
C'est aux étudiants de déterminer s'ils acceptent l'offre du gouvernement Charest d'étaler la hausse de droits de scolarité, entre autres éléments; néanmoins, la proposition faite vendredi matin est insuffisante pour mettre fin au conflit, estiment les dirigeants des associations étudiantes.
«On se demande si le gouvernement n'est pas en train de jouer un jeu électoraliste sur le dos des étudiants.»
«Il reste encore énormément de travail à faire», a déclaré la présidente de la Fédération étudiante universitaire du Québec (FEUQ) Martine Desjardins en entrevue à TVA Nouvelles.
Mme Desjardins soulève d'abord que l'étalement de la hausse jette de la poudre aux yeux puisqu'à terme, l'augmentation est encore plus importante, à la lumière de l'annonce de ce matin.
Le premier ministre Jean Charest annonçait en effet maintenir la hausse de 1625$ des droits de scolarité. Toutefois, s'il considère une augmentation annuelle de 254$ par année sur sept ans, la somme s'élève plutôt à 1778$. «J'espère que c'est une erreur de calcul», s'est d'abord exclamée la représentante des étudiants.
«Ben voyons, c'est parce qu'on est sur sept ans et non plus sur cinq ans, puis oui, il va y avoir de l'indexation, a réagi Jean Charest, en entrevue à TVA. [...] Si on le met sur sept ans, c'est évident que c'est une plus longue période de temps, il y a deux ans de plus de frais de scolarité de payés car il y a deux ans de plus de financement, ça va de soit!», a-t-il conclu.
«C'est insultant ce type de proposition. Ça fait 11 semaines qu'on est dans la rue, a déclaré Mme Desjardins. On ne règle pas le conflit avec ça, on l'attise. Le gouvernement jette encore de l'huile sur le feu.»
Elle trouve que M. Charest a choisi une façon habile de présenter ses mesures en la résumant à une contribution supplémentaire de 50 cents de plus par jour de la part des étudiants. «Leur salaire sera-t-il augmenté, lui?» a rétorqué Mme Desjardins, avant d'indiquer que «pour une mère monoparentale qui a déjà de la misère à arriver, ça peut faire une différence».
«Il y a une volonté gouvernementale de régler la crise, mais si cette volonté est réelle, le gouvernement doit accepter à nouveau de s'asseoir avec les étudiants», a pour sa part souligné le président de la Fédération étudiante collégiale du Québec (FECQ), Léo Bureau-Blouin, déplorant que les négociations se soient déplacées sur la place publique.

Des étudiants n'ont pas tardé à organiser une manifestation à Montréal, intitulée «C'est pas une offre, c'est une insulte!», peu de temps après l'annonce de la ministre Line Beauchamp et du premier ministre Jean Charest. (Crédit: capture d'écran)
En début de soirée vendredi, l'offre du gouvernement avait déjà essuyé de multiples refus au sein des assemblées générales étudiantes.
«On a déjà soumis cette offre à nos membres, ceux qui avaient une assemblée générale ce vendredi, ils l'ont rejetée en bloc et les votes de grève ont été votés à plus forte majorité», a annoncé Martine Desjardins, en entrevue à TVA.
«Déjà plus de 20 000 étudiants, qui étaient réunis aujourd'hui en assemblée générale, ont rejeté l'annonce du gouvernement et reconduit la grève pour une semaine supplémentaire, a complété le porte-parole de la Coalition large de l'Association pour une solidarité syndicale étudiante (CLASSE), Gabriel Nadeau-Dubois. Si la tendance se maintient, on peut anticiper un rejet massif de cette offre.»
«On a l'impression de ne pas être considérés dans ce problème-là, on a l'impression que nous ne sommes pas crédibles», précise la présidente de la FEUQ, qui croit qu'il faudrait faire du ménage dans la gestion des universités avant de demander un effort supplémentaire aux étudiants.
«On se demande si le gouvernement n'est pas en train de jouer un jeu électoraliste sur le dos des étudiants», conclut-elle, pour traduire son insatisfaction à l'égard des offres de ce matin.
En point de presse, le premier ministre Jean Charest et la ministre de l'Éducation Line Beauchamp ont annoncé que la hausse des droits de scolarité serait étalée sur une période de sept ans, les deux années additionnelles étant indexées.
Aussi, ils entendent ajouter 39 millions$ en bourses destinées à la classe moyenne.
Alors que le conflit semble s'enliser, le recours à un médiateur a été évoqué.
«On pense qu'effectivement, la présence d'un médiateur pourrait permettre aux deux parties de se parler», a convenu Martine Desjardins.«Je crois que c'est une option qu'on pourrait envisager, on aura une discussion là-dessus lors de notre congrès», a ajouté Gabriel Nadeau-Dubois.
La FECQ devait également tenir une discussion à ce sujet en soirée, vendredi.
Un recours que le premier ministre Jean Charest pourtant a fermement exclu, en entrevue à TVA Nouvelles.
«La médiation laisse entendre que quelqu'un d'autre règlerait le problème pour nous, mais ce n'est pas comme ça qu'on arrive à une solution, il faut qu'on assume nos responsabilités», a-t-il déclaré.
Quelques minutes avant le point de presse du gouvernement, la CLASSE a rendu publiques les demandes qu'elle avait adressées au ministère de l'Éducation en début de semaine, avant que Line Beauchamp l'ait exclue des pourparlers.
Elle demandait notamment un retour des droits de scolarité au niveau de 2007 ainsi qu'un gel des frais de scolarité au niveau de 2007. Elle exigeait en outre la tenue d'états généraux sur l'avenir de l'éducation ainsi que sur la gratuité scolaire.
Après plus de 70 jours de grève, les appels au calme ont été nombreux dans les derniers jours, mais rien n'y fait. La tension n'a jamais été aussi vive depuis que les négociations entre le gouvernement et les associations étudiantes ont été rompues, plus tôt cette semaine, en raison de l'exclusion de la CLASSE, qui représente environ 100 000 étudiants.
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