Québec

Centrale de Bécancour: l'argent part en fumée

Première publication 16 mars 2010 à 17h52
Centrale de Bécancour: l'argent part en fumée
Crédit photo : TVA Nouvelles
Construite en 2006 pour un demi-milliard de dollars, l’usine de cogénération de Bécancour devait produire de l’électricité à partir de gaz naturel. Elle devait produire suffisamment d’énergie pour alimenter 240 000 résidences, c’est-à-dire, répondre à toute la demande d’énergie résidentielle de la Mauricie.

En 2003, la société d'État craignait la rupture tellement la demande était forte dans la province. L'aluminerie de Norsk Hydro, une usine détruite depuis, devait notamment utiliser une partie de cette électricité.

Mais depuis 2006, l'usine n'a produit de l'électricité que pendant 15 mois. En fait, la demande industrielle en électricité a diminué de 13% depuis les cinq dernières années.

Actuellement, cette usine ne produit que de la vapeur. Une vingtaine de personnes y travaillent chaque jour afin qu’elle puisse, peut-être, être utilisée d’ici 10 ans.

Cette mise en réserve de l’usine de Bécancour, garantie par la société albertaine TransCanada Énergie, coûte 150 M$ par année, pour un total de 450 M$ jusqu’à maintenant.

« En trois ans de pénalités, nous avons pratiquement remboursé les coûts de construction de la centrale », constate Jean-François Blain, de l'Union des consommateurs.

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La situation risque de perdurer si on considère qu’Hydro-Québec prévoit des surplus d’électricité pour les 10 prochaines années. L'usine de Bécancour constitue donc pour TransCanada Énergie un revenu garanti pour 20 ans. En fait, l’entreprise albertaine, qui a réalisé des profits nets de 1,4 G$ l’an dernier, aura reçu d’ici 2019 près de 2 G$ d’Hydro-Québec pour cette usine qui ne produit pas d’électricité.

« Hydro-Québec ne s'est même pas demandé s'il y avait moyen de revendre cette électricité. Pour l'instant, on fait un beau chèque à TransCanada Énergie sans qu'il y ait un retour sur investissement pour les Québécois. Il y a un réel problème », s'exclame Richard Fahey, vice-président au Québec de la Fédération canadienne de l'entreprise indépendante.

Hydro-Québec et TransCanada Énergie ont refusé toute demande d'entrevue. Selon la société d'État, la Régie de l'énergie a autorisé cette situation. Ce tribunal a aussi autorisé récemment une hausse des tarifs d'électricité de 0,4%, créant ainsi un revenu supplémentaire de 40 M$.

«C'est inadmissible que l'ensemble des catégories de clients, y compris les clients résidentiels, soit mis à contribution pour payer les erreurs de prévisions d'Hydro-Québec et payer des approvisionnements inutiles», déplore M. Blain.

L'Union des consommateurs soutien même que le monopole électrique québécois aurait dû réduire ses tarifs de 2,4%. Mais selon l'organisation, l'entente visant la centrale de Bécancour et de nouvelles méthodes d'amortissement donnent un prétexte à Hydro pour garder ses tarifs élevés.

(Argent)

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