Chirurgie plastique

462 000$ pour un oeil

Première publication 2 mars 2010 à 11h07
462 000$ pour un oeil

Un chirurgien plasticien de Québec vient d’être condamné à payer plus de 462 000 $ à un patient qui a perdu l’usage de son œil gauche à la suite d’une opération d’urgence.

Le 10 avril 2003, Robert Leduc a subi une chirurgie esthétique pour corriger des problèmes de paupières «tombantes» à l’Hôtel-Dieu de Lévis. L’opération s’était déroulée sans problème. Neuf jours plus tard, le demandeur ressentait une «douleur intense» à l’œil gauche après avoir pelleté dans sa cour et la plaie de la paupière supérieure s’est ouverte, relate le juge Étienne Parent, de la Cour supérieure.

Amené à l’urgence de l’hôpital Chauveau, ce père de famille s’est fait appliquer des «bandelettes de rapprochement» et a reçu son congé du médecin une demi-heure plus tard. Mais à peine de retour chez lui, le sang coulait de nouveau.

Souffrant, il a été conduit en ambulance à l’hôpital Saint-François d’Assise, où le médecin responsable de l’urgence a vainement tenté de stopper l’hémorragie. Deux heures plus tard, on le transférait au CHUL pour une chirurgie qui a été pratiquée par le Dr Daniel Cloutier.

Comportement «professionnel» mais fautif

Chirurgien plasticien de garde lors de ce long congé pascal, le Dr Cloutier a rapidement identifié et ligaturé l’origine du saignement (une lacération de l’artère angulaire du côté interne de l’œil gauche, causée «en toute probabilité» pendant la chirurgie esthétique, mais sans saignement immédiat, selon le tribunal). Le lendemain, on constatait «la perte complète et irréversible de vision de l’œil gauche» du demandeur, en raison de l’atrophie du nerf optique.

Le procès a établi que tant à Chauveau qu’à Saint-François d’Assise, «aucun médecin n’a examiné l’œil gauche de M. Leduc». Celui de Chauveau a même témoigné qu’il s’agissait d’un «cas banal» pour lui. Pareille complication est «très rare». Par contre, les deux urgentologues − qui étaient également poursuivis − sont blanchis de tout blâme, puisque leurs décisions n’ont eu aucun lien de causalité avec la cécité du demandeur.

Incidemment, c’est le Dr Cloutier − dont «le comportement apparaît non seulement adéquat, mais aussi très professionnel», de l’avis même du juge − à qui incombe la responsabilité des dommages.

«Les règles de l’art commandaient un examen de l’œil de M. Leduc avant l’entrée en salle d’opération», conclut le juge, puisqu’on aurait alors pu opter pour une «chirurgie décompressive», «simple et rapide qui aurait libéré la pression derrière le globe oculaire, évitant ainsi les dommages irréversibles au nerf optique».

L’opérateur de machinerie lourde, qui avait 56 ans à ce moment, n’a jamais pu réintégrer le marché du travail et a vu sa qualité de vie sérieusement affectée.

(Agence QMI)

 
 
 
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