
Le géant des télécoms Rogers Communications (RCI.B) exige que Bell Canada (BCE) vende ses services de télévision anglophone pour que l'achat d'Astral (ACM.A) soit autorisé. Sinon, il demande que la transaction soit bloquée parce que la facture du consommateur augmentera.
Selon le plaidoyer livré mercredi matin aux audiences du CRTC, Bell ne se comporte pas comme un fournisseur de contenu mais comme un concurrent qui favorise ses services de télécoms. Si l'organisme fédéral ne la force pas à vendre des actifs, il devrait au moins la pousser à rendre ses chaînes disponibles sans un processus de négociation.
On ne peut pas faire confiance à Bell avec l'intégration verticale parce qu'elle fera monter la facture du client, argumente Susan Wheeler, vice-présidente aux Affaires réglementaires de Rogers.
«La programmation de CTV, dit-elle, est devenue un outil pour que Bell gagne un avantage sur ses concurrentes en faisant monter leurs coûts et en les empêchant d'offrir du contenu aux consommateurs canadiens de façon nouvelle et innovante. Une fois qu'elle détiendra Astral, Bell transformera un important partenaire de programmation en rival».
En livrant son témoignage, Rogers se fait l'apôtre de l'accès au contenu sur tous les écrans en même temps. Elle qualifie Bell d'obstacle géant à sa philosophie.
David Purdy, vice-président principal au Contenu chez Rogers, affirme que Bell fait avorter les négociations sur les droits de diffusion sur des périodes s'étalant jusqu'à 18 mois. Pendant ce temps, elle conserve l'exclusivité sur son contenu afin de s'approprier des parts de marché en télécoms. «Nous ne serons jamais en mesure de lancer quelque chose avant que Bell ne le fasse grâce au levier qu'elle détient sur son contenu», poursuit-il.
Par exemple, le visionnement des chaînes de Bell en direct sur iPad à la maison lui aurait été interdit. Le même problème toucherait la vidéo sur demande. Rogers prévoit que l'an prochain, elle pourra offrir 170 heures de contenu en provenance d'Astral. Comparativement, elle rendrait disponibles 80 heures de contenu de Shaw et de Corus, ainsi que 25 de Radio-Canada. Bell ne ferait pas partie du portrait.
Rogers affirme avoir eu une autre mauvaise expérience en testant une offre de câblodistribution flexible à London, en Ontario. «La réaction négative de Bell nous a forcé à mettre fin à l'essai de façon prématurée», soutient M. Purdy.
L'acronyme KISS (keep it separate, sucker) circule à la blague dans les bureaux de Rogers afin d'illustrer la politique de Bell, ajoute le vice-président. [NDLR: Une fois traduit, il veut dire «gardez-le séparé, imbécile»].
Par ailleurs, le président et fondateur de l'Équipe Spectra, Alain Simard, est venu donner son appui à Bell plus tôt en matinée.
M. Simard a demandé au CRTC de donner son feu vert à la transaction «car nous croyons qu'elle est dans l'intérêt des industries culturelles québécoises. Ces dernières ont plus que jamais besoin de grands joueurs intégrés dans le domaine des télécommunications pour les appuyer et diffuser leurs produits sur toutes les plateformes.
Spectra compte le Festival de jazz de Montréal, les FrancoFolies et l'étiquette de disques Spectra Musique parmi ses réalisations.
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