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Si les conservateurs sont parvenus à enrayer le comité parlementaire spécial des Communes sur l'Afghanistan, ils n'ont pu empêcher la publication d'une lettre de 16 pages du diplomate canadien Richard Colvin dont le contenu est accablant pour les autorités canadiennes.
En complément à son témoignage verbal du 18 novembre dernier, le diplomate explique pourquoi il croit toujours que le Canada a fermé les yeux pendant plus d'un an et demi sur la torture de prisonniers afghans.
Dans sa missive adressée au comité du Parlement, le diplomate défend sa probité et répond systématiquement à 17 affirmations de militaires, politiciens et bureaucrates qu'il juge inexactes ou incomplètes.
Dans des passages particulièrement explosifs, M. Colvin explique en détails que des rapports diplomatiques ont été censurés et que les employés de l'ambassade canadienne à Kaboul ont eu instruction de ne pas inclure dans leurs rapports des informations, pourtant véridiques, qui contredisaient le message public du gouvernement Harper.
Dans un cas précis, selon le diplomate, cette politique de désinformation a mené à l'envoi d'un message diplomatique faisant état d'une amélioration de la sécurité en Afghanistan alors que les faits illustraient tout le contraire.
M. Colvin, aujourd'hui en poste à Washington, écrit que les autorités canadiennes ne peuvent plaider l'ignorance de ce qui se passait dans les prisons afghanes car, dès 2006, six rapports canadiens et deux rapports internationaux (États-Unis et ONU) s'inquiétaient de la situation des prisonniers afghans, notamment des sévices et de la torture pratiqués dans les geôles locales.
Le diplomate relate que, en juin 2006, des interviews de prisonniers afghans et des constatations de blessures ou de cicatrices ont permis à une équipe d'observateurs canadiens de conclure que quatre détenus avaient probablement été torturés, une conclusion qui contredit l'affirmation des responsables politiques et militaires canadiens selon lesquels ce n'est qu'en novembre 2007 qu'ils ont obtenu la première indication crédible de torture de prisonniers afghans.
L'ancien commandant en chef des Forces armées canadiennes, Rick Hillier, a qualifié de ridicule l'affirmation voulant que tous les afghans arrêtés par les Canadiens et transférés ensuite aux autorités afghanes aient été torturés.
En réplique au général à la retraite, le diplomate Colvin s'en remet à un rapport non identifié envoyé à Ottawa en mai ou juin 2007.
Ce rapport, écrit-il, était basé sur des sources d'information très crédibles et confirmait que tous les prisonnier transférés avaient probablement été torturés. Les rapports envoyés au gouvernement fédéral, souvent le fruit d'un travail collectif de Canadiens sur le terrain, suivaient la filière diplomatique ou celle de l'équipe de reconstruction provinciale canadienne en Afghanistan.
En mai 2007, selon le site Web du premier ministre Stephen Harper, l’équipe canadienne en Afghanistan comptait 350 personnes, dont des diplomates, des experts en développement, des militaires, des experts en services correctionnels et des policiers.
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