
Mélanie Loisel
Argent
Hydro Québec et ses partenaires privés achèvent d'implanter leurs premières bornes de recharge publiques pour véhicules électriques. D'ici la fin de l'année, 150 bornes seront installées au Québec, mais les utilisateurs se font encore rares.
Depuis le printemps dernier, une centaine de bornes électriques ont fait leur apparition dans certains stationnements des Rôtisserie St-Hubert, Métro, Rona et l'Agence métropolitaine de transport (AMT).
Hydro-Québec et ses quatre partenaires ont investi au moins un million de dollars pour déployer ce circuit alors que chaque borne de 240 volts coûte 5 000$.
« Nous avons investi au départ 100 000$ pour la recherche et le développement et nous comptons installer une vingtaine de bornes d'ici décembre », affirme Mathieu Rouy, porte-parole d'Hydro-Québec pour le circuit électrique.
Chaque partenaire a dû payer ses bornes et aussi les frais d'installations. Métro a, entre autres, défrayé 200 000 $ pour implanter deux bornes de recharge dans une dizaine de magasins.
Les Rôtisseries St-Hubert ont investi le même montant, soit 200 000$, pour installer une vingtaine de bornes dans les stationnements de leurs restaurants situés principalement dans la grande région de Montréal.
« C'est vraiment St-Hubert qui a décidé d'investir dans ce projet et non nos franchises pour ne pas qu'elles aient à encaisser les risques financiers », mentionne Peter Scofield, vice-président restauration chez St-Hubert.
Les partenaires du circuit sont conscients qu'ils ne bénéficieront pas d'un retour sur leurs investissements de sitôt. Les conducteurs de véhicules électriques peuvent se recharger à l'une des bornes publiques au coût de 2,50$.
Peu utilisé
Mais pour le moment, seulement 35 recharges par semaine ont été enregistrées sur l'ensemble du circuit électrique.
« Les bornes publiques répondent seulement à un besoin d'appoint, alors que la majorité des propriétaires de véhicules électriques se chargent à la maison », tient à dire monsieur Rouy de chez Hydro-Québec.
Au Québec, il faut dire qu'il y a seulement entre 400 et 500 personnes qui détiennent un véhicule électrique alors que les modèles disponibles sur le marché ont encore besoin d'être améliorés.
Le moteur de la Nissan Leaf, par exemple, permet seulement de rouler 150 kilomètres. Impossible donc de faire Montréal-Québec sans se recharger. Les véhicules électriques sont surtout utiles pour rouler en ville.
Non stratégique
« Le circuit électrique n'est pas non plus stratégique puisque la majorité des bornes sont concentrées dans la grande région de Montréal et on tourne en rond dans ce coin », souligne Sylvain Castonguay, directeur général du Centre national de transport avancé
En avril dernier, le gouvernement Charest avait pourtant lancé en grande pompe son plan d'action en matière de transport électrique. La conférence de presse, à elle seule, avait coûté 42 850$.
« Avant le début du projet, j'avais proposé à St-Hubert d'installer une borne à chacun de ses restaurants, ce qui aurait permis d'avoir réellement un réseau de bornes électriques au Québec », dit-il avant d'ajouter que « c'est sympathique d'avoir des bornes dans des stationnements de quincaillerie ou d'épicerie, mais c'est inutile parce que les gens n'y vont pas assez longtemps pour se recharger ».
En moyenne, il faut compter 5 heures pour faire le plein d'un véhicule électrique qui est connecté sur une prise de 240 volts. Un conducteur qui s'arrête dans un restaurant, pendant au moins une heure, peut davantage en profiter s'il veut mettre de l'énergie dans son véhicule.
Des bornes à recharge rapide?
Hydro-Québec teste actuellement de nouvelles bornes de recharge rapide qui pourraient être déployées ces prochains mois sur les grands axes routiers du réseau au Québec. Ces bornes coûtent, par contre, 50 000$ et les frais devront être assumés par l'État.
« Ce serait vraiment stupide de dépenser des fonds publics pour ces bornes à recharge rapide alors que Nissan est en train de commercialiser des bornes à 10 000$ pour favoriser l'intégration de ses véhicules sur les réseaux routiers », prévient monsieur Castonguay.
À son avis, Québec devrait envisager de prendre des ententes avec les constructeurs automobiles pour continuer de développer le circuit électrique dans l'avenir.
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