Congés parentaux

Les patrons disent non à Legault

Première publication 9 août 2012 à 05h34
Les patrons disent non à Legault
Crédit photo : Reuters
François Legault a fait campagne avec sa femme, Isabelle Brais.
Par Jean-Luc Lavallée | Agence QMI

François Legault ne s'est pas fait d'amis dans le milieu patronal, mercredi, en annonçant aux employeurs qu'ils devront eux-mêmes payer 5 congés parentaux par année à tous les travailleurs qui n'en ont pas, si la CAQ est élue.

La facture, évaluée à 350 millions de dollars pour financer cette promesse, serait refilée «à 100%» aux entreprises et aux PME, a affirmé le chef caquiste lors d'un point de presse à Coteau-du-Lac à Montérégie.

François Legault lors d'un point de presse annonçant sa proposition d'augmenter le nombre de congés parentaux. (Agence QMI)

La Coalition avenir Québec, le «parti de la famille» selon M. Legault, entend modifier la Loi sur les normes du travail afin de permettre à tous les Québécois d'être rémunérés lorsqu'ils doivent s'absenter du travail pour s'occuper d'enfant malade.

Sachant que la majorité des travailleurs bénéficient déjà de congés payés, tant au privé qu'au public, le chef caquiste veut corriger cette «injustice». Environ 350 000 travailleurs ne sont pas couverts. La loi actuelle prévoit dix jours de congé «sans solde».

La mesure, qui s'adresse uniquement aux parents qui ont des enfants de «six ans et moins», serait implantée progressivement à raison d'une journée par année pendant cinq ans.

«De tels congés existent déjà dans le secteur public mais puisque la mesure proposée sera universelle, elle profitera désormais à des travailleurs du privé et à des non-syndiqués qui n'en bénéficient pas actuellement», a fait savoir M. Legault, courtisant une fois de plus les familles de la classe moyenne après avoir annoncé, la veille, des baisses d'impôts de 1 000$ par ménage d'ici cinq ans.

Inquiétude patronale

Le Conseil du patronat, la Fédération des chambres de commerce du Québec et la Fédération canadienne de l'entreprise indépendante (FCEI) ont réservé un accueil glacial à son engagement. François Legault disait pourtant avoir «testé le terrain» et constaté «une certaine ouverture». C'est tout le contraire, a constaté Le Journal.

«On considère que la marge de manœuvre des employeurs est déjà très limitée alors d'offrir un nouveau congé payé, ce n'est pas une bonne idée dans le contexte économique actuel. Déjà que les employeurs sont dans une situation relativement désavantageuse par rapport aux autres provinces...», a réagi Norma Kozhaya du Conseil du patronat.

«Nous, on fait bien attention à ne pas entrer dans le débat politique. Mais la taxe sur la masse salariale des entreprises est la plus élevée en Amérique du Nord, alors c'est certain que si cette mesure allait de l'avant, on en discuterait sérieusement avec l'équipe de M. Legault», a renchéri Françoise Bertrand, pdg de la Fédération des chambres de commerce du Québec.

Les PME écoperaient

La FCEI, qui compte 24 000 membres, craint que les PME écopent si la CAQ va de l'avant avec une telle mesure «mur à mur» qui ne tient pas compte de la capacité de payer de certaines entreprises ni des particularités de leurs secteurs d'activité.

«On est extrêmement préoccupés par ce genre d'engagement-là. 73% de nos entreprises ont moins de dix employés et les deux tiers ont un chiffre d'affaires inférieur à 500 000$ alors on ne nage pas dans les millions.

Qu'on s'entende bien, on est en faveur de la conciliation travail-famille mais pas d'une facture de 350 millions $ aux entreprises», a ajouté Martine Hébert.

Lors d'un deuxième point de presse, à Vaudreuil-Dorion en après-midi, François Legault a réitéré son engagement, malgré la réaction négative des associations patronales.

«Évidemment, je ne m'attends pas à ce que les entreprises sortent et nous applaudissent... Ce que je dis, c'est que ça ne semble pas catastrophique. Cinq journées maximum par année, payées par l'employeur, je pense que c'est raisonnable».

Par ailleurs, la CAQ n'a rien prévu pour les milliers de travailleurs autonomes, qui sont, par définition, leurs propres employeurs, et sont exclus de l'engagement annoncé ce matin.

 
 
 
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