
C'est dans un climat préélectoral déjà très polarisé que François Legault a annoncé ce lundi matin les propositions de son parti pour dénouer la crise étudiante.
D'emblée, M. Legault a sommé le premier ministre Jean Charest «d'agir en homme d'État» et d'abroger tous les pans de la loi 78 ayant trait à l'encadrement des manifestations. Selon lui, les mesures mises en place par Québec étaient empreintes «de mauvaise foi» et n'ont fait que «mettre de l'huile sur le feu».
La CAQ refuse toutefois d'accéder aux principales revendications des fédérations étudiantes, à savoir le maintien du gel des frais de scolarité. M. Legault propose d'atténuer la hausse des frais de scolarité en les ramenant de 1778$ sur sept ans à 1000 sur cinq ans.
La hausse annuelle des frais étudiants s'élèverait donc à 200$ par année pendant cinq ans. Les libéraux proposent quant à eux d'augmenter la facture de 254$ sur sept ans. Une solution de «compromis pour le gouvernement» et de «compromis pour les étudiants», a-t-il fait valoir.
Cette hausse «modérée» serait indexée annuellement en fonction de l'inflation. Elle serait aussi accompagnée de l'abolition partielle du crédit d'impôt attribué aux étudiants ou à leurs parents. Les fonds ainsi récupérés seraient réinjectés dans les établissements collégiaux et universitaires.
Pour assurer une rentrée scolaire dans le calme, M. Legault souhaite par ailleurs retarder la hausse à l'automne 2013. Il a accusé Jean Charest d'être resté les bras croisés devant le mouvement de contestation étudiante.
Selon lui, le premier ministre a exploité le conflit étudiant à des fins partisanes «dans le but de cacher son bilan des neuf dernières années».
Habillées d'un vocabulaire de gestionnaire, les propositions du chef de la CAQ prévoient une surveillance accrue des établissements d'enseignement. M. Legault souhaite notamment que les universités procèdent au «dépôt d'un plan de rationalisation de leur gestion prévoyant une amélioration des services aux étudiants grâce à une meilleure allocation des ressources dont elles disposent».
François Legault a lancé un appel aux étudiants en leur demandant de retourner sur les bancs d'école à la reprise des activités scolaires prévue à la mi-août.
Pour lui, le scrutin provincial offrira l'opportunité aux électeurs d'exprimer leur préférence sur les solutions à emprunter pour assurer une sortie de crise.
Le chef caquiste n'en démord pas, une hausse des frais de scolarité est nécessaire selon lui pour pallier «le sous-financement des universités québécoises sans compromettre l'accessibilité aux études supérieures».
Il serait prêt à négocier avec la Fédération étudiante collégiale du Québec (FECQ) et la Fédération étudiante universitaire du Québec (FEUQ). Toutefois, la Coalition large pour solidarité syndicale étudiante (CLASSE) serait écartée de la table de négociation si la CAQ prenait le pouvoir parce qu'elle demande la gratuité scolaire.
La proposition de François Legault est bien loin de susciter l'adhésion des leaders étudiants, à commencer par le porte-parole de la CLASSE.
«Que ce soit M. Charest ou M. Legault, ils n'auront pas le choix de le faire avec la CLASSE. M. Charest a déjà essayé au début du conflit de diviser le mouvement étudiant, ça n'a pas fonctionné et je ne crois pas que M. Legault aura plus de succès», a réagi Gabriel Nadeau-Dubois.La FECQ et la FEUQ sont tout aussi dures à l'endroit du chef de la Coalition Avenir Québec.
«Ce que [François Legault] nous dit, c'est qu'il y a un problème d'accessibilité, mais il ne propose rien pour le régler. Pendant que les étudiants vont payer, il va signer des contrats avec les universités. C'est rien de neuf», déplore Martine Desjardins, qui qualifie la solution Legault de «déplorable».
«C'est un peu une solution à la Jean Charest. On est passé de 325 dollars de hausse à 254 sur sept ans au lieu de cinq et là monsieur Legault nous dit que ça sera 200 dollars sur cinq ans. À notre sens, c'est pas ça qui va régler le conflit étudiant», estime pour sa part Éliane Laberge.
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