personnelle de l'administrateur en question. Or, la Fédération ne disposerait d'aucun budget à cet effet.

Pour le président de l'ADPBQ, Adrien Breault, si la malversation est confirmée, «l'utilisation des cotisations obligatoires des producteurs [...] est tout simplement inacceptable et constitue un grave abus de pouvoir».

L'ADBQ a dit vouloir s'adresser aux médias, de crainte que le dossier ne traîne en longueur devant la Régie.

L'ADPBQ est fortement engagée dans la défense des intérêts des producteurs de bovins depuis l'acquisition en 2006 de l'abattoir Levinoff-Colbex par la Fédération des producteurs de bovins. Cet abattoir a fermé ses portes en mai dernier, ce qui a entraîné des coûts substantiels pour les producteurs de bovins et pour les contribuables.
Liberté réclamée

En conférence de presse, mercredi, des dizaines d'agriculteurs ont dénoncé le monopole de l'UPA, qui expliquerait selon eux la mauvaise gestion des cotisations qu'ils versent à leur fédération.

«On a donné des pouvoirs immenses à des gens qui sont indignes de leurs responsabilités», a indiqué M. Breault. Contrairement au secteur de la construction, un producteur agricole n'a pas le choix du syndicat auquel il cotise. L'Union des producteurs agricoles jouit d'un monopole sur tout le secteur.

«C'est comme si vous étiez un partisan de la CAQ et qu'on vous forçait à financer le Parti libéral. Si vous voulez appuyer la CAQ, vous devez payer en plus», a souligné un producteur laitier, Vincent Gratin, présent à la conférence de presse.

Du côté de l'UPA, le porte-parole, Patrice Juneau, a renvoyé la balle à la Fédération des producteurs de bovins. «On n'est pas impliqués là-dedans. Parlez à la fédération affiliée. Ces gens-là mélangent tout», a-t-il dit.

Par voie de communiqué, la Fédération des producteurs de bovins du Québec a nié en bloc les allégations de l'ADPBQ. «Nous affirmons, haut et fort, qu'en aucun temps des avantages personnels n'ont été octroyés à l'un des administrateurs de la FPBQ ou à un producteur, à même les cotisations obligatoires versées par les producteurs ou par toute autre source financière», a-t-elle affirmé, disant ne pas exclure des poursuites contre l'association.

Un fiasco de 100 millions $

L'acquisition de l'abattoir Levinoff-Colbex par le syndicat de la Fédération des producteurs de bovins aura coûté très cher aux producteurs de bœufs du Québec.

En conférence de presse, le président de l'ADPBQ a évalué à plus de 100 millions $ l'argent englouti par les producteurs dans cette aventure depuis.

En mai, l'entreprise d'abattage de bovins Levinoff-Colbex, établie à Saint-Cyrille-de-Wendover, a annoncé qu'elle suspendait ses opérations pour une durée indéterminée, en raison de sa situation financière difficile.

Censée permettre aux producteurs de bœufs d'obtenir le «juste prix» pour leurs bêtes, la gestion de l'abattoir, acheté au coût de 62,5 millions $ par la FPBQ en 2005, a aussi coûté très cher aux contribuables québécois.

Le bras de l'État québécois, Investissement Québec, a contribué à hauteur de 19,5 millions $ à l'acquisition en faisant un prêt à la Fédération. Une marge de crédit de 10 millions $ contractée auprès de la Banque Nationale était aussi garantie par IQ.

L'Union paysanne, un syndicat qui s'oppose au monopole de l'UPA dans le domaine agricole, soutient que la Fédération a réussi le tour de force de transformer en six ans une «entreprise privée rentable» en «une entreprise UPA en faillite technique».

L'abattoir aurait subi des pertes annuelles entre 5 et 9 millions $ depuis 2007, selon un ex-président de l'ADPBQ.


 
 
 
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