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Le salaire versé au nouveau patron des communications de la Caisse de dépôt s'élève à plus du double de ce que gagnent ses semblables des autres régimes de pensions publics de l’Amérique du Nord. C’est aussi presque deux fois ce que reçoit Jean Charest à titre de premier ministre du Québec.
« Les enjeux de communications et de positionnement de la Caisse sont très importants aussi bien au Québec que sur la scène internationale. Lorsqu'on parle de comparaison, il faut également comparer avec d'autres grandes entreprises privées du même secteur. M. Couture gagne moins que dans ses emplois précédents, il n'est pas venu à la Caisse pour le salaire, mais pour le défi », explique Maxime Chagnon, directeur relations avec les médias Caisse de dépôt et placement.
De plus, M. Chagnon ne nie pas que selon les rendements et les termes du contrat, le traitement annuel de Denis Couture pourrait atteindre près d'un million de dollars.
À titre de comparaison, Denis Couture récolte 54% de plus que son équivalent chez Teachers qui a reçu l'an dernier 230 000 $ et 51% de plus que le VP communications de Omers, dont le salaire de base en 2008 s'élevait à 235 000 $. Et la comparaison avec les Caisses de retraite américaines frappe encore plus, son homologue à la Caisse de retraite Californienne Calpers a empoché l'an dernier 135 000 $ soit 163% de moins que M. Couture, pourtant les fonds gérés par Calpers dépassent largement ceux de la Caisse de dépôt.
Réactions nombreuses
C'est difficile à défendre, toutefois sur le plan des communications c'est clair que la Caisse doit composer avec des enjeux énormes, soutient Bernard Motulsky, titulaire de la chaire de relations publiques et communications, UQAM.
« Quand on compare la Caisse avec d'autres gestionnaires de retraite à travers l'Amérique du Nord, aucun n'est autant exposé au public que la Caisse au Québec. Lorsqu'on regarde par exemple l'intérêt qu'il y a eu autour des pertes de 40 milliards en 2008, ce n'est pas comparable à ce qui ce fait ailleurs. Cela justifie, selon moi, qu'il y ait des efforts particuliers qui soient faits en termes de communications. »
Ce qu'on lui demande de faire, c'est de rétablir les ponts avec l'ensemble de la communauté, avec les gouvernements, avec les médias et avec les groupes qui ont un intérêt quant aux activités de la Caisse, a déclaré M. Motulsky.
Déception du côté de l’Association québécoise des retraité(e)s des secteurs public et parapublic. « Lorsqu'on nous dit que c'est pour améliorer l'image de la Caisse, je ne pense pas qu'on ait pris la bonne façon », souligne la présidente de l' AQRP, Madelaine Michaud. « Le salaire de M. Couture est pris directement dans les avoirs des déposants. Les régimes de retraite c'est plus de la moitié des avoirs de la Caisse, alors ça nous indigne grandement. »
De son côté, le directeur général de l'Institut de la gouvernance, Michel Nadeau, estime que c'est un salaire qui est en dehors des normes. Toutefois, ce n'est pas une dépense énorme sur un budget de plusieurs dizaines de millions de dollars. « Il faudrait cependant qu'on nous explique pourquoi décider de payer 355 000 $ à un cadre qui dans les autres organisations similaires gagne beaucoup moins. La question qu'on se pose est que si M. Couture reçoit un salaire supérieur à ses semblables, quel salaire va maintenant recevoir les autres cadres de la Caisse. Pourquoi a-t-il fallu mettre autant d'argent sur la table pour attirer M. Couture? D'autres personnes auraient rempli le même défi pour un salaire moindre. Il faut se demander qu'elle est la politique de rémunération de la Caisse, qui a décidé de lui octroyer un tel salaire et sur quelle base.»
Le porte-parole de l'opposition officielle en matière d'institutions financières, Jean-Martin Aussant. « Le gouvernement nous fait avaler des hausses de taxes et de tarifs en parlant de la situation pénible des finances publiques, lorsqu'on voit des choses comme ça c'est assez surprenant. »
Pour sa part, le porte-parole de l'ADQ en matière de finances, François Bonnardel est indigné. «Est-ce que tous les efforts sont faits pour revenir à l'équilibre budgétaire, lorsqu'on offre un salaire plus élevé que les dirigeants des autres sociétés d'État, c'est certainement questionnable.»
Réaction de Jean Charest
Enfin, le premier ministre, Jean Charest a brièvement réagi en soulignant que les dirigeants de la Caisse sont régulièrement présents dans des commissions parlementaires pour rendre compte de ce genre de décisions.
La loi québécoise stipule que les titres et salaires de tous les employés du gouvernement sont des informations d’ordre public, mais la Caisse a tout de même refusé de dévoiler les montants que gagnaient les deux prédécesseurs de M. Couture, soit Marc Boutet, qui a été en poste jusqu’en mars 2009, et Lucie Frenière, qui a laissé ses fonctions à l’automne 2007.
(ARGENT)
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