Ottawa change d'idée

L'amiante classé «substance dangereuse»

Première publication 14 septembre 2012 à 15h27
Mise à jour : 14 septembre 2012 à 23h03
Agence QMI et TVA Nouvelles

Le ministre canadien de l'Industrie, Christian Paradis, a annoncé vendredi qu'Ottawa ne s'opposera plus au bannissement de l'amiante, qui sera dorénavant inscrit sur la liste des substances jugées dangereuses.

Le ministre Paradis en a fait l'annonce lors d'un point de presse à Thetford Mines, vendredi après-midi, insistant plutôt sur la création d'un fonds de 50 millions $ afin de venir en aide aux travailleurs de la région.

Si Ottawa ne s'oppose plus au bannissement de l'amiante, s'est justifié M. Paradis, c'est parce que la nouvelle première ministre Pauline Marois a annoncé son intention de cesser l'exploitation et l'exportation de l'amiante. Ottawa n'a d'autres choix que de se ranger derrière la décision de Québec.

«La décision de Mme Marois d'interdire l'exploitation du chrysotile aura un impact négatif sur la prospérité future de la région », a affirmé le ministre Paradis, soulignant que «des centaines de travailleurs de la région sont présentement sans emploi et dans l'incertitude».

«La dernière chose dont ils ont besoin est d'une fausse consultation, alors que la décision de fermer l'industrie est déjà prise par Mme Marois. Ma priorité est donc de travailler immédiatement avec les partenaires de la région sur la transition pour créer des emplois pour nos travailleurs le plus rapidement possible», a poursuivi le ministre de l'Industrie.

Le Canada ne s'opposera donc plus à l'inclusion de l'amiante chrysotile à l'annexe III de la Convention de Rotterdam.

«Il serait illogique pour le Canada de s'opposer à l'inclusion du chrysotile [...] alors que le Québec, qui est la seule province productrice de chrysotile, en interdira l'exploitation», a insisté le ministre Paradis.

Pour la Ville d'Asbestos, cette annonce est prématurée. «Ne sautons pas aux conclusions tout de suite», a mentionné le maire de la Ville d'Asbestos, Hugues Grimard, qui a indiqué que le conseil municipal entend rencontrer la première ministre Marois et son ministre du Développement économique, pour leur exposer les enjeux socio-économiques du projet de Mine Jeffrey pour la Ville d'Asbestos.

«Dans le contexte actuel, nous croyons qu'il est trop tôt pour prendre position et que la meilleure chose à faire reste le dialogue entre les différents paliers politiques, et ce, afin de prendre des positions éclairées», de dire le maire Grimard.

Quant au maire de la Ville de Thetford Mines, Luc Berthold, il semble plus inquiet que son homologue d'Asbestos.

«Les installations minières ne valent absolument plus rien. Ça veut dire quoi quand ta grande industrie ne vaut plus rien? Ça ne paye presque plus de taxes. Si ça ne paye presque plus de taxes, ça veut dire que le fardeau fiscal est rendu sur les citoyens, les gens qui ont des maisons», a-t-il déclaré.

Des félicitations pour Ottawa

Trois regroupements, la Société pour Vaincre la pollution (SVP), Nature Québec et Coalition pour que le Québec ait meilleure mine! ont tenu vendredi à féliciter le gouvernement fédéral pour son changement de cap relativement au dossier de l'amiante.

«Il relève maintenant du gouvernement du Québec d'interdire toute exploitation de ce minerai, a indiqué par voie de communiqué la directrice de la SVP, Anne-Marie Saint-Cerny. Les régions de l'amiante pourront ensuite passer à la nécessaire décontamination de leurs communautés, suscitant ainsi une expertise de pointe et exportable dans la gestion des résidus miniers et de la décontamination.»

Ces trois organismes ont offert leur soutien aux travailleurs de la région, de même qu'au gouvernement du Québec, afin de lancer ce qui pourrait être un vaste chantier de reconversion économique vers une industrie d'expertise environnementale.

«Je suis heureux de constater que les conservateurs, après des années de déni, font enfin preuve de bon sens et arrêtent de s'opposer à ce que l'amiante soit placé sur la liste des produits dangereux», a pour sa part déclaré le porte-parole adjoint de l'opposition officielle à Ottawa en matière de ressources naturelles et d'énergie, le néo-démocrate Jamie Nicholls.

Son chef, Thomas Mulcair a abondé dans le même sens en affirmant que «ça fait longtemps que le NPD dit que le gouvernement devrait abandonner la production et l'exportation de l'amiante» avant d'ajouter qu'il «n'y a aucune utilisation sécuritaire» de ce minerai.

Le Syndicat des travailleurs de l'amiante s'est réjoui de l'aide de 50 millions $ accordée par Ottawa. Toutefois son président, Luc Lachance, affirme que le débat est loin d'être clos.

«Je vous prévois une autre conférence de presse la semaine prochaine, qui elle aura lieu directement [à propos] de l'amiante, du PQ, des travailleurs des différentes mines du Québec», a-t-il confié à TVA Nouvelles.

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