
L'ingénieur à la retraite Luc Leclerc a admis avoir touché environ 500 000$ en pots-de-vin, mercredi après-midi, lors de son témoignage devant la commission Charbonneau.
Luc Leclerc assurait la surveillance des chantiers de travaux publics, à la Ville de Montréal. En expliquant la nature de ses tâches, l'homme s'est décrit comme étant le «contact direct» avec les entrepreneurs, avec lesquels il traitait «quotidiennement».
«Mon premier contact avec la corruption remonte à 95», a admis Luc Leclerc. Lors d'un souper avec Paolo Catania au restaurant Le Muscadin, l'entrepreneur lui aurait proposé un voyage en République dominicaine. «J'ai d'abord refusé catégoriquement. [...] Mais avec le vin, le ci et le ça, j'ai dit oui à la fin du repas», a-t-il reconnu.
Les choses ne se sont pas arrêtées là. «Des enveloppes brunes, j'en ai reçu, a-t-il indiqué. J'ai essayé de faire le décompte de ce que j'ai reçu, mais j'en suis à 100% incapable.» Au total, il estime néanmoins avoir mis la main sur environ 500 000$. À cela, s'ajoutent notamment bouteilles de vin, parties de golf, billets de hockey, travaux offerts par les entrepreneurs - il en a nommé cinq-, et même un jambon offert par DJL, rapporte le retraité.
Sur cette somme, il en a remis 90 000$ à la commission pour «une question de conscience», en demandant à ce que l'argent soit remis à la Ville de Montréal.
Le reste? Dépensé dans les rénovations de sa maison, dans un projet de restaurant pour sa fille, dans des projets de rénovation «pour un autre enfant», puis pour des dépenses courantes, épicerie, essence, pharmacie...
Les gros montants qu'il a touchés sont un «cadeau empoisonné», a déploré Leclerc, puisque c'est «difficile à dépenser».

L'ingénieur à la retraite Luc Leclerc (Crédit: gracieuseté de la commission Charbonneau)
La procureure de la commission Sonia LeBel a évoqué le voyage en République dominicaine que M. Leclerc a fait en compagnie de l'ingénieur à la retraite Gilles Surprenant, à l'invitation de l'entrepreneur Tony Conte.
Le récit qu'en a fait Leclerc est similaire à celui de Surprenant: à l'aéroport, peu avant le départ, les deux fonctionnaires de la Ville de Montréal se sont dits surpris de voir arriver le chef de la mafia montréalaise, Vito Rizzuto.
«Est-ce qu'on lui fait une impolitesse et on dit [à Conte] qu'on est malade tout d'un coup, ou bien on va faire avec?» admet s'être demandé Leclerc, sur les entrefaites. Finalement, ils ont choisi de «faire avec».
Ils ont néanmoins pris soin de se tenir loin du parrain, pour éviter d'être pris en photo par la police. «[Vito Rizzuto] était une personne qui était quand même réputée être un chef de gang», a-t-il expliqué. «Quelle gang?» a demandé la juge Charbonneau. «Le clan des Italiens», lui a répondu le témoin.
Pas content au départ, «on a appris à connaître M. Rizzuto et on a passé une très belle semaine», se remémore l'homme, désinvolte. «Il ne s'est pas comporté comme autre chose qu'un golfeur.»
Malgré les aveux presque candides qu'il a offert sur ses agissements du temps qu'il était fonctionnaire, Luc Leclerc estime avoir «beaucoup donné à la Ville».
«Je pense quand même que la Ville a eu un bon service de ma part», a-t-il soutenu, sûr de lui.
L'ingénieur à la retraite a dit qu'il travaillait «pour les entrepreneurs» et qu'il aurait fourni les mêmes efforts même s'il n'avait pas reçu les pots-de-vin.
«Ces gens-là étaient reconnaissants pas juste pour l'argent que je leur faisais faire, mais aussi pour les services qu'ils ont reçu», a-t-il précisé à la commission.
Le nom de Luc Leclerc a été évoqué à quelques reprises durant les travaux de la commission Charbonneau, tout particulièrement lors du témoignage de l'ingénieur à la retraite Gilles Surprenant, avec lequel il a fait au moins un voyage dans le sud.
Dimanche, TVA Nouvelles avait appris que l'ex-fonctionnaire a cédé sa luxueuse demeure de la Rive-Sud à son ex-femme en août dernier.
En début de journée, l'avocat pour Union Montréal Michel Dorval a complété le contre-interrogatoire de Martin Dumont, ancien organisateur politique pour le parti de Gérald Tremblay, ce qui a donné lieu à des moments tendus.
![]() |
Commission Charbonneau Une récolte de 200 000$ par année en ristournes |
![]() |
Commission Charbonneau Le cartel de l'asphalte décortiqué |
![]() |
Séance de formation à Jay Peak Des policiers de la SQ et du Vermont se rencontrent |
![]() |
Centre de sauvetage Le bilinguisme n'est toujours pas réglé |
![]() |
Bloquistes en renfort Maltais n'en fait pas de cas |
![]() |
Grève dans les garderies Le bras de fer se poursuit |