Financement du transport en commun

Vers une hausse de 5 cents de la taxe sur l'essence?

Première publication 16 août 2012 à 14h07
Mise à jour : 16 août 2012 à 20h01
Par Emmanuel Delacour | Agence QMI

La Communauté métropolitaine de Montréal (CMM) demande au gouvernement provincial d'augmenter la taxe sur l'essence de 0,5 cent par année pendant dix ans, afin de mieux financer le transport en commun dans la région.

À titre de président de la CMM, le maire Gérald Tremblay a averti les politiciens qu'un manque de ressources dans les transports en commun coûtera plus cher aux citoyens que l'augmentation de taxe sur l'essence proposée.

«Les gens qui perdent du temps sur les ponts et qui font rouler leurs moteurs n'y gagnent rien. Avec cette mesure on leur donnera le choix d'utiliser le train, le métro ou leur automobile et on décongestionnera les artères de Montréal, a insisté M. Tremblay. Le coût de l'inaction est de 2 milliards de dollars.»

M. Tremblay a rappelé que la CMM a adopté unanimement la recommandation, qui pourrait permettre de récolter près de 17 millions $ par année.

«[Cette annonce] est d'une importance capitale puisqu'il s'agit d'un consensus à l'échelle de la grande région de Montréal, a déclaré Steven Guilbeault, coordonnateur général adjoint d'Équiterre. Le prochain gouvernement du Québec ne pourra ignorer cette volonté municipale.»

La CAQ dit non

Le chef de la Coalition avenir Québec, François Legault, a apposé un non catégorique à la possibilité d'augmenter la taxe sur l'essence. «Y'en est pas question, a-t-il lancé. Y'est pas question dans un gouvernement de la Coalition avenir Québec d'augmenter les taxes et les tarifs. Actuellement, les contribuables québécois sont déjà trop taxés.»

Il a plutôt proposé une réingénierie de la gestion de la Grande région métropolitaine de Montréal afin de trouver de financer les transports collectifs. «Je l'ai dit, je pense que la Ville de Montréal, son organisation n'est pas fonctionnelle donc on peut améliorer l'efficacité, a dit M. Legault. Quand on parle aussi des infrastructures avec toute la collusion qu'on voit dans le domaine de la construction, il y a des gains à faire.»

CAA-Québec s'oppose à plus de taxes

L'organisme CAA-Québec ne voit pas une augmentation de la taxe sur l'essence d'un œil favorable. «Pour nous c'est catégorique, nous sommes contre les hausses des taxes sur l'essence, a soutenu Cédric Essiminy, relationniste pour CAA-Québec. Quand on compile les chiffres, on constate que les automobilistes contribuent déjà aux finances du Québec à la hauteur d'un milliard de dollars par an en passant à la pompe.»

CAA-Québec recommande plutôt un moratoire sur la taxation de l'essence, qui «n'est pas la solution dans ce dossier», selon M. Essiminy.

Les automobilistes rebutés

Les personnes interrogées à la pompe d'une station-service au cœur de Montréal ont fait part de leur désaccord avec cette hausse, même si elle s'impose dans un plan de développement des transports collectifs.

«Ce sont les utilisateurs des transports en commun qui devraient payer. Les automobilistes donnent déjà beaucoup avec l'immatriculation et l'essence, c'est assez, a insisté Patrick, un automobiliste dans la trentaine. Je suis tout de même d'accord qu'on améliore les transports en commun, mais pas sur notre dos.»

Fernand Johnson, un conducteur de longue date, est du même avis. «Ce serait un pas en arrière, a-t-il soutenu. Pourquoi le maire de Montréal irait-il accaparer plus d'argent sur l'essence? De plus, pourquoi est-ce que les Montréalais devraient payer plus cher qu'ailleurs au Québec?»

Une autre automobiliste abonde dans la même direction. «Je ne suis pas d'accord, a-t-elle dit. Ce n'est pas en taxant l'essence qu'on va améliorer les transports en commun. Tout le monde risque d'en souffrir aussi, la passe d'autobus pourrait elle aussi augmenter si l'essence coûte plus cher.»

Plus de cylindres, plus cher

Par ailleurs, la CMM demande une indexation sur la taxe sur les droits d'immatriculation selon le nombre de cylindres. Les véhicules commerciaux sur l'ensemble du territoire de l'Agence métropolitaine de transport (AMT) seraient également assujettis à cette taxe.

«Ce serait plus équitable que les gens avec une grosse Bentley paient un peu plus que ceux qui conduisent une Mini ou une hybride», a lancé le maire de Laval, Gilles Vaillancourt.

Enfin, la CMM propose que le gouvernement du Québec majore de 2 cents par litre d'essence, à l'échelle de la province, le budget consacré aux transports en commun.

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