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Les Services de sécurité de l'aéroport de Montréal ont ouvert une enquête à la suite de la découverte par un garçon de 9 ans de plans détaillés de l'aire des départs domestiques et internationaux, qui avaient été abandonnés dans un bac de recyclage.
En se promenant dans son quartier à Sainte-Julie, il y a quelques jours, l'attention de l'enfant a été attirée par un gros rouleau de papier blanc aussi haut que lui. En l'examinant, il a jugé que les plans feraient de beaux dessins à afficher dans sa chambre.
Ses parents, qui ont requis l'anonymat, ont plutôt vu dans ce document, intitulé «Réaménagement de l'aire des départs domestiques et internationaux Phase 2A», un risque potentiel pour la sécurité de l'aéroport.
(Photo Agence QMI)
Ils avaient raison de s'inquiéter, selon divers intervenants consultés. Au moment où les contrôles de sécurité se multiplient et que les voyageurs doivent subir des fouilles plus poussées, l'affaire soulève des questions.
«Toute information en lien avec les structures d'un aéroport ne devrait pas en sortir librement. C'est une fuite majeure», estime le professeur Stéphane Leman-Langlois, du Centre international de criminologie comparée.
Les plans concernent en partie un secteur sécurisé, où il est même interdit de prendre des photos. Ils montrent la zone où les passagers et leurs bagages à main sont fouillés et balayés, mais aussi tous les quais d'accès aux avions, la centrale d'énergie et les salles électriques, le parcours du personnel et des marchandises, etc.
On y note même le nombre de caméras qui devront être installées lors du déplacement des équipements.
«Toute information en lien avec les structures d'un aéroport ne devrait pas en sortir librement. C'est une fuite majeure».
«C'est un moyen d'identifier les failles de sécurité. Quelqu'un pourrait compléter les plans avec la routine des agents de l'ACSTA (Administration canadienne de la sûreté du transport aérien) et préparer un trajet pour contourner le dispositif de sécurité ou faire passer quelque chose dans un sac », estime le professeur Leman-Langlois.
«C'est comme si les plans d'une banque traînaient dans le recyclage», a aussi commenté un enquêteur de la Section enquêtes et renseignements de l'aéroport de Montréal.
«C'est sûr qu'on n'a pas besoin des plans pour poser une bombe, mais, si je veux voler votre maison et que je sais où sont les choses avant d'y entrer, ça ira plus vite», ajoute-t-il, assurant que son service ne prend pas du tout l'affaire à la légère.
«Ce n'est pas mentir de dire que les gens de la construction à l'aéroport y ont accès. Mais, sur la gestion de leur circulation, il y a quelqu'un qui va se faire parler dans l'casque, c'est sûr! On va scruter les entrepreneurs à la loupe», a soutenu l'enquêteur.
Le professeur Leman-Langlois insiste également sur une gestion plus serrée de ce type de documents : «Si des entrepreneurs ont besoin des plans, ils devraient les passer à la déchiqueteuse une fois qu'ils n'en ont plus besoin, ou les garder dans un lieu sécurisé ».
(Photo Agence QMI)
Du côté de la firme d'architectes Cardinal Hardy, qui est à l'origine des plans, on est du même avis.
«Quand on fait des travaux, c'est sûr qu'il faut que les plans circulent, sinon on ne pourrait jamais faire les travaux. Mais ils ne devraient pas traîner dans la nature, c'est sûr», estime l'architecte Claude Jean.
La députée d'Ahuntsic, Maria Mourani, est tombée des nues en apprenant que des plans de l'aéroport avaient été jetés négligemment dans un bac de recyclage.
«Je ne sais pas s'ils réalisent. Ce n'est pas les plans d'une boulangerie qu'on a retrouvés, ce sont les plans d'un aéroport!», a lancé la porte-parole adjointe à la Sécurité publique pour le Bloc québécois. « Mon Dieu, c'est incroyable! C'est inacceptable! D'autant plus que les questions de sécurité aérienne sont extrêmement sensibles», a-t-elle martelé.
Mme Mourani entend bien questionner le ministre fédéral des Transports, Denis Lebel, sur ce dossier dès son retour à la Chambre des communes.
Contrairement à la haute direction d'Aéroport de Montréal (ADM) qui estime qu'«il n'y a rien là», le ministre fédéral des Transports, Denis Lebel juge préoccupant que des plans du troisième plus important aéroport au pays circulent librement.
Avisé de la situation par le Journal de Montréal, le ministre a confié avoir aussitôt contacté le président de l'administration aéroportuaire de Montréal, James Cherry, pour lui exprimer son inquiétude et lui demander ce qui sera fait pour que cette situation ne se reproduise plus.
«Dès que j'ai été informé, c'était clair pour moi qu'il fallait qu'on analyse nos façons de faire», a-t-il dit en entrevue avec le Journal.
«Tous les documents qui concernent notre ministère sont soumis à des processus de sécurité», a insisté Denis Lebel.
Selon le cabinet ministériel, «M. Cherry a assuré le ministre Lebel qu'il prend cette situation très au sérieux».
Pourtant, plus tôt cette semaine, la vice-présidente affaires publiques d'ADM semblait plutôt prendre la chose à la légère.
«Il n'y a rien là. On a 14 millions de personnes qui voient nos installations par année. Pour les lieux physiques, on n'a pas de secret», a déclaré Christiane Beaulieu, avec une certaine désinvolture.
«Un aéroport, ce n'est pas une prison», a ajouté Mme Beaulieu, qui n'est visiblement pas sur la même longueur d'onde que le ministre fédéral des Transports.
La vice-présidente affaires publiques d'ADM a par ailleurs précisé que plus d'une dizaine d'entreprises de construction ont actuellement en main les plans en question : «Quand on fait un appel d'offres, les gens vont sur un site web et paient pour avoir une copie des plans pour pouvoir faire une soumission».
Pour la députée bloquiste Maria Mourani, criminologue et porte-parole adjointe à la Sécurité publique, il y a un gros problème à ADM dans la gestion des plans. « Cette façon de distribuer les plans aux entrepreneurs à grande échelle sur un site web, c'est une faille majeure. Il y a quelqu'un qui dort au gaz là! », dénonce-t-elle.
Pour l'heure, une enquête interne est en cours et ADM assure que les plans retrouvés ne comportent pas d'informations pouvant nuire à la sécurité des voyageurs.
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