Un nouveau régime forestier coûteux au Québec ?

Première publication 16 novembre 2012 à 15h52

Michel Munger
Argent

Le gouvernement du Québec va de l'avant avec sa réforme du régime forestier, en espérant générer plus valeur pour l'exploitation du bois mais en faisant grincer les entrepreneurs des dents.

La mise à jour annoncée avec le projet de loi 7, déposé jeudi, est essentiellement technique. Cependant, la réforme qui entrera en vigueur le 1er avril 2013 est majeure.

La principale mesure est la mise aux enchères de 25% des droits sur la forêt publique, afin de générer un maximum de valeur pour les droits de coupe. D'autres changements portent sur l'obligation d'aménager la forêt en retour d'une garantie de volume et sur la reddition de comptes des organismes de protection.

Québec entend répondre aux préoccupations de l'industrie en commission parlementaire. Le cabinet de Martine Ouellet, ministre des Ressources naturelles, n'a pas donné de réponse aux demandes d'entrevue.

Des coûts plus élevés ?

Le nouveau régime risque de faire monter les dépenses des entreprises, affirme André Tremblay, PDG du Conseil de l'industrie forestière du Québec.

«Beaucoup de questions attendent des réponses, particulièrement pour le coût du bois, signale M. Tremblay. On nous a toujours promis que le régime se ferait à coût nul mais, selon nos évaluations, il entraînera une hausse de 20% du prix de la matière première. L'industrie n'est pas en mesure de l'absorber.»

M. Tremblay craint pour la compétitivité du secteur. «Nous mettons en place une réforme majeure qui implique énormément d'étapes, qui sont toutes aussi importantes les unes que les autres. Encore faut-il le faire avec une vision économique».

Par exemple, la société Produits forestiers Résolu croit que ses approvisionnements reculeront de 41%, une fois la réforme combinée à une réduction de 10% imposée par le Forestier en chef.

Des perturbations auront bel et bien lieu dans les entreprises, estime André Tremblay. «Des usines vont opérer à 75% d'approvisionnement, tandis que d'autres rouleront à 125%», résume-t-il.

Les industriels devront vivre avec cette nouvelle réalité, réagit Nicolas Mainville, porte-parole pour le dossier forestier chez Greenpeace Québec. «Il faut apprendre à se serrer la ceinture et à faire plus avec moins de bois. Le défi de la foresterie du 21e est de miser sur la qualité au lieu de la quantité».

M. Mainville croit que certaines mesures de protection ne doivent pas attendre… et ce dans l'intérêt même de l'industrie. «Nous voyons une occasion en or pour que des aires protégées soient mises en place rapidement, avant que les volumes de bois ne soient attribués. L'industrie n'aura pas une épée de Damoclès au-dessus de son territoire, en attendant de savoir où seront ces aires protégées.»

Par contre, le porte-parole de Greenpeace dit que le gouvernement péquiste ne démontrera son sérieux que si le budget du 20 novembre consacre des fonds au régime forestier. «Si l'on veut changer l'aménagement et réduire les volumes de bois, dit-il, il faut y mettre de l'argent».

michel.munger@tva.ca

 
 
 
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