
La population québécoise a pu voir quatre chefs de parti en possession de leurs moyens dimanche soir lors du premier débat télévisé de la présente campagne électorale. Un débat plein d'arguments solidement préparés n'ayant pas donné lieu, dans sa première moitié, ni aux coups bas, ni aux attaques-surprises.
Austérité, emploi, distribution de la richesse, redevances des minières, indépendance énergétique, revenu disponible, cadre financier, dette et Plan Nord ont été les mots et thèmes abordés dans la première demi-heure réservée aux questions économiques.
Les chefs des quatre principaux partis. (Agence QMI)
Le moment fort de ce segment a sûrement été l'échange entre François Legault de la Coalition avenir Québec et le premier ministre Jean Charest sur la question du revenu disponible au Québec, une vingtaine de minutes après le début du débat.
«Vous nous parlez d'emploi, mais vous oubliez de parler de la qualité des emplois [...], a lancé M. Legault à Jean Charest. Vous avez créé des emplois surtout à 10 $ de l'heure [...]. L'écart de richesse a grandi avec le reste de l'Amérique du Nord [...]. Avouez que vous n'avez pas livré la marchandise.»
«Pendant qu'on marche, ça court dans les autres provinces», a ajouté M. Legault.
De son côté, le premier ministre a réussi à faire dire à son interlocuteur que le revenu disponible avait augmenté au Québec depuis l'arrivée au pouvoir des libéraux.
Puis, Françoise David, de Québec solidaire a tenté de coincer Pauline Marois, du Parti québécois, sur la question du pétrole, en lui demandant d'abandonner l'exploitation du pétrole, une énergie dépassée et polluante du 20e siècle. Pauline Marois a répondu que son parti prônait d'abord l'efficacité énergétique, en, par exemple, électrifiant les transports, affirmant que les deux disaient la même chose.
Sur la question de l'amiante, François Legault a fait dire à Pauline Marois qu'un gouvernement péquiste ne mettrait «pas une cenne» dans cette industrie tant qu'«il ne sera pas prouvé que c'est sécuritaire».
Au début du segment sur la gouvernance, sur les questions de la corruption et de la collusion, inévitables en cette soirée de débat, Jean Charest a dit que son gouvernement n'avait «jamais fermé les yeux». «Ces problèmes existaient avant notre arrivée au gouvernement, cela existe ailleurs dans le monde, nous avons posé des actions.»
« Il existe un seul cas prouvé de gouvernement qui a fermé les yeux et c'est le gouvernement dont faisaient partie Pauline Marois et François Legault [...] tel que prouvé par commission Moisan. » La commission Moisan avait enquêté dans la seconde moitié des années 2000 sur certaines révélations de la commission Gomery touchant au financement des partis politiques provinciaux.
Mme Marois a, de son côté, rappelé l'affaire Tomassi. « Il a octroyé 300 000 $ en permis à des amis », a-t-elle rappelé. Elle a aussi demandé : «Pourquoi avoir autant attendu avant de lancer la commission Charbonneau?»
Elle a affirmé avoir toujours respecté loi sur le financement politique, ajoutant que, pour se débarrasser de la corruption, il fallait «en finir avec le gouvernement libéral» .
Françoise David a, pour sa part, reproché au chef caquiste «d'avoir à amasser 25 000 $ pour se présenter».
Sur la gouvernance, toujours, François Legault a rappelé son intention de faire la Loi 1 sur la probité et a rappelé que son parti possède un «trio d'incorruptible» en les personnes de Sylvie Roy, Maud Cohen et Jacques Duchesneau.
Au bout d'une heure, alors que le segment « gouvernance » était toujours en cours, le ton du débat avait monté d'un cran avec les accusations et blâmes fusant de toutes parts à un rythme accéléré.
Le sujet des médecins de famille a évidemment été abordée durant le segment suivant consacré aux politiques sociales. Sur la question d'un médecin de famille pour tous dans la première année d'un mandat de la CAQ, M. Charest a indiqué que M. Legault a été contredit par fédération des omnipraticiens du Québec: «Il manque 1000 médecins au Québec».
Il est revenu par la suite en insistant pour dire que la formule de la CAQ était déficiente.
Ce n'est qu'au bout d'une heure et quart de débat que le sujet qui a marqué le Québec pendant des mois, soit la question des droits de scolarité, a été effleuré.
Françoise David a blâmé M. Charest pour son «intransigeance» envers la jeune génération qui «ne souhaite que ne pas s'endetter» et a rappelé la position de QS en faveur de la gratuité scolaire.
Jean Charest a répondu que le Québec a le système de prêts et bourses est le plus généreux au Canada. Il a par ailleurs dénoncé des gestes qu'il a qualifiés de «désobéissance civile» et déploré la violence associée aux événements du printemps.
Revenant sur la question des médecins, les chefs se sont mis à débattre de l'état du système de santé québécois.
À un certain moment, Françoise David, alors que Jean Charest exposait son point de vue en qualifiant le système de santé d'universel, l'a interrompu en lui disant: «il n'est plus universel, M. Charest, il n'est plus universel!»
Françoise David a aussi affirmé que l'amélioration du système de la santé commence à la maison avec à la lutte à la pauvreté, la lutte à la pollution pour éviter que les gens ne tombent malades.
François Legault a pour sa part dit qu'il ne pense pas qu'on peut offrir des engagements si on ne fait pas des gains d'efficacité. «On ne réglera pas les problèmes du système de santé tant que les Québécois n'auront pas de médecin de famille. [...] On va les payer plus.»
Sur cette question, Pauline Marois a plutôt dit : «on va laisser le médecin soigner les malades», en prévoyant, en soutien, des groupes de médecine familiale incluant des superinfirmières, des nutritionnistes. «Il faut aider les personnes âgées avec des soins à domicile, pas agir sur juste un aspect», a-t-elle dit.
«Nous sommes en présence des deux ministres qui ont charcuté le système de santé. Ni Mme Marois ni François Legault ne sont capables d'admettre leurs erreurs», a lancé Jean Charest.
Le thème de la santé a ainsi dominé la section du débat prévue pour les politiques sociales. À une demi-heure de la fin, le segment « question nationale et identité » commençait.
En ouverture de cette portion du débat, M, Charest a dit que « ce que Mme Marois ne dit pas, c'est que sa priorité c'est de tenir un référendum».
«Ma priorité c'est de gouverner dans l'intérêt des Québécois», a rétorqué Mme Marois.
«Nous, à Québec solidaire, nous sommes clairs : nous aurons un pays [...] pour protéger notre langue et notre culture, mais aussi pour prêter à son terme notre projet social et économique», a indiqué Françoise David, qui a réaffirmé la volonté de son parti de tenir un référendum dans un premier mandat.
«Ça fait plus de 30 ans qu'on est divisé entre souverainistes et fédéralistes. [...] Ce qu'on a besoin au Québec, ce n'est pas d'une chicane. Nous, on s'engage à ne jamais faire la promotion de la souveraineté», a dit M. Legault.
Puis, Pauline Marois a affirmé : «J'aimerais ça faire la souveraineté demain matin si je pouvais. J'estime qu'un référendum est sain pour la démocratie. Je veux aller chercher le maximum de pouvoirs à Ottawa; idéalement le mieux c'est d'avoir tous les pouvoirs. J'ai un travail à faire, convaincre les Québécois de choisir leur liberté, de choisir l'indépendance. Le jour où j'aurai l'assurance d'avoir une majorité dans la population [je tiendrai un référendum] tous les jours, je défends le projet de pays [...]. Quand on n'est pas maîtres chez nous, on subit les décisions prises», a dit Pauline Marois.
Puis, en parlant de l'identité, la question des propos controversés de la candidate péquiste Djemila Benhabib et les commentaires du maire de Saguenay, Jean Tremblay, qui ont suivi, est arrivée sur la table.
Pauline Marois a reproché au chef libéral d'être resté muet lorsqu'un de ses ministres a appuyé les propos du maire de Saguenay.
«M. Tremblay, appuyé par votre ministre Simard, a prononcé des propos xénophobes et inacceptables; je ne vous ai pas entendu ouvrir la bouche pour les dénoncer. Dénoncez-vous les propos de Jean Tremblay à l'endroit de Djemila Benhabib?» a-t-elle demandé avec insistance.
«J'ai plusieurs fois répondu à cette question de façon très claire», s'est borné à répondre M. Charest.
Et, sur la question de la langue: «M. Charest, vous avez fait preuve de laxisme total à l'égard de la défense, de la promotion de notre langue [...], a lancé Pauline Marois. «Nous, on va adopter une nouvelle loi 101 qui sera plus rigoureuse [...]. Nous allons faire respecter la loi sur l'affichage.»
«Pas besoin d'être souverainiste pour être amoureux de notre la langue [...], dit, pour sa part, François Legault. On a eu un certain consensus avec la loi 101, un gouvernement de la CAQ va s'assurer qu'elle sera respectée. On a été très clair : les écoles passerelles c'est inacceptable [...]; on va les interdire. [...] On va défendre notre culture, on va investir pour que notre culture rayonne à l'étranger [...]. Vous avez pas le monopole de l'amour du Québec», a dit M. Legault.
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