Accord Canada-Union européenne

Québec est optimiste

Première publication 5 octobre 2012 à 16h56
Québec est optimiste
Crédit photo : archives Agence QMI
Le négociateur en chef du Québec, Pierre Marc Johnson.
Par Mélanie Loisel | Argent

Le négociateur en chef du Québec, Pierre Marc Johnson, a pour une rare fois fait le point sur les pourparlers en cours qui soulèvent encore certaines inquiétudes.

Après avoir déploré le manque de transparence dans le processus de négociation, le ministre des Finances, Nicolas Marceau, et celui du Commerce extérieur, Jean-François Lisée, ont convié Pierre Marc Johnson à donner l'heure juste aux entreprises, aux syndicats, et aux organismes communautaires.

Le négociateur en chef du Québec a confirmé que la santé, l'éducation et la gestion de l'offre seront exclues de cet accord qui vise à libéraliser les échanges entre le Canada et l'Union européenne, mais surtout à donner accès à un marché commun de 500 millions de personnes. Un marché, dit-on, 15 fois plus grand que celui du Canada.

Ouverture du marché public

Parmi les points sensibles, Pierre Marc Johnson a reconnu que les deux parties cherchent à libéraliser le marché des biens, des services et de la construction dans le secteur public. L'accord pourrait permettre à l'avenir aux entreprises européennes de soumissionner sur des contrats publics qui représentent environ 29 milliards $ au Québec.

«Mais les contrats octroyés à Hydro-Québec sont exclus de l'offre», a tenu à dire M. Johnson. Dans ce cas, la valeur totale des contrats disponibles sur le marché public serait de 11 milliards $.

La Fédération des travailleurs du Québec (FTQ) s'inquiète de cet accès, qui pourrait être donné au marché public, aux entreprises européennes. Dans le domaine de la construction, est-ce que des emplois pourraient être perdus? Est-ce que les entreprises européennes pourraient amener leur propre main d'œuvre?

«C'est là-dessus qu'on a encore besoin de se faire rassurer», a dit le président de la FTQ, Michel Arsenault, qui ne s'oppose pas pour autant à l'accord.

Protection des produits agricoles

Le marché de l'agriculture est aussi un dossier chaud au Québec. Pierre Marc Johnson a affirmé qu'il défendait la protection du système de gestion de l'offre des produits agricoles. «Nous avons demandé à Ottawa à ce que ce système soit privé et que le gouvernement du Québec ne soit pas contraint par l'accord», a-t-il précisé.

Pour le moment, certains produits agricoles dont le bœuf, le porc et quelques poissons ne sont pas assujettis à l'accord qui vise à éliminer les tarifs douaniers des produits canadiens et européens.

L'Union des producteurs agricoles du Québec (UPA) milite aussi pour que le marché canadien des fromages soit plus restreint. «L'Europe a déjà un accès privilégié à notre marché. Si on se met à importer plus de fromages européens au Canada, les producteurs du Québec vont moins produire de lait et la demande de fromage du Québec va aussi diminuer», a souligné Marcel Groleau, le président de l'UPA.

Eau naturelle exclue

Pierre Marc Johnson a également tenté de rassurer les défenseurs de l'environnement en confirmant que la gestion de l'eau naturelle est exclue de l'accord. Par contre, les villes pourront privatiser leurs services d'eau si elles le veulent, mais elles ne seront pas obligées. « Les villes qui privatiseront n'auront toutefois pas le droit de discriminer les entreprises européennes lors des soumissions », a indiqué M. Johnson.

Dans l'ensemble, les entreprises du Québec voient d'un bon œil cette éventuelle ouverture du marché canadien aux Européens. Bien que la concurrence soit plus féroce au pays pour l'obtention de contrats, les entrepreneurs y voient surtout une occasion d'exporter leurs produits.

Le Canada et l'Union européenne sont en train de négocier de nouvelles règles pour la certification des produits, pour mieux définir les règles d'origine, pour favoriser les investissements et pour encadrer la propriété intellectuelle.

Le ministre des Finances, Nicolas Marceau, espère que l'AECG permettra en fin de compte de relancer les exportations québécoises qui ont diminué ces dernières années.

«On y croit, mais un accord de libre-échange a des points positifs et des moins positifs. Nous, on a la conviction qu'il y a moyen d'arriver à un accord à l'avantage du Québec, a-t-il dit. Nous sommes modérément optimistes», a précisé le ministre du Commerce extérieur, Jean-François Lisée.

Après trois ans de pourparlers, les négociateurs du Canada et de l'Union européenne entrent dans la phase finale de négociations de l'AECG.

 
 
 
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