Conflit étudiant

Les classes suspendues

Première publication 16 mai 2012 à 20h35
Mise à jour : 17 mai 2012 à 06h15
TVA Nouvelles selon AQMI, AFP

Après trois mois de perturbations sociales, le gouvernement Charest s'apprête à déposer un projet de loi spéciale avec lequel il suspendra les sessions d'études dans les cégeps et universités où il y a grève et imposera des mesures visant à sécuriser les campus.

«Il est temps que le calme revienne (...)» -Jean Charest
Les mesures annoncées,mercredi, visent les quelque 150 000 étudiants en grève dans 14 cégeps sur 48 et dans des facultés de 11 universités sur 18. Le gouvernement compte sur la suspension des cours, qui seront repris en août-septembre, pour calmer le jeu.


(photo: TVA Nouvelles)

Les étudiants pourront reprendre le temps perdu quelque part en août pour terminer leur session d'hiver 2012 en septembre et entreprendre leur session d'automne vers le 1er octobre. «Personne ne sera pénalisé», a indiqué le premier ministre.

Jean Charest s'est montré clair quant aux intentions du gouvernement au sujet de la violence survenue sur les campus.

«Nous souhaitons que baisse la pression autour des établissements qui font l'objet d'un boycott. Il est temps que le calme revienne. (...) Le droit de manifester est indissociable de chaque citoyen de fréquenter (un établissement d'enseignement) sans se faire barrer la porte», a-t-il annoncé.

Débat de 12 heures

Les mesures qui sont contenues dans ce projet de loi spéciale ne seront connues que lorsqu'il sera déposé à l'Assemblée nationale pour un débat qui durera 12 heures.

Les règles parlementaires font obligation au premier ministre de réserver d'abord aux députés la prise de connaissance de ces mesures. Jean Charest s'est montré évasif quant au moment où il déposera le projet de loi à l'Assemblée nationale. «Nous avons l'intention de le faire bientôt», a-t-il dit.

Jean Charest accorde «quelques jours» aux fédérations étudiantes, FECQ, FEUQ, CLASSE et TaCEQ pour tenter de conclure une entente négociée avec son gouvernement.

«Les ponts de communication vont rester ouverts », a précisé le premier ministre, précisant du même souffle que les «associations étudiantes ne sont pas prêtes à faire une réelle ouverture».

La ministre de l'Éducation, Michelle Courchesne, a répété que les fédérations étudiantes lui avaient présenté des positions  durcies» à l'occasion d'une rencontre tenue en soirée mardi. «Les représentants des associations étudiantes ne sont pas prêts à de réelles ouvertures», a renchéri Jean Charest. Le compromis fait par les étudiants dans l'entente de principe le 5 mai n'existe plus, a soutenu Mme Courchesne.

Le feu...

«Ça va mettre le feu aux poudres», a prévenu Gabriel Nadeau-Dubois, de la CLASSE. La FECQ, FEUQ et la TaCEQ prévoient elles aussi que le conflit risque de s'aggraver.

Plus tôt en journée mercredi, le climat de crise s'était transporté au salon bleu de l'Assemblée nationale. Le premier ministre Jean Charest et la chef de l'opposition, Pauline Marois, se sont échangé des propos très durs.

«Je me serais attendu à ce que la chef de l'opposition officielle, dans les circonstances, essaie de s'élever un peu au-dessus de la partisanerie; à la place, elle choisit de creuser son trou, de porter le carré rouge», a tonné le premier ministre Jean Charest.

«Le premier ministre porte le carré de la honte, a rétorqué Pauline Marois. Il a laissé traîner les dossiers de la corruption. Il n'a plus aucune autorité morale. Il n'est pas capable de dire au maire de Mascouche de quitter son poste. Il n'arrive pas à dénoncer le maire de Laval. Il n'arrive pas à sortir le Québec d'une crise sans précédent.»

La chef péquiste avait auparavant imploré le premier ministre de ne pas adopter la ligne dure envers les étudiants. «Je dis au premier ministre, arrêtez de jouer aux gros bras, vous foncez droit dans un mur, il n'y a pas d'autres solutions que la discussion et la négociation», a plaidé Mme Marois.

La position du Barreau

Dans un communiqué émis en début de soirée, un peu plus d'une heure avant le point de presse du premier ministre Jean Charest, le Barreau du Québec avait lancé un ultime appel au gouvernement pour qu'il donne «une nouvelle chance aux pourparlers». Le bâtonnier, Me Louis Masson, suggérait de créer un «conseil de médiation».

«Nous recommandons qu'une médiation soit menée par trois experts indépendants et impartiaux qui composeraient un conseil de médiation neutre et objectif. Le choix de ces médiateurs, sans aucun lien avec le gouvernement ou les fédérations étudiantes, permettrait aux parties de revenir à la table avec une ouverture totale à l'identification de solutions de sortie de crise», a-t-il fait valoir, manifestement préoccupé par le climat actuel de confrontation.

«Depuis près de 14 semaines, on assiste à des tensions sociales et à des perturbations croissantes qui sont néfastes pour la paix sociale essentielle à l'état de droit. De plus, la primauté du droit, pierre d'assise de la démocratie et des libertés fondamentales, est grandement malmenée. Nous estimons que c'est inacceptable et nous demandons à toutes les parties et aux citoyens de respecter la primauté du droit, ce qui comprend, notamment, le respect des ordonnances et injonctions des tribunaux et le droit de manifester pacifiquement», a fait valoir le bâtonnier du Québec, Me Louis Masson.

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