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Les blessures sportives sont devenues si fréquentes qu'elles constituent «sans aucun doute un important problème de santé publique».
C'est le troublant constat d'une étude menée conjointement par l'Institut national de santé publique du Québec (INSPQ) et le ministère de l'Éducation, du Loisir et du Sport (MELS).
Les auteurs relèvent que sur une période de douze mois, en 2009 et 2010, 671 000 Québécois ont consulté un professionnel de la santé en raison d'une blessure subie lors de la pratique d'activités sportives. Près du quart des cas sont jugés comme des graves traumatismes (fractures, dislocations, commotions cérébrales...). Plus du tiers des personnes blessées ont dû consulter un médecin spécialiste.
Selon les travaux de l'INSPQ, les personnes «jugées physiquement actives» sont «plus à risque de se blesser». Chaque année, près de deux jeunes adultes sur dix ont dû consulter un professionnel de la santé. C'est étonnamment près du double d'une étude similaire réalisée en 2004.
Selon l'étude, le sport le plus risqué pour les jeunes de 12 à 17 ans est le football (11% de joueurs blessés par année). Les sports de combat (16%), le hockey (11%) et le soccer (10%) sont les activités les plus dangereuses pour les 18 à 74 ans.
Même si elles présentent de faibles taux de blessures, les activités les plus prisées, telles que la marche, le conditionnement physique et le jogging, génèrent le plus grand nombre de blessés.
Les responsables de cette étude ont été en mesure de consulter plusieurs banques de données de consultations médicales et des fichiers d'hospitalisation pour mener à terme leurs travaux.
Les résultats ont été rendus publics la semaine dernière.
La limitation quotidienne des personnes qui ont été blessées en pratiquant une activité physique est en moyenne de 21 jours, ce qui «affecte de manière significative aussi bien la productivité que les bienfaits de l'activité elle-même», peut-on lire dans la conclusion de l'étude.
(Photo Agence QMI)
Les amateurs de golf, de natation, de patins à roues alignées et les cyclistes sont les sportifs les moins incommodés par les blessures. Près de 40 000 enfants ont été blessés dans leurs cours d'éducation physique à l'école.
Dans leur rapport final, les auteurs indiquent que les blessures «méritent une attention particulière des intervenants du secteur de la prévention».
Parmi les nombreux auteurs de l'étude, personne du MELS n'était en mesure de la commenter. Vendredi, malgré plusieurs appels du début à la fin de la journée, aucun fonctionnaire n'était prêt ou disponible à consacrer quelques minutes avec le représentant du Journal de Montréal.
Plusieurs spécialistes de la santé condamnent le signal lancé par l'Institut national de la santé publique.
Omnipraticien spécialisé en médecine du sport et médecin-chef de la Ligue de hockey junior majeur du Québec, Sylvain Boutet déplore la façon dont cette étude est présentée. «Je pense que c'est un mauvais message qu'on laisse à la population. C'est comme si on disait que l'activité physique, c'est dangereux, alors que c'est bénéfique.»
Le Dr Boutet aurait apprécié que des nuances soient apportées pour rappeler les bienfaits de l'activité physique, ce qui n'est pas le cas, ni dans la section «conclusion» et ni dans la section «discussions» de l'étude.
«Ils n'ont rien inventé! C'est un fait que la pratique d'activités physiques augmente le risque de blessures. Mais on ne peut pas voir ça comme un problème de santé publique. Quand tu pars en patins à roues alignées, tu es plus à risque de blessures que si tu restes dans ton salon. Mais celui qui ne fait pas de sport développera davantage de problèmes chroniques qui auront des conséquences plus graves et plus coûteuses pour la santé publique», précise-t-il.
Appel au discernement
Titulaire à la Chaire de recherche du Canada en activité physique, le professeur Angelo Tremblay ne se montre pas surpris par les conclusions de l'étude. «Il y a des risques à faire du sport et il y a des précautions à prendre pour qu'on soit en mesure d'en retirer surtout des bénéfices. Cela exige un minimum d'application et de bonnes pratiques. Si on fait fi de tout ça, c'est certain qu'on peut avoir des problèmes et il peut y en avoir de très sérieux.»
Sans vouloir formuler des critiques acerbes, dit-il, le professeur juge toutefois que «lancer un message comme ça sans nuance, ce n'est pas ce qu'on s'attend d'une direction de la santé publique».
«On s'attendrait plutôt à un appel au discernement et à ce qu'un constat comme celui-là, qui reflète la vérité, soit présenté avec des suggestions et des nuances qui incitent les gens à pratiquer des activités physiques dans un contexte sécuritaire.»
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