Marois réagit à l'offre du gouvernement aux étudiants

Trop peu, trop tard

Première publication 29 avril 2012 à 07h17
Mise à jour : 29 avril 2012 à 14h29
TVA Nouvelles

La chef du Parti québécois se demande pourquoi le premier ministre Jean Charest a attendu si longtemps pour proposer si peu aux étudiants.

«Il y a une main tendue, mais entre vous et moi, est-ce qu'il fallait attendre 74 jours pour que le conflit dégénère au point où les esprits sont très tendus actuellement?» a demandé Pauline Marois, lors de son passage à l'émission Larocque-Lapierre, qui sera diffusée ce dimanche.

«Pourquoi a-t-il laissé traîner le conflit pendant 75 jours - et qu'il traîne encore? Parce qu'il voulait démontrer qu'il pouvait se tenir debout, pour une fois, ce qu'il n'a jamais réussi à faire.»

Vendredi, M. Charest a proposé d'étaler la hausse des droits de scolarité sur sept ans, plutôt que cinq, en indexant les deux années additionnelles. À terme, la facture annuelle des étudiants s'élèverait à 1778$. En compagnie de la ministre de l'Éducation, Line Beauchamp, le premier ministre a aussi annoncé, entre autres, que son gouvernement bonifierait le programme d'aide financière aux études.

La leader péquiste considère que le Québec est maintenant plongé dans un «profond malaise» et que pour éviter pareille situation, le premier ministre aurait pu faire cette offre bien avant. D'après elle, si M. Charest s'était empressé de faire les propositions qu'il a faites vendredi dès le début du conflit, les tensions n'auraient jamais atteint le niveau où elles sont aujourd'hui.

Photo: Agence QMI

À la place, il a laissé le conflit s'envenimer et ce ne sont pas, d'après Mme Marois, les mesures suggérées qui pourront dénouer l'impasse actuelle. «L'enjeu réel, c'est la hausse démesurée des frais de scolarité. Or, il ne l'attaque pas», considère la femme politique. Selon elle, le niveau d'endettement s'accroîtra, même si le système d'aide financière aux études est amélioré.

Autre lacune majeure: la hausse risque d'avoir des conséquences négatives sur la fréquentation des universités.

Dans leur annonce, M. Charest et Mme Beauchamp se sont toutefois engagés à évaluer l'impact de l'augmentation imposée sur l'accessibilité aux études universitaires. Curieuse stratégie, juge Mme Marois. «Il me semble que c'est la première chose qu'il aurait dû faire avant même d'annoncer qu'il va hausser les frais de 325 $!» considère celle qui portait son carré rouge à la boutonnière lors de son passage sur le plateau télévisé.
La position péquiste

Le Parti québécois placerait l'accès aux bancs des universités au cœur de ses enjeux, s'il formait le prochain gouvernement, annonce Mme Marois. Elle pense que le Québec doit pouvoir se comparer aux autres provinces canadiennes avant même de commencer à penser augmenter ses droits de scolarité.

L'éducation se situe plus haut dans l'échelle des valeurs du reste du Canada, observe celle qui qualifie la hausse propose de «démesurée». Pour changer les choses au Québec, il faut donc un incitatif de nature financière.

«À mon point de vue, au-delà de l'inflation, on ne devrait pas augmenter les frais de scolarité tant que l'on n'aura pas atteint un niveau de diplomation aussi élevé que la moyenne canadienne», a-t-elle rétorqué, interrogée sur ce point.

Photo: Agence QMI

Démonstration de force

Pauline Marois estime que le premier ministre a toujours cédé aux demandes injustifiables - elle enchaîne les exemples : mont Orford, subventions aux écoles juives, Suroît... «Pourquoi maintenant, demande-t-elle, n'est-il pas capable d'entendre un tant soit peu les étudiants?»

«Pourquoi [Jean Charest] a-t-il laissé traîner le conflit pendant 75 jours - et qu'il traîne encore? Parce qu'il voulait démontrer qu'il pouvait se tenir debout, pour une fois, ce qu'il n'a jamais réussi à faire.» Tel est le constat dur auquel arrive la chef du Parti québécois.

Le premier ministre a réagi en qualifiant de «grotesque» le fait de voir un calcul politique dans le choix qu'il a fait de laisser traîner le conflit étudiant en longueur.

Qu'à cela ne tienne, Mme Marois persiste, identifiant dans l'attitude de Jean Charest un mélange de «machiavélisme» et d'«incompétence».

De plus, «quand ça fait trop longtemps qu'on est au pouvoir, on n'entend plus ce que la population dit», conclut-t-elle.

Le conflit étudiant s'est amorcé il y a plus de 10 semaines. Une première ouverture manifestée par le gouvernement le 15 avril a avorté 10 jours plus tard, lorsque la ministre Beauchamp a décidé d'exclure la CLASSE des organisations admises à la table de discussion, soutenant qu'elle était responsable de la tenue de manifestations «violentes». La Fédération étudiante collégiale du Québec et la Fédération étudiante universitaire du Québec se sont aussitôt retirées, malgré l'invitation de la ministre à poursuivre la négociation.

Écoutez l'entrevue avec Pauline Marois à l'émission de Larocque Lapierre dimanche à 12h30 sur les ondes de TVA, et en rediffusion sur les ondes de LCN à 13h30 et 16h30.


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