La SGF perd encore beaucoup d'argent

Une autre année de vaches maigres

Première publication 12 mars 2010 à 16h12
Une autre année de vaches maigres
Crédit photo : Argent
La Société générale de financement du Québec a connu une autre année de vaches maigres en 2009. Argent a appris que le bilan qui sera dévoilé dans quelques semaines sera écrit à l’encre rouge.

Selon nos collègues d’Argent, la SGF aurait perdu entre 100 et 200 M$ l’an dernier, portant la perte nette de l’institution aux environs d’un milliard de dollars en 10 ans. Au cours de cette période, la SGF a notamment perdu de l’argent dans le projet de relance de la Gaspésia et à Pétromont.

Devant l’état actuel des finances publiques, certains se demandent si l’argent des contribuables québécois est bien investi par les gestionnaires de l’organisation fondée pendant la Révolution tranquille en 1962.

«Le type d’intervention que fait la SGF n’est peut-être plus aussi pertinent en 2010 qu’il ne l’était en 1965», se demande Maurice Gosselin, directeur de l'École de comptabilité à l’Université Laval, soulignant que l’État n’a pas à acquérir des participations dans des entreprises pour les appuyer.

Le grand patron de l’institution financière, Pierre Shedleur, a refusé de répondre aux questions d’Argent mais l’ancien premier ministre du Québec, Bernard Landry, se porte à la défense de l’organisation. «Il y a beaucoup de gens qui sont au travail et qui ne le seraient pas si la SGF n’était pas intervenue», commente-t-il, soulignant que l’institution a fait naître et sauvé plusieurs entreprises.

Stimuler et développer l’économie

La mission de la SGF est d’investir dans des sociétés québécoises dans le but de stimuler le développement de l’économie de la province. Actuellement, la société d’État possède des participations dans une cinquantaine d’entreprises qui se trouvent dans cinq secteurs d’activité dont l’agroalimentaire, les mines, les produits forestiers ainsi que les secteurs des sciences de la vie et des technologies.

L’organisation possède entre autres 18% d’Olymel, 13% de l’aluminerie Alouette, 49% de Kruger Wayagamack et 38,5% d’Alliance Film. «Le gouvernement va emprunter des sommes sur le marché pour financer ces activités-là et si la SGF obtient des rendements inférieurs aux coûts d’emprunts, bien ce sont les contribuables qui doivent payer la différence», analyse le professeur Gosselin.

Les investissements de la SGF se sont précisément chiffrés à 3,13 G$ entre 2000 et 2008 alors que l’actif est passé de 2,3 G$ à 1,99 G$ et que les pertes ont franchi le cap du milliard de dollars. «Votre milliard perdu peut être 3 milliards gagnés dans 3 ans. Il faut attendre que le beau temps revienne», plaide Bernard Landry, soulignant que le géant aéronautique Airbus n’aurait jamais décollé sans l’appui financier des gouvernements européens.

Des opinions divergentes

Maurice Gosselin se demande si le Québec a les moyens de réaliser ce type d’intervention compte tenu que le secteur privé est maintenant en mesure d’avancer des capitaux. «Si on demande des hausses de tarifs aux Québécois, il va falloir que nos sociétés d’État repensent leurs actions», exprime-t-il.

Le gouvernement Charest a plutôt choisi d’accroître les moyens de la SGF en annonçant l’injection de 1,25 G$ de nouveaux fonds dans son budget 2009-2010 dans la foulée de la crise financière et de la récession. «C’est de l’argent que le gouvernement va emprunter! Jusqu’à quel point l’État peut augmenter sa dette?», questionne M. Gosselin.

Dans sa résidence de Verchères, Bernard Landry demeure convaincu que la SGF et ses pairs ont joué un grand rôle dans l’histoire économique du Québec. L’ancien politicien rappelle que 6000 emplois ont été créés à Montréal dans le secteur des jeux vidéo après que le gouvernement eut investi quelques millions pour accueillir Ubisoft notamment. «Ce sont des gens qui gagnent 60 000$ par année, alors on s’est repayé en trois quatre ans», analyse M. Landry.

Malgré tout, Maurice Gosselin s’en tient à ses positions. «L’argent qu’on met dans la SGF, on ne peut pas le mettre dans l’Éducation ou la Santé, qui sont des secteurs prioritaires pour la majorité des Québécois», conclut-il.

(TVA Nouvelles et Argent)

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