Gilles Surprenant devant la Commission Charbonneau

Une majorité de contrats truqués

Première publication 23 octobre 2012 à 09h39
Mise à jour : 23 octobre 2012 à 16h04
Agence QMI et TVA Nouvelles

L'ex-ingénieur de la Ville de Montréal Gilles Surprenant dit avoir touché des pots-de-vin en argent comptant pour truquer presque tous les projets d'aqueduc sur lesquels il a travaillé dans les années 2000.

Mardi matin, la commission Charbonneau a débuté l'examen d'une liste de 91 contrats d'égouts et de conduites secondaires préparés par le département de Gilles Surprenant, à la Ville de Montréal.

«Quand les contrats sont truqués, il y a un étalement spécifique du plus bas soumissionnaire au plus haut. Autrement dit, il n'y a pas un gros écart entre les soumissionnaires et ça se suit de près», a expliqué le témoin.

N'y a-t-il pas un risque de se fier seulement sur cet indice pour conclure qu'un contrat a été truqué?, a demandé le commissaire Renaud Lachance, inquiet que des contrats «propres» soient malencontreusement assimilés à ceux qui ne le sont pas. «Dans ce temps-là, la majorité des contrats étaient truqués», a rétorqué l'ancien ingénieur.

surprenant-commission-charbonneau-ville-montreal-contrats
Sur la photo: Gilles Surprenant et Luc Leclerc, juste avant de partir pour Cuba. La commission s'est intéressée brièvement aux voyages dans le sud du témoin Surprenant, mardi après-midi. Le procureur de la commission Me Denis Gallant a déposé cette photo en preuve. (Crédit: TVA Nouvelles)

En milieu d'après-midi, Gilles Surprenant avait déclaré avoir touché des pots-de-vin totalisant 307 400$ sur les 43 contrats examinés à ce moment.

Quand un contrat était arrangé, a résumé le témoin, l'ingénieur recevait automatiquement une cote. «Souvent, on me convoquait [pour aller chercher l'argent]. Parfois, j'appelais et je demandais: ''Peut-être qu'on devrait se voir''», a expliqué Surprenant au sujet des rencontres avec les entrepreneurs du cartel, qu'il a décrit comme des gens «normalement assez occupés». «C'est pas des gens que tu déranges», a-t-il laissé tomber.

Secret de Polichinelle

Certains de ses collègues étaient au courant, mais Gilles Surprenant a juré qu'il n'en parlait pas à sa famille. «Je n'étais pas à l'aise avec cette façon de procéder, j'étais pas à l'aise avec ces montants-là, et d'aucune façon je voulais que ça change le train de vie des enfants», a expliqué l'ingénieur.

Questionné à savoir si ces pratiques étaient un «secret de Polichinelle» à la Ville, c'est-à-dire dont tout le monde est conscient, Gilles Surprenant a hésité, avant de tenter une réponse indirecte. «Je ne m'imaginais pas que c'était connu et répandu, mais de ce que j'entends, possiblement que c'était un secret de Polichinelle», concédera-t-il finalement.

«Je n'ai jamais été témoin de quelque moyen qui aurait été pris pour enrayer ce phénomène», a-t-il ajouté plus tard. À son avis, si les listes de soumissionnaires n'avaient pas été rendues publiques dès 2000, cette situation n'aurait probablement jamais existé. Et «honnêtement, je me serais privé de toute la suite», a-t-il glissé au travers.

Notes explicatives

Lorsqu'il gonflait les prix des contrats de façon trop évidente, Gilles Surprenant devait justifier cette augmentation à l'aide de notes explicatives jointes au dossier.

«On faisait ça avec Yves Themens [son supérieur à la Ville de Montréal]. On écrivait des notes, on mettait chacun ce qu'on pensait qui serait le mieux. M. Themens devait sûrement en parler avec M. [Robert] Marcil. J'étais pas témoin, mais dans l'ordre des choses, normalement, il devait en parler à son supérieur», a précisé le témoin. Les noms de messieurs Themens et Marcil ont d'ailleurs ressurgi à plusieurs reprises en cours de témoignage.

Selon lui, jamais on ne lui a retourné un dossier en exigeant davantage de justifications. «Ça a toujours été accepté à tous les échelons, jusqu'au comité exécutif», a clarifié l'homme.

Prudent dans ses explications, Gilles Surprenant ne souhaitait visiblement pas incriminer Yves Themens, qui est également son ami. «Je n'ai jamais été témoin», mais «je conçois» qu'il était au fait de cette pratique, admettra-t-il néanmoins.

Pas témoin de l'interférence d'élus

En début d'après-midi, après s'être brièvement intéressée aux voyages dans le sud de Gilles Surprenant, la commission s'est penchée sur le sommaire décisionnel, un document qui transmet les informations nécessaires aux instances décisionnelles - comme le conseil exécutif - afin qu'elles approuvent un contrat ou non.

Selon les dires de l'ingénieur, aucun élu à la Ville de Montréal n'a interféré pour faire modifier ces sommaires. «À ma connaissance, ce n'est pas arrivé», a-t-il indiqué. Par ailleurs, personne ne s'est inquiété non plus des différences énormes entre l'estimé des travaux et l'offre du plus bas soumissionnaire conforme.

Troisième jour de témoignage

Gilles Surprenant, ingénieur pour la Ville de Montréal maintenant à la retraite, en est à sa troisième journée de témoignage devant la commission. Plusieurs de ses déclarations ont permis de corroborer certains pans du témoignage de l'ex-entrepreneur Lino Zambito, notamment à l'effet que des fonctionnaires se voyaient offrir des pots-de-vin pour gonfler les prix des soumissions.

Dès le début de son témoignage, jeudi dernier, Surprenant a admis avoir touché près de 600 000$ en pots-de-vin de la part du cartel des entrepreneurs impliqués. Ce mardi, il a reconnu que cette somme ne comprenait pas les autres gâteries qui lui ont été offertes, comme les billets de saison de hockey - d'une valeur de 12 000$ -, les repas, les voyages et autres tournois de golf. «Mais je n'étais pas le seul [à en profiter]», a-t-il insisté.

Juste avant d'entreprendre l'étude des soumissions publiques, mardi matin, la juge France Charbonneau a accordé le statut de participant au parti Équipe Tremblay - Union Montréal, de Gérald Tremblay.

- Avec la collaboration de Jean-Louis Fortin

En vidéo

 
 
 
Accueil | Actualité | International | Sport | Argent | Vidéo
Questions, réactions ou problèmes techniques ? Contactez-nous.