EXCLUSIF - Rapport caché à la Ville de Montréal

Gérald Tremblay savait, dit Abdallah

Première publication 11 novembre 2012 à 18h03
Mise à jour : 12 novembre 2012 à 05h10
Par Félix Séguin | TVA Nouvelles

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Le rapport sur les dépassements de coût des travaux de construction à Montréal, dont l'existence a été dévoilée par le président démissionnaire du Comité exécutif Michael Applebaum vient d'éclabousser les élus d'Union Montréal et même l'ex-maire, Gérald Tremblay.

L'ex-directeur général de la Ville, Robert Abdallah, est catégorique: tout le Comité exécutif de la Ville de Montréal connaissait, en 2004, l'existence des dépassements de coûts des travaux publics dans la métropole.

Le Comité exécutif savait

En entrevue avec l'analyste politique de TVA Nouvelles, Jean Lapierre, il affirme même que l'ex-maire Gérald Tremblay était présent lorsqu'il a informé le Comité exécutif qu'il coûtait de 30 à 40% plus cher pour effectuer certains travaux sur l'île de Montréal.

«Monsieur Tremblay était là et tous les membres de l'exécutif étaient présents. Tout le monde. Je n'exclus personne. Est-ce qu'on a caché des informations?, questionne Abdallah. Non! Jamais! Ce n'est pas juste odieux (de l'affirmer), je trouve ça invraisemblable.»

L'ingénieur de formation ajoute qu'il avait même embauché, Macogep, une compagnie chargée de surveiller les coûts des contrats octroyés par la Ville. Les vérifications faites par TVA Nouvelles prouvent que la firme a reçu en 2005 un contrat de 500 000$ qui devait se terminer en 2008.

Macogep aurait permis de cibler 75 contrats dont les coûts dépassaient largement les pris du marché. Les services les plus problématiques étaient ceux des égouts et des aqueducs selon les sources consultées par TVA.

«Et le Comité exécutif, je tiens à vous rappeler, unanimement, il a approuvé et le budget et le contrat à Macogep. Tous les contrats qui ont été annulés ont été à l'exécutif avec l'explication que ces prix-là étaient selon Macogep, la firme qu'on a engagée, bien en dehors des prix et il fallait annuler. Donc, automatiquement, il était au courant. Je trouve ça odieux. Je trouve ça odieux! Les preuves sont là», martèle l'ex-directeur général de la Ville.

Les élus aussi

Les nouvelles informations dévoilées par Robert Abdallah élargissent le cercle des élus qui auraient pu être au courant du système en place pour gonfler les prix des contrats à Montréal. En 2004, le Comité Exécutif de la Ville de Montréal présidé par Frank Zampino comptait douze membres, dont les plus grosses pointures du parti de Gérald Tremblay.

L'ex-maire affirmait pourtant encore le soir de sa démission que certains faits n'avaient été portés à son attention que tout récemment.

Sur de nombreux procès-verbaux du comité exécutif de l'époque, on remarque la présence de Robert Abdallah aux réunions et on évoque même à plusieurs reprises le nom de l'entreprise chargée de la surveillance des coûts, Macogep.

«On a caché ça et les gens ne le savaient pas, n'étaient pas au courant? Bien moi, je vous le dis hors de tout doute, avec des faits, on a été à l'exécutif», rappelle Robert Abdallah.

Le contrat avec l'entreprise de surveillance des coûts, Magocep, s'est terminé au milieu de l'année 2006. Presque au même moment, Robert Abdallah quittait le poste le plus prestigieux disponible à la Ville de Montréal. Questionné à savoir s'il était devenu dérangeant pour ceux qui avait mis en place un système de collusion, il a répondu songeur: ‘«pour plusieurs, pour plusieurs».

L'opposition n'est pas surprise

Richard Bergeron, chef du parti Projet Montréal, a tenu à réagir aux déclarations faites par Robert Abdallah qui affirme que les 12 membres du comité exécutif connaissaient l'existence des dépassements de coûts, dont l'ex-maire Gérald Tremblay lui-même et son second, Frank Zampino.

Selon lui, ces révélations n'ont rien de surprenant, même qu'elles sont très représentatives de ce qu'il qualifie comme le «régime Union Montréal».

«Ce qu'on apprend dans le témoignage de M. Abdallah qui est très crédible puisqu'il est étayé de procès-verbaux du Comité exécutif, c'est que le système de gouvernance dans son ensemble, le régime Union Montréal, s'est très bien accommodé de la situation et a rapidement mis fin au contrat externe vers la mi-2006 pour ensuite continuer de donner des contrats en sachant tout à fait que c'était beaucoup trop cher», déplore-t-il.

M. Bergeron ne sait pas pourquoi l'ex-maire de Montréal, Gérald Tremblay, a affirmé ne pas être au courant dudit rapport. Toutefois, il lui laisse le bénéfice du doute.

«Peut-être que le maire Gérald Tremblay avait un petit peu perdu la mémoire», dit le chef à la blague ajoutant que le «régime Union Montréal» doit prendre fin le plus rapidement possible.

Abondant dans le même sens, Louise Harel, chef du parti Vision Montréal, s'est dite choquée et déplore la situation qui règne actuellement à la Ville.

«Tout ce qui se passe actuellement à la Ville est choquant et les citoyens sont extrêmement choqués. Je peux vous dire qu'il y a un degré de frustration qu'on a jamais imaginé possible chez les Montréalais», a-t-elle affirmé.

Tout comme M. Bergeron, elle croit qu'un changement de parti politique à la tête de la métropole ne ferait qu'améliorer les choses.

«Les Montréalais ont besoin de transparence, d'une certitude que l'équité et la transparence va être au coeur de ce qui va se passer dorénavant à l'Hôtel de Ville et ce n'est pas l'équipe qui est en place présentement qui peut leur donner des garanties.»

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