Marois contre Harper

Des poids lourds sont sur le ring

Première publication 16 septembre 2012 à 07h50
Des poids lourds sont sur le ring
Crédit photo : Agence QMI
Par Dominique Lahaye | Agence QMI

Le premier ministre Stephen Harper a beau mettre en garde le nouveau gouvernement de Pauline Marois à l'effet qu'il n'a pas l'intention de «rouvrir les vieilles chicanes constitutionnelles», il reste que l'élection des péquistes annonce le retour des pommes de discorde entre Québec et Ottawa.

«Je pense que ce sera à couteaux tirés», a prédit d'emblée l'analyste politique de TVA, Jean Lapierre.

Rapatriement des pouvoirs en matière de culture, de communications, de langue et d'assurance-emploi figurent notamment sur la liste bien connue des revendications de Mme Marois auprès du fédéral.

Le professeur en science politique à l'Université Laval, Réjean Pelletier, rappelle cependant que les relations entre les gouvernements Harper et Charest n'étaient pas pour autant au beau fixe.

«Il y avait quand même déjà plusieurs contentieux en cours entre le Québec et le fédéral», a-t-il indiqué.

(Photo Agence QMI)

On peut notamment penser à la loi C-10 qui comprend plusieurs mesures en matière criminelle, dont celle de serrer la vis aux jeunes contrevenants. C'est sans compter les litiges opposant déjà la province et le fédéral, tels que l'abolition du registre des armes d'épaule et le projet de loi sur la réforme du Sénat du gouvernement Harper.

Gouvernance souverainiste

Pour M. Lapierre, il s'agit là justement d'enjeux décriés par l'Assemblée nationale du Québec qui donneront des munitions à Mme Marois.

Cette dernière a d'ailleurs avisé au lendemain de l'élection du 4 septembre dernier, que son gouvernement minoritaire allait fonder ses actions auprès d'Ottawa sur la base des «consensus existants» à l'Assemblée nationale.

«Les péquistes ont annoncé leurs couleurs », a indiqué M. Lapierre. Ce dernier fait référence au fait que Mme Marois a dévoilé sa ferme intention de former un gouvernement souverainiste.

Cette gouvernance souverainiste - qui vise à rapatrier progressivement des pouvoirs d'Ottawa à Québec - cherche, selon M. Lapierre, à entrer en conflit avec Ottawa à la moindre occasion.

«C'est de demander des choses à Ottawa pour être sûr de se faire dire non et ainsi faire la démonstration que le système ne fonctionne pas», a poursuivi M. Lapierre.

(Photo Agence QMI)

Selon ce dernier, cette stratégie crée un climat propice à la multiplication de «points de friction» entre Mme Marois et M. Harper.

«C'est de la stratégie ouverte comme on n'en a pas vue depuis longtemps», est-il d'avis.

«Business as usual»

Pour sa part, l'ex-conseiller politique de Stephen Harper, Tom Flanagan, ne croit pas que l'élection d'un gouvernement souverainiste minoritaire provoquera de grandes perturbations au fédéral.

«Je crois que ce sera pour l'essentiel "business as usual" . Je n'anticipe pas de grands changements», a-t-il avancé.

Selon M. Flanagan, le premier ministre Harper devra se montrer «respectueux» dans ses relations avec le gouvernement Marois, sans pour autant «acquiescer à toutes ses demandes».

Rien à perdre

Ce dernier rappelle que la majorité obtenue par le gouvernement Harper ne dépend pas du Québec, où seulement cinq conservateurs ont réussi à se faire élire à l'élection de 2011.

«Je pense que le gouvernement est aidé par le fait qu'il compte très peu de sièges au Québec et n'a ainsi donc pas grand-chose à protéger, ni à perdre, a-t-il souligné. Je pense que le gouvernement fédéral devrait donc rester détendu et détaché.»

M. Lapierre est pour sa part d'avis que le premier ministre Harper pourra difficilement se défiler entièrement des « chicanes constitutionnelles».

«Là, ce n'est plus seulement le PQ qui picosse, mais bien le gouvernement du Québec, élu légitimement et qui en plus fera des demandes ‘'abriées'' dans des motions unanimes de l'Assemblée nationale», a-t-il fait valoir.

M. Lapierre estime que le gouvernement minoritaire de Mme Marois mettra tout en œuvre pour tenter de gagner sa majorité lors des prochaines élections.

«Pour les péquistes, M. Harper est vu comme un instrument pour élargir la base souverainiste», a-t-il indiqué.

«Tu peux compter sur les Jean-François Lisée de ce monde pour utiliser chaque truc dans ‘'le livre'', car c'est au centre de leur programme », a-t-il poursuivi.

Cette «stratégie ouverte » des péquistes compte cependant une «faiblesse», selon cet analyste, soit celle de pouvoir «difficilement plaider de la bonne foi» auprès d'Ottawa.

Dans ce contexte, M. Lapierre est d'avis que M. Harper aura pour «grand défi» d'apprendre à «décoder le terrain québécois » et ainsi distinguer «provocation» de « bonne administration».

Unité nationale

«Le gouvernement Harper ne peut pas, par intransigeance ou par ignorance, contribuer à une crise d'unité nationale. Au fond, ça va être cela le test pour M. Harper », a fait remarquer M. Lapierre.

«Pour le moment, il peut dire, ‘'ne vous inquiétez pas c'est un gouvernement édenté et actuellement menotté''. (...) Mais l'objectif des péquistes sera de transformer cette courte minorité en majorité et c'est clair que l'objectif visé passe par une insensibilité fédérale», a-t-il dit.

Le professeur Pelletier abonde sensiblement dans le même sens et croit que les consensus de l'Assemblée nationale serviront d'enjeux au PQ sur le plan fédéral pour ainsi «mobiliser ses troupes».

 
 
 
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