Lino Zambito témoigne devant la Commission

3% remis au parti de Gérald Tremblay

Première publication 1 octobre 2012 à 09h34
Mise à jour : 1 octobre 2012 à 16h29
TVA Nouvelles et Agence QMI

De retour à la commission Charbonneau lundi matin, l'ex-entrepreneur Lino Zambito a largué une véritable bombe sur la scène politique montréalaise, plongeant le parti de Gérald Tremblay dans l'eau chaude.

En après-midi, son témoignage truffé de révélations étonnantes s'est poursuivi, le parrain de la mafia Vito Rizzuto s'invitant même dans ses propos.

3% au parti de Gérald Tremblay

M. Zambito a affirmé qu'à partir de 2005, 3% du montant des contrats de construction octroyés par la Ville de Montréal étaient directement remis au parti politique du maire Gérald Tremblay, Union Montréal.

Zambito a reconnu avoir versé plusieurs millions de dollars par le biais d'une taxe mafieuse récoltée par Nicolo Milioto, l'intermédiaire entre la mafia, les entrepreneurs et la classe politique.

À compter de 2005, Milioto aurait confié à Zambito que le parti du maire Tremblay recevait d'importants versements illicites de la mafia. «M. Milioto, à qui je remettais le 3%, m'a informé que cette somme était versée au parti du maire Tremblay», a laissé tomber Zambito, exhalant une indifférence stoïque durant son témoignage.

Selon lui, ce 3% s'ajoute à la ristourne de 2,5% qui devait aller à la mafia. Un tel stratagème était généralisé à tous les entrepreneurs, estime-t-il.

Des rumeurs voulant que le parti du maire touchait un pourcentage des contrats ont déjà circulé par le passé. Bernard Trépanier, l'ancien directeur du financement du parti Union Montréal, avait déjà été affublé du surnom «Monsieur 3%».

«Monsieur TPS»

Toujours selon Zambito, la fonction publique montréalaise était elle aussi gangrénée par les manœuvres de corruption. Il a raconté qu'un ingénieur influent de la Ville, Gilles Surprenant, exigeait des pots-de-vin aux entrepreneurs qui décrochaient des contrats publics.

Gilles Surprenant, qui s'était lui-même affublé du sobriquet «Monsieur TPS», percevait une somme équivalente à 1% de la valeur des contrats auprès des entrepreneurs .

Impliqué dans l'élaboration des plans de construction et des budgets, Surprenant avait donc avantage à voir les prix gonfler selon Zambito.

«Il y a des règles qui sont établies. Comme entrepreneur, vous avez toujours le choix de les suivre ou d'aller travailler ailleurs», a déclaré Zambito.

Faux «extras»

Lino Zambito a également abordé le fonctionnement des «extras», déclarant que l'ingénieur Luc Leclerc mettait la main sur 25% du montant réclamé indûment à la Ville par l'entrepreneur, qui récoltait pour sa part les 75% restants.

M. Leclerc, employé par la Ville de Montréal, aurait ainsi touché un montant «au-dessus de 200 000$», selon M. Zambito, via la seule compagnie Infrabec.

Devant la Commission, l'homme a qualifié d'«usuelle» cette pratique voulant qu'un ingénieur attitré à un contrat de travaux publics soit de connivence dans la réclamation d'extras «bidon».

L'ex-entrepreneur a d'ailleurs soutenu que des employés corrompus étaient présents à tous les échelons de l'administration montréalaise. Qui plus est, toute l'industrie de la construction et les fonctionnaires oeuvrant autour connaissaient le stratagème des extras, mais ceux qui auraient pu intervenir préféraient faire preuve d'«aveuglement volontaire», estime M. Zambito.

La situation a changé à partir de 2009, juge-t-il, avec l'avènement de l'opération Marteau et la multiplication des enquêtes journalistiques.

Zambito, proche du clan sicilien

À travers l'analyse d'une bande vidéo filmée au Consenza, quartier général de la mafia sicilienne, Zambito a également détaillé ses accointances avec le clan Rizzuto.

Jeudi dernier, il avait dressé le portrait global d'un système de collusion dont il a été témoin et auquel il a pris part. Il a notamment décrit un important stratagème de partage des contrats à Montréal, ajoutant que les pratiques collusoires s'étendaient aussi à la Rive-Sud, à Laval et à la Rive-Nord.

Des ingénieurs au Mexique

Par ailleurs, Lino Zambito est venu confirmer, photos à l'appui, qu'au moins deux ingénieurs de la Ville de Montréal (Luc Leclerc et Gilles Surprenant) ont participé à un voyage de golf en sa compagnie au Mexique.

M. Zambito a raconté que l'événement aurait eu lieu «au début des années 2000» à l'hôtel Club Marival, à Puerto Vallarta, dont son père est en partie actionnaire.

«C'était la première fois que j'allais à l'extérieur avec des ingénieurs de la Ville», a expliqué Lino Zambito qui a du même coup admis que c'est lui qui avait payé pour ce voyage.

Questionné à savoir comment il invitait des ingénieurs de la Ville de Montréal à aller en voyage avec lui, l'ex-entrepreneur a plutôt expliqué que ce sont les ingénieurs eux-mêmes qui réclamaient un voyage au Mexique.

Zambito a finalement affirmé qu'il avait versé entre 100 000$ et 200 000$ comptant à Gilles Surprenant, au fil des ans, pour bénéficier de sa complicité.

En vidéo

 
 
 
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