Marche

Fières d'être lesbiennes

Première publication 18 août 2012 à 21h56
Fières d'être lesbiennes
Crédit photo : Agence QMI
Par Anabel Cossette Civitella | Agence QMI

Une fierté gaie commanditée par Trojan et Viagra, voilà bien la preuve que les femmes homosexuelles n'occupent pas autant de place que les hommes dans la communauté gaie de la métropole.

C'est en tout cas ce que croyaient de nombreuses lesbiennes lors des deux marches spécialement féminines organisées mardi et samedi, en marge de la fierté gaie de Montréal.


(Crédit photo: Agence QMI)

«C'est symbolique d'avoir fait deux marches lesbiennes à l'intérieur même d'une Gay pride», a souligné Magali Deleuze, vice-présidente de Gai Écoute.

Il n'y a aucun doute que les lesbiennes veulent « se rendre plus visibles [et] se réapproprier l'espace », a quant à elle indiqué Marie-Andrée Boivin.

Village pour hommes

Comme la centaine de manifestantes présentes, elle est venue deux fois marcher avec d'autres lesbiennes sur la rue Sainte-Catherine, au beau milieu d'un village gai qu'elle estime «phallocentrique».


(Crédit photo: Agence QMI)

Les hommes homosexuels prennent plus de place parce qu'ils ont plus d'argent, donc sont une cible plus attrayante pour les publicitaires, a pour sa part soutenu Anne Isaac, 38 ans.

La philosophie «deux revenus, pas d'enfant, c'est encore vrai et c'est très vendeur», a-t-elle analysé.

Moins impliquées

Dans les organismes comme Gai Écoute aussi, on remarque que les femmes s'affichent moins.

«Trente pour cent des appels sont faits par des femmes», a indiqué Magali Deleuze, vice-présidente de l'organisme.

Elle a spécifié que les femmes préfèrent le clavardage, un moyen leur permettant peut-être de rester plus anonymes.

«Les femmes ont encore peur de faire leur "coming out" dans leur milieu de travail», a assuré Mme Deleuze en insistant sur le fait que, même à Gai Écoute, très peu de femmes osent encore s'impliquer.

D'un autre côté, «les jeunes femmes s'impliquent moins parce qu'elles ont moins besoin de défendre leurs droits», a avancé Cecile Sly, une écrivaine et sociologue lesbienne impliquée dans le Réseau des lesbiennes du Québec.

L'homophobie existe toujours au Québec

Après «12 ans d'enfer» parce qu'elle affichait son orientation sexuelle, une lesbienne a tenu à rappeler que l'homophobie mine encore les femmes homosexuelles.

Marie avait décidé d'emménager à Rawdon pour la proximité avec la nature. Il y a six mois, elle est revenue à Montréal parce que la vie était invivable là-bas.

Un voisin qui «tirait ses chats avec son douze» et qui lui criait des insultes comme «ostie de lesbienne» a eu raison de sa santé. Dépressive, Marie a consulté un médecin en croyant pouvoir recevoir de l'aide.

Psychiatrie

«Quand il a su que j'étais lesbienne, le médecin m'a dit d'aller me faire traiter en psychiatrie. Je n'avais pas le droit de revenir dans son bureau avant de rencontrer un spécialiste!» a-t-elle raconté avec amertume.

Aujourd'hui installée à Mercier-Est, le quotidien n'est pas plus facile pour Marie.

Elle ne cache pas qu'elle est gaie, et son voisinage lui fait sentir. Ce n'est pas rare que des gens de son âge lui crient «regarde, c'est la lesbienne qui passe».

Les lois ont changé, le simple citoyen a maintenant le pouvoir de dénoncer, a commenté Diane Heffernan, coordonnatrice du Réseau des lesbiennes du Québec. Mais les lois qui existent aujourd'hui, «on ne pouvait même pas en rêver dans les années 60», a indiqué la militante de longue date.

Collision générationnelle

À 59 ans, Marie croit aussi qu'il y a du chemin qui s'est fait, et que son expérience difficile reflète seulement la réalité d'une génération.

«Pour les plus jeunes, il y a plus d'acceptation», croit Marie, une supposition qui s'avère juste lorsqu'on croise des jeunes femmes épanouies comme Josée Deslauriers, une entrepreneure de 24 ans qui vient tout juste de lancer sa compagnie d'aménagement comestible écologique.

La jeune femme est lesbienne et n'a jamais été confrontée à l'intimidation ou la discrimination. Elle ne sent pas que son orientation sexuelle change quoi que ce soit dans sa relation avec les gens, que ce soit en affaire ou dans la vie.

«Les gens sont capables de se rendre compte qu'on est de belles personnes malgré notre différence, [...] ils sont capables de passer par-dessus», a-t-elle expliqué, en précisant que tout dépend de l'entourage et du soutien qu'on reçoit.

 
 
 
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