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Si le Québec a fait des pas de géant depuis 50 ans, force est de constater qu'il contrôle peu de minières qui exploitent son sous-sol. Une situation qui divise les experts.
Notre dossier publié mardi soulevait le fait que sur les 23 mines en activité au Québec, 15 ont leur siège social à l'extérieur de la province. De ce nombre, neuf sont dirigées depuis une autre province canadienne et les six autres ont des actionnaires principaux d'origine internationale.
On voit également de plus en plus des investisseurs asiatiques mettre des «gros sous» dans des projets miniers au Québec tels que Chendu Tianqi Industry Group, Jilin Jien Nickel Industry, Japan Oil & Gaz Metals (JOGMEC), Wuhan Iron & Steel (Wisco) et Toyotsu Rare Earth Canada, soit Toyota.
Un relevé des projets mis en branle dans le cadre du Plan Nord fourni par l'Institut de la statistique du Québec n'indiquent aucun revirement de tendance significatif des multinationales étrangères étant à l'origine des projets les plus importants.
Contrairement à l'Ontario ou à la Colombie-Britannique, le Québec n'abrite aucun champion minier de grande envergure, comme Barrick Gold ou Teck Resources. L'Alberta compte pour sa part des géants comme Suncor Energy et Encana dans l'exploitation et la mise en valeur des sables bitumineux.
Le porte-parole de l'Association minière du Québec, André Lavoie, le reconnaît lui-même : «Une entreprise comme Agnico-Eagle, dont la plupart des activités sont au Québec, a son siège social à Toronto. C'est parce que le financement minier est à Toronto».
Même si l'Ontario est une province relativement pauvre en ressources naturelles, elle profite de façon disproportionnée de l'activité minière au Québec et ailleurs dans le monde.
C'est ce que soutient Alain Deneault, professeur de sciences politiques à l'Université de Montréal et auteur de Paradis sous terre, un livre très critique du fonctionnement de l'industrie minière.
De toutes les entreprises minières cotées en Bourse dans le monde, 60 % le sont à Toronto. Quelque 75 % des compagnies mondiales d'exploration ou d'exploitation minière ont leur siège social au Canada, a noté M. Deneault.
Entre 2007 et 2011, Toronto aurait concentré 220 milliards$ de financement minier par action, soit plus du tiers mondial, ce qui la place loin devant Londres, a indiqué l'auteur.
Pour l'auteur, l'essor de Toronto vis-à-vis de Montréal sur le plan financier s'explique en grande partie par la domination de la Ville Reine dans le secteur minier.
«Ce n'est pas quelque chose de nouveau, a-t-il affirmé. Depuis 100 ans, la Bourse de Toronto s'est bâtie sur la spéculation minière. On est loin de ça au Québec.»
Une réglementation peu contraignante, voire laxiste, et des avantages fiscaux substantiels pour les investisseurs ont favorisé cet état de fait, selon lui.
Très critique du Plan Nord, le professeur soutient que l'Ontario et par extension, le Canada, pratiquent un véritable «colonialisme d'affaires» sur les autres juridictions, où les profits sont drainés vers le centre.
«Le Plan Nord n'est qu'une occurrence locale de ce que nous pratiquons, comme Canadiens, ailleurs dans le monde», a-t-il dit.
Plus nuancé, M. Lavoie pense que les retombées minières du Plan Nord sont majeures pour le Québec. Il souligne que la Caisse de dépôt et placement est actionnaire de toutes les compagnies minières présentes au Québec, même si elles sont cotées à Toronto.
«L'investissement dans les minières de la Caisse s'établit à 1,2 milliard$», a-t-il expliqué.
À travers le bas de laine de la Caisse, la grande majorité des fonds communs de leur REER et leurs actions du Fonds FTQ, les Québécois s'enrichissent aussi grâce aux mines.
«Sans qu'ils s'en rendent compte, les Québécois sont propriétaires des mines d'ici», a-t-il ajouté.
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