Montréal

Drogués aux «sels de bain»

Première publication 28 juillet 2011 à 06h59
Drogués aux «sels de bain»
Crédit photo : Journal de Montréal
Par Caroline Lepage | Journal de Montréal

Une nouvelle drogue a fait son entrée à Montréal. Il s'agit de «sels de bain» à base de méphédrone qui procurent des effets euphorisants. Bien que marginale, sa consommation demeure inquiétante.

Selon le Service de police de la Ville de Montréal, 15 échantillons de «sels de bain» ont été analysés par le Bureau des drogues dangereuses, depuis janvier 2010. De ce nombre, 8 provenaient du Québec. Ces substances étaient, notamment, recueillies à la suite de saisies auprès de suspects.

Après avoir fait des ravages aux États-Unis et alerté l'Europe, cette nouvelle drogue a donc franchi la frontière canadienne.

La particularité de cette substance est qu'elle se présente comme un produit de consommation courant, c'est-à-dire des sels de bain ou des engrais pour plantes, en vente libre dans les supermarchés américains.

Toutefois, sa composition chimique a été modifiée, si bien qu'elle comprend de la méphédrone (MDPV), reconnue pour ses effets euphorisants, similaires aux effets des amphétamines, de la cocaïne et de l'ecstasy.

Produit interdit au Canada

«Santé Canada considère la méphédrone comme une substance contrôlée depuis le 19 juin 2008. Les produits contenant de la MDPV servent seulement à donner des sensations fortes aux gens qui les utilisent. Ils sont probablement vendus à titre de sels de bain pour éviter toute détection possible», rapporte Gary Scott Holub, des relations médias à Santé Canada.

Disant avoir à l'oeil ces produits, Santé Canada n'a pas été saisie d'une grande consommation, au pays.

«À moins d'être autorisée par règlement, toute activité impliquant la méphédrone, comme la production, l'importation, l'exportation, la distribution, le trafic et la possession, est interdite au Canada», indique M. Holub.

Malgré tout, certains s'en procurent en passant une commande par Internet. Parmi les produits disponibles, il y a des marques commerciales, alors que d'autres sortent tout droit d'un laboratoire clandestin.

Les drogues de synthèse se multiplient

Selon Jean-Sébastien Fallu, professeur agrégé à l'Université de Montréal, les «sels de bain» s'inscrivent dans la foulée des nouvelles drogues de synthèse, plus dangereuses les unes que les autres. «L'Europe en a vu apparaître 27, l'an dernier, un record», recense-t-il.

Comme il fait de la prévention en toxicomanie dans les lieux festifs de la métropole, par le biais de son Groupe de recherche et d'intervention psychosociale, il est bien branché quant aux tendances de consommation, dont ce qui entoure les «sels de bain».

«Son histoire d'utilisation chez l'humain est très récente, mais sa surconsommation semble clairement problématique. Il y a lieu d'avoir une certaine inquiétude», souligne-t-il.

Pour leur part, les ambulanciers d'Urgences-santé sont au courant de cette nouvelle drogue, mais n'ont pas encore eu à intervenir. Selon le porte-parole Éric Berry, le protocole à suivre, en cas d'intoxication, est le même que pour les autres stimulants.


Ces substances ne sont pas du «bonbon»

Plusieurs intervenants en toxicomanie s'inquiètent de la présentation de ces substances à la mode, qui portent des noms de «bonbon ». Les «speeds», par exemple, sont offerts sous différentes saveurs et couleurs.

«Marketing oblige, il y a toutes sortes de techniques de mise en marché, mais ça reste toujours la même chose : de la cochonnerie», croit Louis-Philippe Bertrand, conseiller à la Maison Jean Lapointe.

Le fait que les «sels de bain» sont facilement accessibles ne signifie pas, pour autant, qu'ils seront populaires. Selon Jean- Sébastien Fallu, on retrouve partout de la colle et des solvants, à peu de frais, mais leur consommation reste isolée. « Les gens connaissent les séquelles irréversibles que ces produits peuvent causer », soutient-il.


Des «sels» dommageables

Quels noms donne-t-on à cette drogue ?

Ivory Wave, Purple Wave et Vanilla Sky.

Comment la consomme-t-on?

Il s'agit d'une poudre chimique blanche qu'on peut inhaler, fumer ou s'injecter. Il est aussi possible de la diluer dans un liquide à boire.

Quels sont les risques sur la santé?

Douleurs à la poitrine, augmentation du rythme cardiaque, agitations, hallucinations et évanouissements. Des consommateurs ont dû être hospitalisés et d'autres en sont, même, décédés.

 

 
 
 
Accueil | Actualité | International | Sport | Argent | Vidéo
Questions, réactions ou problèmes techniques ? Contactez-nous.