
Jamais les membres de la mafia ne se sont doutés qu'ils étaient espionnés par des policiers alors qu'ils se réunissaient au Club Social Consenza dans les années 2000. Pourtant, les équipes spéciales de la GRC y ont pénétré plus de 32 fois au cours des quatre années qu'a duré l'opération Colisée.
Dans une toute première entrevue accordée dans le cadre de l'émission JE, un ex-policier de la Gendarmerie royale du Canada se livre sur cette vaste et méticuleuse opération qui a permis l'arrestation de plus de 80 membres de la mafia montréalaise.
(TVA Nouvelles)
«Il y a avait des fenêtres d'opportunité! On remplaçait des micros qui tombaient, on remplaçait des caméras qui ne marchaient plus» explique l'ex-membre des forces de l'ordre qui doit conserver l'anonymat. Chaque fois c'était au moins cinq heures de préparation pour 20 minutes de plaisir. On a eu chaud une couple de fois, fallait pas se faire pogner, mais toutes les actions étaient réfléchies, comme une partie d'échec», décrit-il.
Cette vaste opération d'écoute s'est amorcée en 2001, alors que les policiers tentaient d'obtenir de l'information sur Vito Rizzuto, fils de Nicolo, parrain présumé de la mafia montréalaise. «Au début de Colisée, Vito n'était pas allé travailler depuis au moins 1995, on n'avait ‘fuck all', rien sur eux autres. Il a fallu reprendre tout du début : les plaques... les photos».
(Vito Rizzuto, archives, Agence QMI)
Plus de 80 policiers travaillaient activement sur la mission, sans compter les techniciens, spécialistes des caméras et des micros cachés. «D'habitude, on travaillait par équipe de dix. Pis des fois on sortait à trois équipes sur une même job, le même soir.»
Une opération à haut risque, bien ficelée, certes, mais qu'un imprévu aurait pu faire échouer.
«On a fait de la ‘watch' pendant quatre nuits pour surveiller un appartement. On voulait mettre des micros et des caméras. Finalement, c'est la cinquième nuit qu'on a fait la job. Notre matériel, on l'avait caché dans un divan. Le lendemain, un rembourreur est venu chercher le divan. Évidemment, il a trouvé le stock, mais la mafia a pensé que c'était les motards qui les espionnaient, et pas nous autres» explique l'ex de la GRC.
Un an avant l'arrestation des «gangsters», le Club Social Consenza a changé de nom, comme pour se faire oublier. Le local est devenu le café de l'Associazione Cattolica Eraclea, mais ce n'était qu'un changement de façade. Les enquêteurs savaient fort bien ce qui se tramait derrière les murs.
(TVA Nouvelles)
La nonchalance des criminels aura été déterminante. «Ce que tu fais tout le temps de pareil, ça va t'amener à ta perte. Eux autres ils étaient confortables dans leurs petites habitudes, dans leur routine et ça, ça les a eus. C'était comme des vieux pris dans leur routine.»
«Les ‘bikers' laissaient une sentinelle 24 heures sur 24 dans leur bunker, pis le gars, il était bien mieux de ne pas dormir. Pourquoi pas au Consenza? Parce que les gars étaient trop sûrs d'eux» conclut l'ex-policier.
(TVA Nouvelles)
Cette enquête d'écoute électronique a duré quatre ans, et a permis de capter près de deux millions de conversations et a mené à 1000 chefs d'accusations. Cette semaine, grâce à cette preuve cumulée par la police fédérale, la commission Charbonneau a mis en lumière que des ristournes de 2,5% étaient versées par des entrepreneurs en construction à la mafia, au désormais célèbre club social.
Aujourd'hui le local où se trouvait le Consenza abrite une simple boutique de vêtements pour femmes.
par Geneviève Paradis
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