
L'avocat d'Union Montréal a cherché à ébranler la crédibilité de Martin Dumont, mercredi, devant la commission Charbonneau, se permettant de révéler des pans de la vie personnelle du témoin avant de se faire ramener à l'ordre.
Avec beaucoup d'aplomb, l'ancien organisateur politique pour le parti de Gérald Tremblay a répondu aux questions de Me Michel Dorval sans jamais le regarder, les yeux rivés sur la juge France Charbonneau.
Le procureur de la commission, Me Denis Gallant, a interrompu l'avocat d'Union Montréal, en matinée, l'accusant de procéder à du «salissage» avec ses allégations sur le témoin.
Me Michel Dorval venait d'évoquer deux histoires compromettantes pour tenter de mettre en cause l'éthique de Martin Dumont.
La première concernait l'époque où Dumont était commis aux fruits et légumes dans une épicerie Metro de la métropole.
«J'ai été accusé de vol à l'étalage, ça fait partie de mon passé et je l'assume entièrement», a clarifié l'ancien organisateur politique, en précisant qu'il avait reçu «l'absolution inconditionnelle de la Cour». Qui plus est, a-t-il ajouté, cet événement ne l'a pas empêché d'obtenir sa cote de sécurité pour travailler au fédéral et le maire Tremblay était au courant de l'histoire lorsqu'il s'est présenté comme candidat pour Union Montréal en 2001.
Juste avant d'être interrompu, Me Dorval a rapporté des ouï-dire selon lesquels Dumont avait volé des aliments pour les apporter au local de campagne de Jacques Duchesneau, à l'époque de Nouveau Montréal. Martin Dumont, alors âgé de 24 ans, était candidat pour ce parti. Or, Dumont avait été arrêté pour vol l'année précédant l'élection, ce qui démontre la fausseté des allégations.
«Je ne peux pas m'empêcher de vous dire que ce n'était pas correct, ce que vous venez de faire», a averti la juge France Charbonneau, irritée.
La deuxième histoire concerne le dossier de Martin Dumont à l'hôtel de ville, du temps où il était chef de cabinet. Rappelant que le témoin était passé de ce poste à celui d'organisateur pour le parti Union Montréal, Me Dorval a évoqué une tache à son dossier qui aurait pu expliquer ce qu'il considérait être une «rétrogradation».
Dumont a donc rappelé les faits: le service d'informatique s'était rendu compte qu'il consultait des sites «à caractère pour adultes» sur son ordinateur au travail. «J'ai offert ma démission, on l'a refusée», a ajouté le témoin.
Me Gallant est intervenu à nouveau, visiblement mécontent de la tournure que prenait le contre-interrogatoire de l'avocat d'Union Montréal. «On est rendu à des accusations graves. Là, je pense qu'on charrie. Je pense que vous devez empêcher Me Dorval de continuer là-dessus», a-t-il demandé à la juge.
«C'est, entre autres, le rôle des participants d'aider la commission à jauger la crédibilité des individus», s'est défendu le plaideur d'Union Montréal. Au retour de la pause du dîner, ce dernier a indiqué qu'il avait terminé son contre-interrogatoire, laissant sa place à Me Martin St-Jean, avocat pour la Ville de Montréal.
Plus tôt en avant-midi, Me Dorval a ramené le coffre-fort de Bernard Trépanier à l'avant-plan, lors de son contre-interrogatoire, en tentant de voir à quel point les souvenirs de Martin Dumont étaient précis à ce sujet.
Présentant des photos d'un coffre prises le 29 octobre 2012 - soit hier - par le directeur de l'administration du parti Louis Lewis, l'avocat a demandé au témoin s'il le reconnaissait. Ce dernier a refusé de confirmer qu'il s'agissait du même objet. «On peut s'entendre sur la couleur», a-t-il concédé, précisant que la teinte d'un coffre-fort était généralement uniforme d'un objet à l'autre.

L'une des photos présentées par Me Dorval devant la commission, mercredi. (Crédit: TVA Nouvelles)
Me Dorval a mis en doute les dimensions du coffre avancées par le témoin. «Je vais être honnête: je ne me suis pas penché avec un ''tape'' à mesurer pour regarder la hauteur et la profondeur du coffre-fort», a rétorqué Martin Dumont, un brin sarcastique.
En outre, il a indiqué n'avoir pas vu autre chose que de l'argent à l'intérieur, tout en admettant ne pas avoir regardé ce qui pouvait se trouver derrière, au fond du coffre-fort. Peut-on penser qu'autre chose que de l'argent s'y trouvait, comme des carnets d'adhésion et autres formulaires? a demandé l'avocat à M. Dumont. Sans appel, ce dernier a répondu par la négative: ces éléments étaient rangés ailleurs.
Au début de son contre-interrogatoire, l'avocat d'Union Montréal a souligné que Martin Dumont avait fait des erreurs lorsqu'il a évoqué le budget de dépenses pour les élections de Ville-Saint-Laurent, en 2004. Mardi, il avait fait état d'un plafond de 46 000$. M. Dumont a reconnu l'erreur, indiquant que «la nuit porte conseil», et admettant que le montant s'élevait plutôt à 52 000$.
Questionné à savoir combien de fois le maire Gérald Tremblay s'était rendu dans l'arrondissement lors de cette élection de 2004, Martin Dumont a déclaré qu'il y était venu une dizaine de fois, notamment pour y faire du porte-à-porte. Me Dorval lui a demandé s'il en était certain, considérant que le maire ne s'adonnait pas à ce genre d'activité. Il y a une différence entre «ce que le maire aime faire, et ce que le maire doit faire», a rétorqué Dumont, maintenant ce qu'il avait avancé.
Me Dorval s'est ensuite attaqué à la connaissance du calendrier électoral du témoin. Il a insisté sur le fait que Martin Dumont avait martelé, la veille, que la campagne électorale durait 30 jours, alors qu'elle dure en réalité entre 50 et 53 jours.
Me Dorval s'est attardé plus longuement sur ce qu'a rapporté Martin Dumont sur un petit-déjeuner de financement organisé au Club Saint-Denis.
Dans son témoignage, M. Dumont avait évoqué un événement fermé auquel auraient assisté un cercle restreint de 14 entrepreneurs - le 15e n'avait pas pu se présenter -, après avoir déboursé 10 000$ à l'endroit du parti Union Montréal.
Questionné par Me Dorval sur le bénéficiaire des chèques, Martin Dumont a dû reconnaître qu'il avait fait erreur. Ces derniers étaient à l'ordre du Comité pour Montréal (pour le non), pas au nom du parti de Gérald Tremblay comme il l'avait d'abord affirmé.
M. Dumont a dû aussi reconnaître qu'il n'avait pas vérifié les montants inscrits sur les chèques.
L'avocat d'Union Montréal a alors énuméré une série de chèques, sur lesquels les montants inscrits étaient souvent en deçà de 10 000$. Par la suite, il a dû préciser que ces chèques n'avaient pas nécessairement été remis à l'occasion de l'activité de financement au Club Saint-Denis.
Mardi, M. Dumont a prétendu que le maire Gérald Tremblay était au courant de la comptabilité occulte que tenait son parti et du financement illégal dont il faisait l'objet, s'appuyant sur une rencontre où il en avait été question en sa présence, dans l'arrondissement Ville-Saint-Laurent, toujours en 2004.
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