Trois-Rivières

Le mégaprocès concernant la pyrrhotite s'amorce

Première publication 14 novembre 2012 à 10h48
Mise à jour : 14 novembre 2012 à 20h08
Le mégaprocès concernant la pyrrhotite s'amorce
Crédit photo : Agence QMI
Yvon Boivin (en vert)de la Coalition Proprio-Béton s'adresse aux victimes de la pyrrhotite à quelques minutes du début du procès à Trois-Rivières.
Par Guillaume Jacob | Agence QMI

Un feuilleton judiciaire a commencé mercredi, au palais de justice de Trois-Rivières, avec l'ouverture d'un mégaprocès où plus de 700 propriétaires de maisons touchées par la pyrrhotite demandent réparation.

Plusieurs dizaines de victimes de la pyrrhotite étaient présentes au palais de justice pour assister à l'ouverture de ce procès, dont Yvon Boivin, porte-parole de la coalition Proprio-béton.

«On veut démontrer à la partie adverse qu'on est nombreux et manifester notre appui aux avocats qui nous représentent», a-t-il commenté, à quelques minutes du début des audiences.
Plus de 200 millions $ en réclamations sont en jeu dans cette cause. «Les enjeux sont d'ordre financier d'abord, explique M. Boivin. Nous voulons être remboursés pour ce que ça nous a coûté pour réparer nos résidences, incluant dommages et intérêts».

Au cours des cinq prochains mois, le juge Richard de la Cour supérieure entendra plus de 60 avocats, en plus des témoins et des experts qui seront appelés à la barre. Il s'agira de remonter la filière pour déterminer la part de responsabilité de chacun dans la contamination à la pyrrhotite. Sont mis en cause une trentaine d'entrepreneurs en construction, des entreprises de coffrage, des fournisseurs de béton, une carrière et une firme d'ingénieurs ayant approuvé la qualité du granulat utilisé dans le mélange de ciment.

«Une chose est certaine, c'est qu'il y a eu vice de construction, souligne Yvon Bovin. Nous devons donc maintenant déterminer qui en est responsable dans la chaîne de production.» Les propriétaires demandent une condamnation solidaire (in solidum), c'est-à-dire que les dommages à payer seraient partagés entre les parties mises en cause.

«Il y a aussi des enjeux humains, rappelle M. Boivin. Il y a des familles qui vivent des drames, qui sont prisonnières de leur maison. Nous espérons donc que les avocats vont considérer l'aspect humain pour faire en sorte que ça se règle le plus rapidement possible.»

La cause suivra son cours à raison de 12 jours par mois, jusqu'en avril prochain.

Logistique importante

Pour permettre la tenue de ce mégaprocès au palais de justice de Trois-Rivières, une salle a été complètement réaménagée pour accueillir les quelque 60 avocats de chacune des parties. Les 250 000 documents déposés ont tous été numérisés et un système informatique permet d'aller repêcher chaque pièce selon les besoins des plaideurs.

Chacun des avocats dans la salle, ainsi que le juge, a un écran qui lui permet de voir les documents dont il est question. Un informaticien est présent en permanence pour assurer le bon déroulement des choses. Aussi, un système de traduction simultanée a été installé pour permettre aux procureurs de comprendre d'éventuels experts anglophones.

La salle d'audience étant comble de la seule présence des procureurs, le public et les propriétaires peuvent suivre les audiences dans deux salles aménagées avec de grands écrans qui retransmettent en direct. L'installation et l'achat de ces équipements ont coûté des centaines de milliers de dollars.

Qu'est-ce que la pyrrhotite?

La pyrrhotite est une pierre sulfureuse qui réagit à l'humidité et à l'air en gonflant. Lorsqu'elle est présente dans le béton, elle peut donc entraîner la fissuration des fondations.

Le mégaprocès en chiffres

250 000 documents
Quelque soixante avocats
12 jours d'audience par mois pendant les cinq prochains mois
Des centaines de milliers de dollars pour adapter la salle d'audience.

Robert Aubin veut une norme sur la pyrrhotite

Le député fédéral de Trois-Rivières, Robert Aubin, travaille sur un projet de loi privé pour modifier la norme fédérale sur la présence de pyrrhotite dans le béton. Le néo-démocrate était présent à l'ouverture du mégaprocès regroupant une part importante des propriétaires touchés par ce fléau, mercredi, au palais de justice de Trois-Rivières.

«J'avais le devoir de venir soutenir les victimes de la pyrrhotite, a souligné M. Aubin. C'est un dossier que je suis depuis le début de mon mandat.»

Le député déplore le manque d'intérêt du gouvernement conservateur à l'égard du désastre que la pyrrhotite a entraîné en Mauricie.

«Malgré l'inertie des conservateurs à Ottawa, on continue de mettre de la pression pour faire bouger les choses. Nous sommes présentement à travailler sur la rédaction d'un projet de loi privé qui pourrait modifier la norme fédérale sur le taux de pyrrhotite, a-t-il annoncé. Tout le problème part de là.»

L'absence d'une norme claire quant à la concentration de pyrrhotite acceptable dans le béton voué à la construction, est une des causes fondamentales des vices de construction qui ont frappé des centaines de résidences dans la région, a maintes fois souligné la coalition Proprio-béton.

«Il faut faire en sorte que la situation dramatique que l'on vit en Mauricie ne se reproduise nulle part ailleurs au Canada», insiste M. Aubin. Le député doit finir de rédiger son projet de loi, mais il doit aussi trouver une occasion de le soumettre au Parlement.

Les procédures permettent aux députés de présenter à tour de rôle un projet de leur choix. Robert Aubin a profité de son tour l'an dernier pour présenter un projet de loi sur la langue française. «Entre députés, on peut parfois s'échanger des tours», a-t-il laissé entrevoir.

Il est possible de présenter un projet de loi privé dans la mesure où il n'impose pas un nouveau déboursé n'ayant pas été prévu au budget. «La modification de la norme fédérale sur la quantité de pyrrhotite dans le béton n'entraînera pas de coûts pour le gouvernement», assure M. Aubin.

 
 
 
Accueil | Actualité | International | Sport | Argent | Vidéo
Questions, réactions ou problèmes techniques ? Contactez-nous.