
Souvent ciblée pour des dépenses excessives, la ministre de la Coopération internationale, Bev Oda, a annoncé mardi qu'elle quittait son poste de ministre et de député dès le 31 juillet.
Élue pour une première fois en 2004, Bev Oda avait été nommée ministre de Patrimoine canadien en 2006 avant d'être mutée à la tête du ministère de la Coopération internationale en 2007.
«J'ai eu l'opportunité d'être témoin des difficultés des gens les plus vulnérables et de la compassion des Canadiens pour ceux dans le besoin», a affirmé la ministre par communiqué.
Le premier ministre Stephen Harper a été averti de sa décision il y a deux semaines.
Bev Oda a souvent fait les manchettes pour ses dépenses exagérées.
La ministre a été obligée au mois d'avril de faire un chèque pour calmer la grogne populaire au sujet d'un jus d'orange payé 16$, d'un séjour dans un hôtel de luxe à 1000$ la nuit et des déplacements en limousine qui ont coûté 2850$, alors qu'elle participait l'an dernier à Londres à une conférence mondiale sur la vaccination.
Cette députée ontarienne s'était excusée à la Chambre des communes en disant que «ces dépenses étaient inacceptables».
En 2006, elle avait loué une limousine pour faire ses allers et retours à la cérémonie des Juno à Halifax au coût de 5475$. À la suite des remontrances des partis d'opposition, elle avait remboursé 2200$.
Un an plus tard, une autre balade en limousine pour participer à des activités gouvernementales et partisanes avait coûté 1200$.
Bev Oda avait aussi été accusée l'an dernier par l'opposition d'avoir volontairement menti au Parlement concernant la fin du financement par l'Agence canadienne de développement internationale (ACDI) de l'organisme Kairos. Elle avait d'abord affirmé que les fonctionnaires avaient recommandé de cesser de financer Kairos, mais une demande en vertu de la Loi d'accès à l'information avait par la suite permis de découvrir que quelqu'un avait ajouté le mot «not» au crayon, donnant à penser que cela renversait la recommandation initiale.
La ministre avait admis en Chambre que c'était bien elle qui avait demandé que le mot «not» soit ajouté au document de la demande de financement de l'organisme. Pourtant, deux mois auparavant, elle avait affirmé ne pas savoir qui avait ajouté ce mot.
Malgré tout, le premier ministre Stephen Harper a salué son travail.
«Sous la direction de Bev, le Canada a mis sur pied une initiative visant à sauver la vie de mères, d'enfants et de nouveau-nés dans les pays en développement. Bev a également amélioré les programmes d'aide du Canada en matière de responsabilisation et d'efficacité, en plus de parrainer les importants efforts déployés à la suite des tragédies humaines survenues en Haïti, au Pakistan et dans la Corne de l'Afrique. Grâce à son leadership, Bev a également permis au Canada de parvenir, plus tôt que prévu, à respecter l'engagement qu'il avait pris de doubler l'aide accordée à l'Afrique», a dit M. Harper par communiqué.
Le Canada réduira de 377 millions $ au cours des trois prochaines années le budget consacré à l'aide internationale, qui s'élève à 5,12 milliards $. Ces réductions s'ajoutaient à un gel de quatre ans du budget dans ce domaine.
Le parti libéral et le NPD avaient demandé à plusieurs reprises la démission de la ministre Oda.
Pour Denis Coderre, député libéral pour Bourassa, c'était la chose honorable à faire.
«Je pense que les seuls qui sont tristes sont les milieux des limousines et des hôtels. Je pense que dans le marché boursier le cour du jus d'orange est à la baisse, a-t-il blagué en entrevue à LCN. Tout le monde voulait qu'elle s'en aille.»
Une décision qui n'a pas surpris non plus les néodémocrates.
«On s'attendait, du côté du NPD, l'opposition officielle, qu'à un moment donné, elle devrait partir. Les scandales étaient trop nombreux» explique Alexandre Boulerice, député néodémocrate dans Rosemont-La Petite-Patrie.
«Ç'à tout l'air d'un congédiement déguisé. Je pense que c'était devenu impossible pour le gouvernement Harper de continuer avec Mme Oda. En chambre, elle ne se levait même plus pour répondre aux questions parce qu'elle avait trop de pression sur elle, trop de gaspillage. À un moment donné, elle a payé le prix», ajoute-t-il.
Le Bloc québécois partage cette analyse. «Les coupes à l'ACDI et la piètre image que le Canada a désormais à l'UNESCO sont aussi en partie de sa responsabilité et il ne faudra pas l'oublier. Elle laisse un piètre héritage», a affirmé Jean-François Fortin par communiqué.
La Canadian Taxpayers Federation (CTF) a calculé que Bev Oda sera admissible à une pension parlementaire de 52 183$ par année, ce qui représente une somme totale de 701 464$ si la prestation de retraite est versée jusqu'à l'âge de 80 ans.
«La pension entière de Bev Oda devrait permettre de payer environ 43 841 verres de jus d'orange à 16$ chacun», a dit Derek Fildebrandt, directeur national de la recherche de la CTF.
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