Légionellose à Québec

Le tiers des tours serait insalubre

Première publication 28 août 2012 à 21h38
Le tiers des tours serait insalubre
Crédit photo : Agence QMI
Par Johanne Roy | Agence QMI

Alors que 19 nouveaux cas s'ajoutent au lourd bilan de la légionellose, la santé publique confirme que le tiers des tours de refroidissement inspectées jusqu'ici étaient insalubres.

«Sur les 99 tours visitées dans le périmètre ciblé, à l'inspection visuelle, on a constaté que de 29 à 30 tours étaient insalubres», a fait état, mardi, le directeur régional de santé publique de Québec, le Dr François Desbiens.

Si bien qu'on est à procéder au deuxième traitement-choc des 22 tours initialement visées, au centre-ville.
Le nombre de cas de légionellose s'élève maintenant à 126, dont huit décès. «J'espérais que cela baisserait», a convenu le Dr Desbiens.

Vu la période d'incubation de deux à dix jours, il est d'avis que ces personnes ont été contaminées peu avant la désinfection des tours, la semaine dernière.

Pointe de l'iceberg

Il ne serait par ailleurs pas surprenant que les individus touchés dans une moindre mesure par cette fameuse bactérie se comptent par centaines à Québec.

«Pour un cas de pneumonie grave, on peut retrouver jusqu'à 20 cas de fièvre de Pontiac (forte fièvre liée à la légionellose)», a en effet signalé le Dr Desbiens.

C'est dire le haut degré de contamination de la tour en cause et sa capacité de disperser dans l'air, de façon continue, une quantité impressionnante de gouttelettes contaminées.

Pouvoirs accrus

Des inspecteurs de la Régie du bâtiment se joindront aux équipes de la ville de Québec et de la santé publique pour l'inspection des tours de refroidissement.

«Ils regarderont les éléments structurels des tours. Nous pourrons bénéficier de leur expertise», a soulevé le Dr Desbiens.

Les inspecteurs de la Régie du bâtiment pourront en contrepartie utiliser le mandat d'intervention de la santé publique afin de fermer une tour de refroidissement en mauvais état, rouillée. Ce qu'ils ne peuvent faire seuls, faute de réglementation.

Un recours collectif pas si évident

La partie est loin d'être gagnée pour ceux qui envisagent un recours collectif dans ce dossier de légionellose, estime un expert.

«C'est délicat, mais cela pourrait être une option. Le demandeur a le fardeau de la preuve. Il faut prouver qu'il y a eu négligence», a expliqué Me Marc Boulanger, spécialisé dans la défense des victimes de fautes médicales, chez Tremblay, Bois, Mignault, Lemay, à Québec.

«On ne peut pas lancer une action sans se baser sur des choses précises, sur des analyses approfondies, ce qui demande du temps. On ne peut pas non plus poursuivre l'État pour défaut d'avoir légiféré», a observé Me Boulanger.

Lien à prouver

Il faudra un rapport clair établissant la ou les causes exactes de la contamination, ainsi que la responsabilité des acteurs en présence, afin qu'une demande de recours collectif soit recevable.

«Il faut prouver la faute alléguée, qu'il s'agisse d'une faute d'action ou d'omission. Par exemple, est-ce qu'il y a eu entretien de la tour contaminée, mais que celui-ci a été mal fait?», a affirmé Me Boulanger.

«Autre difficulté, les victimes de la légionellose n'ont pas toutes subi les mêmes dommages. Certains en sont décédés, d'autres ont été atteints à divers degrés. La partie adverse pourrait invoquer le fait que les dommages ne sont pas aussi élevés parce que telle ou telle personne avait déjà un état de santé précaire», a énoncé Me Boulanger.

H1N1 en exemple

Ce dernier cite en exemple l'épidémie de H1N1 qu'a connue le Québec, en 2009. Malgré les manquements constatés, aucune poursuite n'a été intentée.

En l'absence d'une réglementation, c'est la règle du bon sens qui prévaut. Le propriétaire d'une tour de refroidissement a l'obligation de fournir un environnement sécuritaire, conformément aux normes d'entretien des édifices publics.

 
 
 
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