Ancien résidant du Colorado

«Je me suis dit: ''Oh non, pas encore!''»

Première publication 20 juillet 2012 à 19h05
Par Emilie Servant | TVA Nouvelles

Comme la plupart des Québécois, le Dr Paul Poirier a vu à la télévision ce qui s'est passé dans la nuit de jeudi à vendredi à Aurora, au Colorado, alors qu'un homme a ouvert le feu sur des spectateurs lors de la première du plus récent Batman, dans un cinéma. Au total, 12 personnes sont mortes et près de 58 sont blessées.

«Je me suis dit: "Oh non, pas encore!"» s'exclame-t-il.

Paul Poirier n'en est pas à sa première fusillade. Il a déjà habité au Colorado. Et il a vécu la fusillade de Columbine, drame marquant aux États-Unis, survenu le 20 avril 1999.

«Je l'ai vécu comme médecin et comme parent. Ce qui arrive, c'est qu'il y a un code spécial pour que tout le monde aille à l'hôpital de façon urgente», explique le médecin.

Il a d'abord cru à une avalanche. On lui a ensuite expliqué qu'il y avait une tuerie dans une école secondaire.

«On s'est fait expliquer qu'il y avait un tueur qui serait sorti de l'école secondaire et qu'il aurait eu l'intention d'aller faire les écoles primaires du coin. Là, tu prends ton chapeau de médecin, et tu le changes pour ton chapeau de parent. J'avais deux enfants qui fréquentaient l'école à ce moment-là, se souvient l'homme, encore ému. C'est l'enfer. Tu te demandes pourquoi.»

«Mentalité Far West»

Dans ses années passées au Colorado, le docteur Poirier a constaté que les Américains vivent une réalité différente de celle des Canadiens.

Il s'est aperçu que les armes à feu sont omniprésentes dans le quotidien des habitants des États-Unis.

«Pour les fêtes d'enfants, on avait trois questions: C'est à quelle heure? Qu'est-ce qu'on achète comme cadeau? Et y a-t-il un fusil dans la maison?», cite-t-il à titre d'exemple.

«Quand on arrive chez nous, on vide nos poches: clés d'auto, monnaie, et [aux États-Unis] il va y avoir un fusil qui va sortir et qui va se ramasser un coin de la table...»

Il ne s'est rendu compte de ce fléau que lorsque la fusillade de Columbine est survenue.

«On ne voit pas [les armes] jusqu'à temps qu'on le vit. Leur arme à feu est cachée», enchaîne M. Poirier.

Selon lui, les cas de rage au volant au cours desquels une personne meurt et les guerres de gang sont fréquents là-bas. Il en voyait souvent dans les bulletins de nouvelles.

«Ça ne fait pas les nouvelles à Québec ça, mais ça les fait là-bas, régulièrement.»

Paul Poirier admet s'être senti dépaysé lorsqu'il a réalisé qu'il y avait des détecteurs de métal à l'entrée de l'urgence pour laquelle il travaillait.

«Là, tu te dis que tu es dans un autre monde.»

L'homme, cardiologue à l'Hôpital Laval, est d'avis qu'un évènement comme celui qui est survenu à Aurora laisse des traces à jamais.

«Je vais m'en souvenir toute ma vie», admet-il en faisant référence à la fusillade qu'il a vécu de près, en 1999.

Les craintes qu'un drame du genre survienne à nouveau étant trop fortes, Paul Poirier, sa femme et ses quatre enfants ont quitté le Colorado pour revenir au Québec quelques mois après la tuerie de Columbine.

Le lendemain des incidents, il est retourné au travail et a annoncé à ses collègues qu'il quitterait sous peu les États-Unis pour le Canada. Ses comparses lui ont répondu qu'il s'en faisait pour rien.

«Pour eux, ça fait partie de la vie. Pour nous, ça ne le fera jamais», conclut le Dr Paul Poirier.

 
 
 
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