Enquête pendant trois ans

«Harcelés» par l'assurance-emploi

Première publication 23 avril 2013 à 18h22
Par Olivier Bourque | Argent

Un homme et sa conjointe atteinte du cancer, employés et actionnaires minoritaires d'un magasin de ski, ont fait l'objet d'enquête durant trois ans par l'assurance-emploi et jugent qu'ils ont subi du harcèlement et de l'intimidation.

Sylvain Hubert détient un peu plus de 10% de magasins de ski. Lui et sa conjointe Annie travaillent de la fin de l'été jusqu'à la mi-avril dans ce commerce de la Rive-Sud. Durant l'été, ils touchent de l'assurance-emploi, car la boutique ferme durant la saison estivale.

Mais depuis trois ans, leur quotidien s'est transformé en enfer. M. Hubert affirme avoir été harcelé par une enquêtrice de l'assurance-emploi qui croyait à tort que le couple effectuait de la fraude pour obtenir des chèques de chômage.

L'enquêtrice n'a pas lésiné sur les moyens pour tenter de piéger le couple: on a questionné les employés, demandé des comptes bancaires et réclamé des rencontres à deux jours de préavis.

«En fait, on a tenté de prouver que je faisais des chèques à ma conjointe sans qu'elle ne travaille au magasin pour obtenir de l'assurance-emploi, a précisé M. Hubert en entrevue. Je ne veux pas critiquer l'inspectrice, mais je crois que c'est ce qu'on lui demandait de faire.»

Sa conjointe Annie a travaillé au magasin vers la fin de l'année 2010, mais pour des raisons monétaires, l'argent lui a été versé en 2011. En 2012, la conjointe de M. Hubert a arrêté de travailler rapidement en raison d'un cancer du sein qui l'a tenu au repos durant presque toute l'année. Des considérations qui ont attisé l'attention de l'assurance-emploi.

Mais l'enquête n'a jamais démontré aucune faute de la part du couple, ni aucune fraude. La conjointe n'avait toujours pas reçu de chèque maladie mardi, mais on jugeait toutefois qu'elle allait devoir rembourser un montant d'assurance-emploi versé en trop.

Acharnement sur une cancéreuse

Mais ce qui choque M. Hubert, c'est l'acharnement qu'a vécu sa conjointe qui combattait un cancer.

«On l'a fait venir au bureau de Service Canada alors qu'elle avait subi des traitements de chimiothérapie, a affirmé M. Hubert. On l'a fait venir trois heures dans le bureau pour lui tirer les vers du nez. Je trouve cela indécent.»

Pour Pierre Céré, président du Conseil national des chômeuses et chômeurs (CNC), il s'agit d'un cas patent d'acharnement envers des travailleurs saisonniers.

«C'est carrément éberluant de voir comment a agi cette enquêtrice, estime-t-il. On voit clairement qu'elle les avait ciblés pour aller chercher de l'argent. Elle leur a même dit, je vais vous avoir over my dead body.»

Une lettre pleine de fautes

Comme si cela n'était pas suffisant, l'inspectrice a même communiqué avec le couple en leur envoyant une lettre pleine de fautes.

Dans celle-ci, on retrouve des erreurs de frappe (la commsision, Est-ce excat?) des phrases mal construites (A qu'elle dqte avez-vous été informée de votre maladie ?) et des phrases pas tellement claires (A qu'elle votre embauche était t-elle prévue ?).

«Moi personnellement, je n'ai jamais vu une telle lettre. Il y a vraiment trois-quatre erreurs par phrase. C'est un manque de considération terrible», a indiqué M. Céré qui souligne qu'il y aura une manifestation le 27 avril prochain contre la réforme de l'assurance-emploi.

De son côté, le couple espère que tout rentrera dans l'ordre bientôt et qu'il pourra tourner la page. «Vous savez, sur la bâtisse c'est inscrit Service Canada. C'est supposé être au service du citoyen, mais dans le fond, on travaille contre le citoyen», a ajouté M. Hubert.

Ressources humaines Canada et Développement des compétences n'a pas voulu commenter le dossier.

 
 
 
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