Pierre Curzi

«J'ai raté ce qu'on appelle une carrière politique»

Première publication 15 octobre 2012 à 06h04
«J'ai raté ce qu'on appelle une carrière politique»
Crédit photo : Archives Agence QMI
Pour Pierre Curzi, l'élection d'un gouvernement péquiste minoritaire est «le pire scénario possible.
Par Marie-Philippe Gagnon-Hamelin | Agence QMI

«Je n'ai pas raté ma sortie, j'ai raté ce qu'on appelle une carrière politique, dans le sens où je n'ai pas été ministre. J'ai brisé le parcours normal d'un politicien. Je me suis sorti moi-même de la politique.»

Quelques semaines après les élections générales du 4 septembre, Pierre Curzi, député de Borduas de 2007 à 2012, est déçu de la politique, mais pas amer.

«Je me sens libéré d'une grande responsabilité, d'un grand poids, mais en même temps, j'ai encore envie de me jeter dans la mêlée. C'est sûr que j'aurais aimé connaître le pouvoir, que j'aurais aimé être ministre. Mais je ne regrette rien.»

Il dénonce notamment le fait que l'Assemblée nationale ne soit pas conçue pour accueillir des tiers partis ou des députés indépendants.

«Toutes les forces convergent pour qu'il n'y ait que deux partis principaux, et c'est pourquoi le PQ n'instaurera pas de scrutin proportionnel. Ça ralentit énormément le Québec», se désole celui qui a milité pour une union des forces souverainistes au dernier scrutin.

S'il dit avoir trouvé très difficile de siéger comme député indépendant, il avoue que la ligne de parti ne lui convient pas. Il estime que la hiérarchie très forte au sein du PQ et la concentration du pouvoir empêche les députés de jouer leur rôle. « Après avoir dénoncé les lacunes de notre système politique, c'était difficile de m'y sentir assez heureux pour y rester. »

Le pire scénario

Pour Pierre Curzi, l'élection d'un gouvernement péquiste minoritaire est «le pire scénario possible. On voit déjà que le PQ n'a pas de marge de manœuvre et qu'il doit reculer dans des dossiers-clés».

Il croit aussi que le discours identitaire doit s'élargir: «On a trop tardé à créer des liens avec les anglophones et les allophones. Il faut absolument rétrécir le fossé entre Montréal et les régions.»

Selon lui, le prochain grand défi des partis politiques sera de contrer le cynisme et de mobiliser leurs militants. «Quand j'étais député, je n'ai pas réussi à renforcer l'organisation politique dans Borduas, par manque de temps sans doute. Le militantisme n'est plus du tout le même qu'il y a 30 ans. La mobilisation est plus instantanée, sur les médias sociaux, par exemple. L'organisation militante a vieilli et les partis traditionnels ne savent plus comment la garder vivante», explique-t-il.

Cinq questions à Pierre Curzi

Q : Quelle est votre plus belle réussite en tant que député?
R : Je suis fier d'avoir apporté une petite contribution sur le plan linguistique avec la nouvelle Charte de la langue française. J'ai mis énormément de temps et d'énergie dans ce dossier et j'espère que d'autres le mèneront à terme. Dans Borduas, je suis très fier d'avoir aidé à mettre sur pied le Comité de lutte à la pauvreté (CLÀP) et le Partenariat des Organismes locaux et des Élus pour les aînés de la Vallée (POLE).

Q : Avez-vous connu des échecs en tant que député?
R : Je n'ai pas réussi à mener à bien le dossier du Golf de Rouville, qui reste illégal et fermé, ni le dossier du transport lourd sur le chemin du Richelieu. J'y ai consacré beaucoup d'efforts, dès mon élection, mais ça n'a pas abouti. Et je ne crois pas que ça pourra se régler bientôt.

Q : Que pensez-vous du premier Conseil des ministres du gouvernement Marois?
R : J'ai été très surpris de certaines nominations, mais je crois que c'est un très beau cabinet, avec des aménagements qui seront efficaces. Pierre Duchesne, notamment, changera complètement la dynamique entre le gouvernement, les étudiants et les recteurs. Mais la marge de manœuvre du gouvernement sera très restreinte. Les ministres vont faire ce qu'ils peuvent, pas ce qu'ils veulent.

Q : Quel conseil donneriez-vous à quelqu'un qui veut se lancer en politique?
R : Je lui dirais de bien réfléchir à ce qu'il attend de la politique. S'il cherche le pouvoir et le prestige, ce n'est pas la peine. La vie politique exige une immense responsabilité, un grand engagement et beaucoup de travail, mais on y trouve très peu de gloire.

Q : Quels sont vos projets pour les prochains mois?
R : Pour l'instant, je prends mon temps. J'ai plusieurs offres du milieu politique et artistique, mais je ne sais pas encore ce que je veux faire. Je suis très partagé. Je ne veux pas non plus être une « belle-mère », mais j'ai encore des convictions à exprimer. Pour l'instant, je peux jouer au tennis deux fois par semaine et prendre soin de ma vie personnelle, que j'ai beaucoup négligée avec la politique.

 
 
 
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