Décision du gouvernement Marois

Gentilly-2 va fermer ses portes

Première publication 11 septembre 2012 à 13h17
Mise à jour : 11 septembre 2012 à 19h17
Par Carl Renaud | Argent

La victoire des troupes de Pauline Marois a scellé le sort de la centrale nucléaire Gentilly-2 de Bécancour, dans le Centre-du-Québec. Le Parti québécois va procéder à la fermeture et au déclassement de la centrale, même si son gouvernement est minoritaire.

L'attaché de presse de Pauline Marois, Éric Gamache, a confirmé les intentions du nouveau gouvernement péquiste.

«Le gouvernement doit d'abord se mettre en place, mais la fermeture de Gentilly est toujours dans nos cartons», a-t-il affirmé, confirmant que cette décision va entraîner des coûts importants.

Le PQ a précisé ses intentions mardi, quelques heures avant la première du documentaire Gentilly or not to be qui doit être projeté au cinéma Beaubien, à Montréal. Le film de Guylaine Maroist et Éric Ruel critique la sécurité de la centrale située dans la région Centre-du-Québec.

L'organisme Nature Québec estime que la fermeture de Gentilly-2 pourrait coûter jusqu'à 1 milliard $ et s'étaler sur une période de sept à dix ans.

«C'est beaucoup moins cher de fermer que de reconstruire», a affirmé Christian Simard, directeur général de l'organisme, précisant que reconstruire pourrait coûter 3 milliards $.

Le bilan financier d'Hydro-Québec, qui possède la centrale Gentilly-2, comprend déjà une provision de 675 millions $ destinée au financement d'un éventuel démantèlement.

En attendant une annonce officielle, le patron de Nature Québec s'est réjoui des intentions du Parti québécois pour des raisons environnementales et économiques.

«Il y a plus de 2500 tonnes de déchets radioactifs dangereux qui se trouvent là-bas, a-t-il expliqué. En plus, l'électricité qui serait produite à Gentilly coûterait 20 cents le kWh après la réfection, le double du prix de l'électricité qui sortira de la Romaine.»

Le Syndicat canadien de la fonction publique (SCFP), qui représente des centaines d'employés de Gentilly-2, s'inquiète pour l'économie de Bécancour et des villes limitrophes.

«L'impact sera majeur, a souligné Maxime Valade, conseiller syndical au sein du SCFP. Il y a près de 700 personnes bien rémunérées qui travaillent à Gentilly.»

Nature Québec ne croit pas que tous ces emplois seront éliminés en marge de la fermeture. «Ce sont pour la plupart des employés permanents d'Hydro. Ils seront reclassés», a analysé M. Simard, précisant qu'au moins 300 emplois seront créés pour démanteler les activités.

Le SCFP voit d'un bon œil la présence d'une centrale nucléaire dans le portefeuille d'Hydro-Québec.

«Ça permet de stabiliser le réseau puisque la majorité des barrages d'Hydro sont éloignés», a dit Maxime Valade.

La production de la centrale de Bécancour représente environ 2% de l'électricité produite par la société d'État, une quantité suffisante pour approvisionner 270 000 foyers.

Hydro-Québec a été contactée pour obtenir le point de vue de la société d'État sur ce dossier, mais aucun porte-parole n'avait retourné nos appels mardi soir.

Les artistes s'unissent

Une vaste coalition d'artistes, de scientifiques et de personnalités de la scène publique a réclamé mardi de la nouvelle première ministre, Pauline Marois, qu'elle ordonne la fermeture de la centrale nucléaire Gentilly-2.

Ce groupe, réuni autour du mouvement Sortons le Québec du nucléaire, exige le déclassement et la réhabilitation du site, mettant de l'avant la sécurité publique et les coûts exponentiels auxquels s'expose la centrale.

«Les études l'ont démontré: il n'existe pas de niveau d'exposition aux radionucléides où il n'y ait pas de risques. Il y a un lien direct entre la proximité avec une centrale nucléaire et l'augmentation significative des cas de leucémie chez les jeunes enfants», a dit le Dr Éric Notenart, membre du Regroupement des professionnels de la santé pour la survie mondiale. De plus, celui-ci note que le modèle «Candu», sous lequel Gentilly-2 a été construite, émet près de 10 fois plus de tritium dans l'eau que les autres réacteurs nucléaires.

Pour sa part, Karel Mayrand, de la Fondation David Suzuki, note que le projet est «une bombe à retardement au plan financier».

Il argumente que la station ne fournit que 2% de l'électricité du Québec, province qui produit déjà un surplus d'énergie.

«Il ne faut pas laisser Gentilly-2 devenir un éléphant blanc», a affirmé M. Mayrand, rappelant que le coût de la reconstruction s'élèverait à près de trois milliards $, bien au-delà du 1,9 milliard évalué en 2008.

Par ailleurs, la coalition souligne que Mme Marois n'a pas à procéder à un vote à l'Assemblée nationale, ni même à faire adopter un nouveau décret pour annoncer la fermeture définitive de Gentilly-2.

«Elle n'a qu'à faire une déclaration en ce sens et aviser le PDG d'Hydro-Québec que son gouvernement n'autorisera pas sa réfection», selon Christian Simard, directeur général de Nature Québec. Sans cette réfection, la centrale serait forcée de fermer ses portes en décembre 2012.

Le Parti québécois s'est déjà engagé dans son programme à «procéder au déclassement de la centrale et à mettre en place un fonds de diversification économique de 200 millions $ pour le Centre-du-Québec et la Mauricie», d'après Sortons le Québec du nucléaire.

 
 
 
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