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Les Québécois qui travaillent de nuit sont plus à risque de développer un cancer. C'est particulièrement vrai pour les femmes, dévoile une étude dont le Journal a obtenu une copie en exclusivité.
«Le monde capote toujours quand je dis ça, les gens ne sont pas au courant des dangers», indique la chercheuse France Labrèche, de l'Institut de recherche Robert-Sauvé en santé et en sécurité du travail (IRSST).
Cette donnée ressort de la toute première étude québécoise jamais produite au sujet des facteurs cancérogènes au travail.
Les femmes à risque
Selon l'Institut, au moins 210 600 Québécois qui travaillent de nuit ou sur des quarts de travail rotatifs sont à risque de développer un cancer, principalement du sein.
«Les femmes sont plus touchées, et on parle beaucoup des emplois dans le domaine de la santé, où on offre des services 24 heures sur 24», ajoute Mme Labrèche.
Ailleurs dans le monde, certaines études se penchent aussi sur les risques du cancer de la prostate, lié au travail de nuit.
Selon France Labrèche, ces risques s'expliquent par le fait que le travail de nuit a une incidence sur le rythme circadien de l'être humain.
«Ce rythme régularise les hormones sur un horaire de 24 heures. Quand on travaille de nuit, ça dérègle le cycle, explique-t-elle. Ce n'est pas le fait de travailler une fois de nuit qui est dangereux, mais après 20 ans ou 30 ans, il y a un risque. Ce sont deux cancers qui sont liés aux hormones, alors c'est logique »
Les travailleurs du domaine de la santé et de la sécurité publique, des arts et spectacles ainsi que de la fabrication sont principalement touchés.
Infirmières inquiètes
Présidente de la Fédération interprofessionnelle de la santé du Québec (FIQ), Régine Laurent s'est dite préoccupée par ces données.
«On sait que le travail de nuit a des impacts négatifs sur la santé depuis longtemps, mais là, on parle de cancer. C'est sûr que ça fait augmenter le niveau d'inquiétude, dit-elle. Il faudra être capable de donner un suivi serré aux travailleurs et faciliter leur accès aux médecins.»
Au Danemark, les travailleurs de nuit qui développent un cancer peuvent obtenir une indemnisation.
(Tableau: Journal de Montréal)
Attention aux rayons solaires
Selon les résultats de l'étude, le travail de nuit représente le deuxième facteur cancérogène en importance, derrière le rayonnement solaire.
«Les rayons du soleil, c'est un phénomène assez connu. Ça touche tous ceux qui travaillent beaucoup à l'extérieur, comme en agriculture et dans la construction, énumère France Labrèche. Mais, le cancer de la peau est moins mortel.»
En troisième place, environ 150 000 travailleurs seraient exposés aux gaz d'échappement de diesel. Au total, 38 cancérogènes ont été évalués dans le cadre de l'étude.
(Tableau: Journal de Montréal)
Pire en réalité
Autre facteur inquiétant, les chercheurs de l'Institut ont volontairement sous-estimé le nombre de travailleurs touchés par les différents cancérogènes.
«On ne voulait pas passer pour des alarmistes, alors on a eu tendance à revoir les chiffres à la baisse. Aussi, on n'a pas pris en considération le radon, par exemple, ce qui aurait fait monter les données», explique-t-elle.
Cette dernière note qu'en France au moins 13 % des travailleurs sont affectés par un cancérogène.
Les jeunes à risque
Bien qu'ils soient moins nombreux sur le marché du travail, l'exposition des jeunes 18 à 24 ans aux cancérogènes est particulièrement inquiétante.
«Ils ne représentent que 15 % du marché, mais ils sont souvent exposés. Et on sait que le cancer se développe après plusieurs années, alors les risques augmentent», indique la chercheuse France Labrèche.
Selon l'étude de l'Institut de recherche Robert-Sauvé en santé et en sécurité du travail (IRSST), près de 70 000 jeunes travaillaient dans les 26 secteurs d'activité économique où plus de 15 cancérogènes ont été identifiés, en 2006.
Ils représentent notamment 50,7 % de la main-d'œuvre dans les stations-service, où il y a un risque d'exposition au diesel.
Le rayonnement solaire, le benzène et les hydrocarbures aromatiques polycycliques touchent aussi beaucoup de jeunes travailleurs.
«Je trouve que ce sont des données inquiétantes, ajoute France Labrèche. C'est un des aspects où je veux pousser mes prochaines recherches.»
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