Série de scandales

New York aussi dans le tourbillon de la corruption

Première publication 14 avril 2013 à 16h12
New York aussi dans le tourbillon de la corruption
Crédit photo : Archives AFP
Véhicule de la police de New York
Par Marie-Joëlle Parent | Agence QMI

Quand on se compare, on se console. Pendant que Montréal est secouée par les révélations de la commission Charbonneau, New York est aussi ébranlée par une série de scandales de corruption politique, dont un élu qui a tenté de truquer la course à la mairie.

«Recherché: un politicien new-yorkais honnête», titrait le New York Daily News sur sa page couverture vendredi dernier.

New York a déjà la réputation d'avoir produit certains des politiciens les plus corrompus d'Amérique et voilà qu'une nouvelle série d'arrestations ne vient pas aider sa cause. Une culture du «show-me-the-money» semble avoir envahi tous les paliers de gouvernement.

Eric Stevenson, membre de l'Assemblée de l'État de New York, est soupçonné d'avoir accepté 20 000 $ en pots-de-vin. En retour, il aurait promis d'aider un homme d'affaires à ouvrir un nouveau centre pour personnes âgées dans le Bronx.

Il aurait poussé l'adoption d'un moratoire de trois ans qui aurait empêché la construction de nouveaux centres, question d'enrayer la compétition. Il aurait reçu des enveloppes brunes contenant jusqu'à 10 000 $, devant un restaurant.

Des agents du FBI ont été informés par une source au sein du gouvernement.

Interviewé par le Daily News il y a quelques jours, Stevenson a dit qu'il lisait la Bible au moment de son arrestation et qu'il n'avait rien fait de mal. Il fait face à une peine de prison de 20 ans.

S'acheter City Hall

Dans une autre affaire, le sénateur démocrate new-yorkais Malcolm Smith a été arrêté et accusé d'avoir tenté de soudoyer son chemin jusqu'à la mairie. L'élection municipale a lieu en novembre prochain. Le maire Michael Bloomberg ne peut pas se représenter pour un quatrième mandat.

Smith, n'ayant aucune chance en tant que démocrate, a essayé de passer dans le camp républicain. Il a tenté d'acheter l'appui de cinq élus. Ils ont tous été arrêtés. M. Smith risque un maximum de 25 ans de prison.

L'histoire fait penser à un mauvais scénario de film. Ils sont accusés d'avoir accepté collectivement près de 100 000 $ en pots de vin. Les échanges d'enveloppes de billets avaient lieu dans des voitures garées, des chambres d'hôtel et restaurants de Manhattan et même les bureaux de l'État, a rapporté le New York Times.

Une rencontre a même eu lieu au restaurant Sparks Steak House le soir de la Saint-Valentin. C'est à cet endroit qu'a été assassiné Paul Castellano, l'un des parrains de la famille Gambino en 1985.

Lors d'une des rencontres, Smith croyait rencontrer deux promoteurs immobiliers, mais il s'agissait plutôt d'un agent du FBI et d'un informateur. Selon l'acte d'accusation, il a promis une allocation de 500 000 $ de l'argent public à cet agent pour un projet de route.

Éclaboussé par ce scandale, le gouverneur de l'État de New York, Andrew Cuomo a réagi rapidement mardi en proposant trois nouvelles lois pour enrayer la corruption des élus. «Il ne devrait pas être possible d'acheter son chemin jusqu'à la mairie», a-t-il dit.

Le chroniqueur du «Daily News», Juan Gonzales a qualifié le stratagème élaboré par Malcolm Smith «du plus stupide et délirant jamais inventé dans l'histoire de New York».

Visite de l'Unité Anticorruption de New York

New York a une unité anticorruption depuis 130 ans. C'est cette agence qui a inspiré le gouvernement du Québec dans la création de son Unité permanente anticorruption (UPAC) en février 2011.

Le «Department of Investigation» (DOI) est le chien de garde de New York. L'agence surveille près de 300 000 employés municipaux et 45 départements. Récemment, ils ont réussi à démanteler une importante fraude chez certains chauffeurs de taxi qui ont surfacturé près de 8,3 millions $ aux passagers.

«C'est un effort quotidien de combattre la fraude et le crime, a expliqué la commissaire du DOI, Rose Gill Hearn, dans son bureau du Sud de Manhattan. La ville a un budget de construction de milliards de dollars et ça attire le crime organisé.»

Rencontre au Québec

La première rencontre avec le gouvernement du Québec a eu lieu à l'automne 2010 à New York. «On nous a ensuite demandé d'aller au Québec en janvier 2011 pour faire une présentation à un groupe de fonctionnaires sous l'invitation du ministre Robert Dutil (alors ministre de la Sécurité publique)», a raconté Mme Gill Hearn.

«Nous leur avons recommandé la création d'un programme de surveillance comme le nôtre, qui implique l'embauche de vérificateur qui se rapporte à nous, qui est physiquement sur place, qui surveille le projet, qui veille sur les livres, a dit Mme Hearn. Il vérifie tout ce qui se passe sur un chantier.»

Le DOI donne également 600 conférences sur la corruption dans les différentes agences de la ville chaque année. On avise les employés qu'ils sont dans l'obligation de rapporter les cas de fraude dont ils sont témoins. «S'ils font l'autruche, ils peuvent être renvoyés», a souligné Mme Gill Hearn.

«En même temps, nous avons une loi qui protège les dénonciateurs d'éventuelles représailles, a-t-elle précisé. Nous avons donc la carotte et le bâton. Nous protégeons les dénonciateurs. C'est précieux.»

Mme Gill Hearn a été nommée par le maire Bloomberg en 2002. Serait-elle à l'aise d'enquêter sur lui? «Je serais totalement confortable, c'est mon boulot», a-t-elle fait savoir.

Elle croit que le Québec est sur la bonne voie avec l'UPAC : «Je pense qu'ils sont courageux de faire ce qu'ils font, surtout que le crime organisé est très rattaché au problème de corruption au Québec, plus qu'il ne l'est à New York.»

 
 
 
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