Plus de taxes, un frein à la croissance?

Première publication 16 novembre 2012 à 17h07

Jean-François Cloutier
Argent

Au moment où le ministre des Finances, Nicolas Marceau, s'apprête à déposer son premier budget, des économistes tirent la sonnette d'alarme sur des pistes de solution envisagées par le gouvernement Marois pour rétablir l'équilibre budgétaire.

En entrevue à Argent, l'économiste en chef à la Banque Nationale, Stéfane Marion, a souligné que selon certaines rumeurs, Québec pourrait à nouveau être tenté d'aller piger dans les poches des contribuables pour boucler son budget, au moyen de nouvelles taxes et autres hausses de tarifs.

« Il y a une limite à la taxation des individus. Quand la croissance est faible, taxer plus peut faire encore plus mal à l'économie », a-t-il dit.

Selon M. Marion, les hausses de taxes décrétées par les libéraux en 2012, notamment de la TVQ, pourraient bien déjà être responsables de la croissance plus faible que prévu au Québec depuis le début de l'année.

En mars 2012, les libéraux tablaient sur une croissance de 1,5% dans leurs projections budgétaires. Selon le Mouvement Desjardins, la croissance pour l'année en cours devrait plutôt être de 0,8%.

Selon Jacques Delorme, porte-parole du ministère des Finances, une baisse de un point de pourcentage du taux de croissance de l'économie entraîne une perte de revenu d'environ 500 M$ pour l'État.

« S'il est trop taxé, le consommateur ne peut plus livrer la marchandise, le commerce de détail souffre », explique-t-il.

M. Marion rappelle que les taux d'intérêt sont déjà à un niveau plancher et qu'il n'est plus possible de donner un répit à la population de ce côté.

Conscient de l'état précaire des finances publiques québécoises, l'économiste n'est pas plus favorable à l'arrêt des vastes investissements mis en branle dans les infrastructures, une autre piste évoquée dans les médias par le gouvernement péquiste.

« Si on décide de stopper ces dépenses, il faut être conscient qu'à moyen terme cela aussi va affecter la croissance », a-t-il exprimé.

Couper dans les dépenses

Selon M. Marion, le Québec approche du moment où il devra faire des choix semblables à ceux auxquels sont confrontés de nombreux pays européens.

Réduire les cadeaux fiscaux à différents groupes privilégiés, couper dans les dépenses de fonctionnement de l'État comptent parmi les options qui pourraient être fécondes, selon lui. « Les Européens ont amorcé cette réflexion, les Québécois vont devoir s'y mettre aussi », affirme-t-il.

Benoît Durocher, économiste chez Desjardins, pense lui aussi que des augmentations de taxes pourraient s'avérer nuisibles, dans un contexte où l'économie québécoise avance très mollement. « Le Québec est la seule province qui a haussé les taxes en 2012. Ça a eu un effet sur l'économie », a-t-il dit.

L'économiste n'exclut pas que Québec choisisse de reporter d'un an l'atteinte du déficit zéro, à l'instar du gouvernement fédéral. Il souligne cependant que la marge de manœuvre du gouvernement est réduite, le Québec étant beaucoup plus endetté que le fédéral.

 
 
 
Accueil | Actualité | International | Sport | Argent | Vidéo
Questions, réactions ou problèmes techniques ? Contactez-nous.